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16/06/2006

PAS SERIEUX (SUITE)

Pas sérieux? En effet.
C’était là. 2001.
Aubagne, la bien nommée. Le pays du Papé qui tue tout doucement son fils Jean de Florette, en détournant la source. Terre de continuité.
Je venais d’enregistrer (gratuitement, bien sûr) la voix d’un film sur Auschwitz. J’attendais qu’on réponde à un joli projet de court-métrage et je terminais l’écriture de Crame la haine avec l’espoir d’en réaliser la première étape à Lourmarin, en hommage à Camus. J’avais l’accord de principe du château et devant l’oliveraie, on n’aurait pas plus beau pour lâcher les colombes.
Ma compagne était peintre et faisait des enquêtes.
Je touchais le chômage d’un an de CIE effectué à Marseille. Quelques petites panouilles. Mise en scène à Miramas, régie chez Keller, chansons dés que possible dans les concours du coin...
Mirabelle, notre fille, était tout mon bonheur, augmenté en été par l’arrivée de mon fils Django et de sa soeur Marie-Gypsie qui venaient en vacances.
Malraux, bouvier des Flandres, et Picasso le chat étaient de tous nos jeux. Nous allions à la plage, à Notre-Dame des Anges, promener à Allauch, déjeuner chez Elliet, dîner chez Isabelle...
Au jardin, chez Christian et Gisèle, on retrouvait la bande. Le général Misère, patron du régiment, annonçait l’apéro. Je prenais la guitare, les cigales s’accordaient et à l’ombre des pins nous chantions “Madame”, “La ballade du Malromé”, “Voyage nocturne”...
Puis c’était les grillades, le rosé et la sieste. Soirée sous les étoiles et retour... Aubagne.

La misère fit son oeuvre. Aucun de mes projets n’aboutissant jamais, la crise entra dans la maison et prospéra bon train.
Quand l’idée de frapper me traversat l’esprit, j’en partais aussitôt. Pour la rue. En laissant Mirabelle, emmenant le bouvier.
J’allais offrir l’aquarium et ses poissons multicolores à l’IME du coin et j’emportais l’oiseau auquel j’avais confié le soin de réveiller ma fille. Tous seraient morts, sinon...

Chanter dans un bistrot pour une soupe et du vin, dormir dans la voiture, puis aux restos du coeur. Interdit aux chiens, confier Malraux à un client du bar. Apprendre peu après qu’il n’y a pas survécu. Le chien, pas le client.

Et m’effondrer à Hyères à la fin d’un concert au village de vacances de la CCAS d’EDF-GDF.

Recueilli par les Fabre, puis une piaule à Peyrolles gérée par une association d’aide aux femmes battues. RMI, c’est un fait, mais dans le Luberon! Se dire que le destin ne manque pas d’humour. Interdit bancaire, aller porter son loyer en liquide à La Roque d’Anthéron, festival de piano. Débroussailler Lauris, allez tondre à Perthuis, Ah! Voir le fond du trou au milieux des élites, ça vous a une allure!

Durance-Emploi Solidarité, association de réinsertion par le travail, place de la Mairie. Inscription. Petits boulots. Une heure ici, deux là. Huit quand la chance sourit et dans ce pays-là, ça lui arrive rarement. Ménages à domicile, jardinage, manutention, corvées. Toujours en espérant que le téléphone sonne, pour un film, une chanson, un spectacle, du théâtre...

Comme tout ça, c’est bien peu, intégrer une assosse d’aide aux personnes âgées. Ma première Alzheimer, la seconde assez vite. Auxiliaire de vie, voilà un noble titre! Pour un maigre salaire...

Ma mère se faisant vieille, me dire “La tienne d’abord” et revenir près d’elle. Déménager facile: tout tient dans un Trafic. Septembre 2002, rentrer à Fontainebleau, d'où elle n’a pas bougé.
Courir m’inscrire dans une nouvelle assosse. Partage 77. Des kilomètres de pelouses à tondre et de haies à tailler, par n’importe quel temps, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou qu’on brûle au soleil.
Travailler quand ils veulent, payé quand ils y pensent.

Et puis monter sa boîte. Refuser l’assistance, comme disait Raffarin. Créer son entreprise et "Jardiner la France".
Sans un sou dans la poche, aventure de titan! Quatre mois de paperasses, de rendez-vous pour rien, de tour des banques, des administrations, budgets prévisionnels, business plans, plans de développement et autres sottises qu’on ne tiendra jamais puisqu’ils n’intègrent pas les hasards à venir.

3 Mars 2003, ça y est! Danse avec les houx existe officiellement. 333, la bonne date. Comme la moitié du diable qu’on tirait par la queue. (St Jean - L’apocalypse)

De hasard en hasard, devenir jardinier d’une maison de retraite tenue pas des religieuses.
La douleur est partout, la mort en embuscade. Sécuriser les parcs, défricher de la ronce, tondre encore et encore, ramasser des océans de feuilles mortes, aller saler l’hiver, brûler du bois la nuit... Créer le mamiedrome, parcours sécurisé pour faire marcher ces dames.

Puis un second jardin. Retrouver Alzheimer. La démence au programme. Les cris, les hurlements, les larmes. Embaucher un français malgache d’origine. Prendre un stagiaire dans une IME d’handicapés mentaux. Commando jardinier. Hauts les coeurs, compagnons. On va y aller quand même et on va la gagner, la bataille du beau!

Puis passer chez les mômes fracassés dans le corps. Appareillés, fauteuils roulant, infirmes, handicapés.

Avant d’arriver chez les mômes fracassés dans la tête.
Troubles envahissants du développement.

Alors aux gens “sérieux” qui me prédisent le pire si je tiens mal mes comptes, je réponds en souriant:

“J’ai, du côté du pire, quelques enfers d’avance.”

Commentaires

Quelle vie Fleuryval!

Mais vous en avez retenu le meilleur, la poésie, la tendresse, le souci de l'autre.

Mes amitiés à l'oiseau

Écrit par : Céleste | 16/06/2006

@ Céleste,
Encore vous n'avez-là que les cinq derniers ans.
Connu des pires avant, d'une nature hume-haines.
Et des flaques de sang. Tous les amis au sol.
Pas la note, la terre. Pourquoi suis-je encore là ?
Peut-être pour aboutir la mort de tous ces gars.

L'oiseau vous remercie, se met en boule et dort,
Rêvant à ce sourire qu lui vient d'Italie.
En fait, mon vrai métier, vous l'avez bien compris,
C'est juste gardien d'oiseau pour une petite fille.

Je vous ai lu tantôt, française et fière de l'être.
Nous chercher aujourd'hui. Nous retrouver... peut-être.

Écrit par : Fleuryval | 16/06/2006

@ Fleuryval


et l'humour, Fleuryval, vous avez gardé l'humour!!!


Amitiés à l'oiseau

Écrit par : Céleste | 17/06/2006

Les commentaires sont fermés.

 
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