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06/01/2007

M.C. PIETRAGALLA A ECHAPPE A UN ATTENTAT

medium_pietragalla.jpgJ’essayais à Marseille peu avant l’an 2000 de monter un jury pour déterminer quel dessin allait servir de base à une statue de la haine qu’on cramerait plus tard au cours d’un grand spectacle populaire de rue.

http://danseavecleshoux.20minutes-blogs.fr/archive/2006/05/31/crame-la-haine.html

La première étape consistait à rassembler un philosophe, un officier des forces d’interposition, un(e) historien(ne) des religions et un Candide pour animer le débat autour d’un peintre, qui travaillerait d’instinct au fur et à mesure de la conversation.

Des portraits de la haine surgirait de ses “fulgurances”. Visages, corps, attitudes...

Là, il ne faudrait pas se tromper dans le choix final. Le souci principal étant son “évidence” pour que le public ne la confonde pas avec la colère, la jalousie, voire la méchanceté qui n’est rien à côté.

Je pensais donc qu’il me fallait dans ce jury un spécialiste des arts plastiques, un du spectacle vivant et quelques citoyens représentatifs d’un public populaire.

Marie-Claude Pietragalla dirigeait alors le ballet national de Marseille. Je lui écrivais sobrement pour lui demander de représenter le spectacle vivant au sein de cette équipe.

Sans réponse de sa part après quelques semaines, trois questions se posaient.

La première: ma lettre était-elle bien arrivée? C’était une période de relative paix sociale et les factures et demandes de paperasses continuant d’arriver chez moi à leur rythme habituel, il n‘y avait aucune raison majeure de suspecter l’efficacité de notre système postal.

La seconde: Marie-Claude Pietragalla était-elle assez mal élevée pour ne pas répondre (ou faire répondre) à un courrier de cette nature? Évidemment non! Pensez donc, une étoile de Garnier, une directrice d’école nationale, une patronne de corps de ballet, c’était tout bonnement impossible.

La troisième: mon courrier était-il si insipide, ma proposition si terne, son arrivée si banale qu’il avait rejoint dans la corbeille à papier les dépliants publicitaires et les journaux associatifs?

C’était, me semblait-il, la probabilité la plus pertinente.

Dés lors, l’idée s’imposait d’elle-même: pour qu’un projet aboutisse, que son porteur soit crédible, il fallait que dés sa mise en œuvre ils soient tous deux, dans le fond COMME DANS LA FORME, porteurs de l'art ET de la manière.

Le message, tout d’abord.
Comme l’idée de cramer la haine avait un pied solidement planté dans le Moyen Age, inspiré qu’il était par ses tailleurs de pierres réalisant à Bourges la face de la colère dans le frontispice des sept péchés capitaux, avec les faillasses de Valence, les premiers carnavals où se brûlaient des rois, les géants de Dunkerque et la fête des fous, la lettre ne pouvait être rédigée qu’à la main et la plume sur un parchemin qui parviendrait roulé, scellé et noué d’un ruban de soie.

Sa remise ensuite.
Un tel courrier ne pouvait parvenir dans un sac postal. Il devait impérativement être remis en mains propres à son (sa) destinataire à la faveur d’une action fulgurante qui le (la) laisserait pantois(e), émerveillé(e), son courrier à la main.

A ces conditions, on pouvait gager que la lettre serait lue avec une attention d’autant plus bienveillante que l’événement aurait particulièrement atteint son but suprême: émouvoir.

L’Attentat de Beau était né.

Pour que la réussite en soit au plus près garantie, il convenait tout d’abord de bien se renseigner sur la “cible”.

Premièrement, compte tenu de l’effet de surprise et de l’incongruité des événements, s’assurer du parfait état de fonctionnement des systèmes cardiaque et nerveux de celle-ci. Le but était d’émerveiller. Pas de déclencher une crise cardiaque ou d’hystérie.

Avec une danseuse étoile, il y avait peu de risques de ce côté-là.

Ensuite, connaître ses goûts et, surtout ses dégoûts.

Il est des gens qui détestent une couleur, un parfum, les monstres, parfois les trois!

Imaginons une “cible” superstitieuse (chez les comédiennes, cela peut arriver...) exécrant le vert, détestant l’odeur du soufre, ne supportant pas le vacarme et redoutant les individus difformes.

Si la Bête du conte surgit soudain de nulle part pour remettre son pli à la Belle, vêtue, coiffée et bottée de vert, dans un boucan infernal et un parfum du diable, c’est la faute de goût assurée et l’échec d’autant mieux garanti que l’affaire est parfaitement menée.

Troisième condition impérative: la capacité du dispositif à disparaître aussi vivement qu’il est apparu. La missive remise, acteurs et machines doivent s’envoler sans fuir, silencieusement, laissant la cible seule, bouleversée, émue ou morte de rire, croyant avoir rêvé et n’ayant pour toute preuve que tout a bien eu lieu que sa lettre à la main et les parfums rapidement dispersés par le vent.

Il faut, pour garantir le succès d’une telle opération, une précision de “forces spéciales” ;-) Le groupe d’artistes et de techniciens complices trouvait immédiatement son nom: le GIGM pour: Groupe d’Intervention Génial et Malicieux.


Venons-en à “la cible”. Et donc au messager...

Marie-Claude Pietragalla avait été consacrée danseuse étoile sur la scène du Palais Garnier après avoir dansé Don Quichotte. Il y avait fort à parier dés lors que ce personnage éveillerait en elle un souvenir cher, empreint d’émotion forte.

L’heure, maintenant.
Il fallait qu’elle soit seule.
Une danseuse fait sa barre chaque matin.
Ses nombreuses responsabilités lui occasionnaient un emploi du temps chargé l’amenant conséquemment à arriver tôt, de préférence la première.
L’opération aurait donc lieu à l’aube.

Le lieu.
Le bâtiment du Ballet National de Marseille se trouve au milieu d’une vaste pelouse qu’entourent quelques arbres. Un bosquet au portail dissimule aux entrants ceux qui peuvent s’y cacher.C'était là qu'à cheval, j'attendrai qu'elle arrive.
Du parking à l’entrée, il faut marcher un peu...
C’était sur ce chemin qu'aurait lieu la "remise".

L’action enfin.
Posté non loin de sa résidence, un motard donnerait le top par téléphone portable au départ de sa voiture.
On déclencherait alors les diffuseurs de brouillard qui nimberaient de brume la surface du jardin. Rien de bien ostensible; je comptais sur la lente dispersion de ses brumes de la nuit.

Adossé à la porte d’entrée, un grand gaillard (qu’elle avait déjà croisé à plusieurs reprises et ne l’effraierait pas) viendrait à sa rencontre dés sa descente de voiture. La croisant à mi-chemin entre le parking et le bâtiment, il lâcherait calmement: “Mademoiselle, je crois que l’on vous suit.”
Un réflexe commun pousse à se retourner à ce genre de nouvelle.
Don Quichotte en armure, monté sur Rossinante, arrive au petit trot et lui tend la missive dans un sourire silencieux, puis continue sa route et disparaît dans la brume, tandis que du lointain parviennent quelques notes de guitares espagnoles.

Il fait beau. Il fait doux. La lettre est légèrement parfumée de jasmin. Le gaillard disparu. Don Quichotte envolé. Les guitares s’éteignent. Un très léger Mistral a dispersé la brume.

Il ne s’est rien passé. Pourtant la lettre est là.

Avouez qu’elle l’a échappé belle!

Heureusement qu’à Marseille, quand on est “estranger”, on ne trouve pas les sous pour louer un cheval.

medium_don_quichotte.JPG

08:10 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Gros malin, va !
C'est à MA Sylvie, LA Guillem qu'il fallait demander...
Elle est toujours partante pour les trucs les plus dingues... voir "Wet woman" et "Smoke" de Mats Ek ou encore "Evidentia".

Écrit par : Grabuge | 06/01/2007

Les vacances se terminent et les petites filles regagnent leurs maisons.
La mienne se vide.
Je digère le tout et viens dès ce soir, sans doute, te dire la danse du cheval dans les brumes des yeux.

Écrit par : GPMarcel | 06/01/2007

Allez zou, à toi aussi d'la bonne année et d'la bise, camarade Fleuryval, puissent les
Troupes Impériales Du Pays Qui Ne Finit Jamais (comme ils disent à Oulan-Bator) ne plus saccager ton jardin!

Écrit par : Sébastien Fontenelle | 06/01/2007

Quand la soirée descendait et quittait radicalement le tapis volant qui lui tenait de TGV, elle se mettait à danser des farandoles tourbillonnées, parfumées, enrubannées.
Tu sais de ces farandoles que l'on danse quand le voile de brume se couche sur les prés à l'horizontale. Echarpe de sensations, fruité de senteurs, clignements d'yeux.
Voletant au-dessus des brins d'herbe, elle sillonnait le parcours, le balisait de sourires multicolores, l'agrémentait de soupirs complices.
Tu ne pouvais que l'aimer.
Lui rendre son sourire et t'asseoir, comme les chevaux et écouter.

Une musique douce et sensuelle montait de ses pieds.

Elle s'enroulait, virevoltait, s'échappait, revenait.

Envouté, tu suivais des yeux, écarquillais les narines, gonflais les oreilles, pétrissais l'air remué embaumeur. Enchanteur. Enjoleur.

Elle avait pris ta lettre au pied. Et la dansait. Seule. Sans témoin.

Faut-il l'avoir lue pour en être imprégné.

Un message d'Art peut être interprété. La manière peut t'échapper.

Tu l'as donné. Ne le retiens pas, uniquement dans ton propre désir.

Acceptons de délivrer et Basta!

Écrit par : GPMarcel | 06/01/2007

Grabuge, MAQJ'A de retour, GPMarcel!
Quel beau dimanche matin!!!
TA Sylvie Guillem était à Londres à cette époque. Moi à Aubagne et au RMI. Ca complique "un peu" les voyages, comme tu sais... ;-)
Si "les Troupes Impériales Du Pays Qui Ne Finit Jamais" envisageaient de telles exactions au jardin, nous les accueillerions avec la bravitude appropriée. Mwarf!
GPM, beau rêve! Une corde et un arbre si j'ai manqué ça...

Écrit par : Fleuryval | 07/01/2007

Première oaccsion de virer un commentaire (sans doute trop tardive) en six mois.
La "fielitude" ne sera pas tolérée sur ce blog.
A la suite d'une note de cette nature, ce serait empester.

Écrit par : Fleuryval | 08/01/2007

Censure ? c'est nouveau ?

Écrit par : Alain | 08/01/2007

Tout de suite les grands mots!
Pas censure.
Ménage ;-)

Écrit par : Fleuryval | 09/01/2007

Test

Écrit par : Fleuryval | 11/01/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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