Avertir le modérateur

21/03/2007

JARDIN "ALZHEIMER" : ATTENTION CHANTIER!

Ha si j'avais eu un blog quand je me suis retrouvé dans un jardin d'Etablissement pour Personnes Ägées Dépendantes à inventer mon premier jardin à vocation thérapeutique pour les personnes atteintes par la maladie d'Alzheimer!

Parce que je ne savais rien de cette maladie, et qu'il m'a fallu trouver à peu près tout tout seul sur internet.

Et que bien sûr j'ai demandé à des gériatres, des psychiatres (neuro ou pas), des pontes de la santé publique de corriger ou d'améliorer mon travail.

Suis même allé le soumettre au ministère de la Santé! C'est vous dire...

En vain.

Alors maintenant que Jérôme Pélissier est venu prendre l'air à Fleuryland et qu'il m'a fait l'honneur d'en faire circuler l'adresse dans l'univers de l'humanitude, je m'empresse de republier ce travail qui ne demande qu'à être amélioré encore.

Enlevez, ajoutez, corrigez, débatez: face à cette saloperie de maladie, il ne saurait y avoir de "vanité d'auteur".

medium_Une_dossier.JPG

A ma mère.

LE JARDIN DES SENS.


Mettre les cinq sens des malades Alzheimer en émotion constante dans la totale sérénité d’un jardin thérapeutique sécurisé, tel est le projet développé par l’entreprise Danse avec les houx en direction des maisons de retraite médicalisées.


Repère sera notre mot-clé.


LA VUE.
Les fleurs sont des repères dans le temps des saisons.
Les perce-neiges, crochus, narcisses et jacinthes annoncent la fin de l’hiver. Puis les tulipes, le muguet et les fruitiers en fleurs confirment le printemps. L’iris appelle l’été et les roses le claironnent avec les clématites. Les hortensias l’automne. Les ellébores, dites “roses de Noël”, l’hiver.
Nos pensionnaires, majoritairement d’origine rurale, le savent plus qu’ils s’en souviennent. Et leur mémoire s’active d’elle-même en entendant au petit matin les sabots du cheval de trait, les roues de la carriole passant sous leur fenêtre, puis en voyant plus tard les jardiniers effectuer tous les gros travaux avec leur paisible colosse. Labours, cueillettes... Quand le temps le permet, Fanfaron l’ardenais promène les plus faibles dans sa carriole aménagée.
Les oiseaux, attirés par les baies des arbustes, donnent un constant spectacle devant le balancement de légères graminées qui laisse apercevoir, en transparence, un bassin au-dessus duquel un angelot discret conseille aux nymphéas de garder leur secret. Tout paraît si tranquille...
Quand soudain, bouquet vivant, un paon déploie sa roue au milieu du jardin.

L’ODORAT.
Lilas, seringa, muguet, lys, arôme, romarin, lavande, rose, œillet, jasmin et même le mimosa qui attend sereinement le printemps au jardin d’hiver, autant de parfums jalonnant la promenade tout au long de l’année. Voisin d’un vaste champ, s’ajoutent à la Saint Jean les senteurs inoubliables des foins coupés. En été, l’odeur des côtelettes d’agneau frottées de thym grillant sur le barbecue du cabanon devant lequel déjeunent les jardiniers...
Repères de temps aussi.

Et l’écurie de Fanfaron, producteur bénévole d’engrais naturel, premier responsable de la folle exubérance des rosiers grimpants. Repère constant.

L’OUÏE.
Les oiseaux, encore eux, avec leurs chants variés. Mésanges, rouges-gorges, merles, tourterelles, alouettes, bouvreuils et moineaux... Le vent dans les bambous. Les fontaines, extérieure au bassin, intérieure au patio. Le carillon de roseaux accroché à une branche du polonia. Les sabots du cheval. Un jardinier qui chante. La cloche de l’église du village et celle de la maison appelant aux repas. Les rires des enfants aux récréations de l’école voisine. Parfois, la musique militaire de l’Ecole Supérieure des Officiers de Police, de l’autre côté de la rue. Repère de 14 Juillet, de 8 Mai et de 11 Novembre... Des dates qui ne s’oublient pas.

LE TOUCHER.
Le velours d’un pétale, le satin d’une feuille, la douceur d’un bois lisse à l’accoudoir du banc, la fraîcheur du fer forgé de la chaise disposée à l’ombre des bouleaux, la douceur d’un coussin, le souffle frais et léger du vent s’introduisant, coquin, dans les chemises ouvertes... Et sur le gazon dru des déambulatoires, le souvenir lointain d’une marche pieds nus.

LE GOÛT.
Des baies à picorer tout au long de la promenade. Framboises, groseilles, cassis, mures (des mûriers sans épines). Au verger, cerises, pommes, prunes, poires, noix et châtaignes. Au potager, des fraises, des melons, des pastèques... Repères de printemps, d’été, d’automne.
Rien de toxique, bien sûr. Du beau, du bio, sans autre engrais que le compost maison et le fumier du cheval.


Des feuilles mortes aux tulipes, dans le jardin d’hiver qu’une large baie vitrée isole des frimas, un écrin de verdure et de plantes tropicales d’où l’on regarde la neige tomber sur le village. En prenant soin de ces frileuses, fragiles elles aussi.
Dans le grand aquarium, les poissons multicolores savourent paisiblement leur perpétuel été. Dehors, les passereaux dansent un ballet constant de nichoirs en nichoirs garnis de nourriture.
Un sapin pour Noël, des jacinthes aux étrennes, on attend le printemps en écoutant Mozart, Schubert et Vivaldi.


Il ne passera pas, l’hiver !

C’est étonnant comme une virgule change tout.

medium_Charlot_bon_-_1.2.JPG
LE JARDIN DES MEMOIRES

Solliciter le plus souvent possible la mémoire lointaine pour ralentir la dégénérescence de la mémoire immédiate.

Dans un massif de graminées, la frêle silhouette
d’Edith Piaf, mains tendues, semble cueillir des fleurs.
Là-bas, Charlot s’éloigne. Ici, Maurice Chevalier salue du canotier. Fernandel sourit. Et Bourvil? Il bourville.

Des parterres de sens.
Tous les travaux des gériatres donnent la lecture comme meilleur exercice pour la mobilisation des facultés cognitives.
Au fil de la promenade, les résidants découvrent donc des citations incontournables, fondements de la pensée universelle. Philosophiques, encourageantes, souriantes, elles incitent le promeneur à lire, méditer, discuter, avancer. Incluses dans des résines de couleurs de formes et de dimensions variées, ces phrases deviennent des fleurs ou des fruits disposés en massifs, en isolé, en grappes...

Parmi notre sélection provisoire :

La plus grande des victoires est la victoire sur soi.
Platon.

Sur les flots, sur les grands chemins, nous poursuivons le bonheur. Mais il est ici, le bonheur!
Horace.

La vie ressemble à un conte; ce qui importe, ce n’est pas sa longueur, mais sa valeur.
Sénèque.

La fatalité triomphe dés que l’on croit en elle.
Simone de Beauvoir.

Le point de vue le plus simple est toujours le meilleur.
Chaplin.

L'heure de la fin des découvertes ne sonne jamais.
Colette.

La vraie sagesse est de ne pas sembler sage.
Eschyle.

Il faut oser ou se résigner à tout.
Tite-Live.

On n’est jamais aussi vainqueur ni aussi vaincu qu’on se l’imagine.
de Montalembert.

La mort est le berceau de la vie.
Higelin.

Quand il est dur d’avancer, ce sont les durs qui avancent.
Kennedy

Ne pas subir.
Maréchal Jean de Lattre de Tassigny

En notre temps, la seule querelle qui vaille est la querelle de l’homme.
De Gaulle.

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été.
Camus.


A lire avec les pieds, sur une allée de sable fin, ce poème-marelle est écrit sur des pas japonais.

Petits pas de zen
(Poème cognitif)

Je - marche - dans - un jardin - où - tout - m’est - destiné.
C’est - en pensant - à moi - qu’ils - ont - tout - dessiné.
Je - suis - ces pas - de lune. - Ils - me - mènent - vers - des fleurs.
Des herbes, - dans le vent, - me - dansent - le bonheur.
Je - vais - m’asseoir - ici, - prendre - un peu - de repos.
Le monde - est - ce qu’il - est. - Vu - d’ici, - il est - beau.
Les tirets séparent les pas.

On peut s’asseoir alors à l’ombre parfumée d’une masquelière* couverte de roses rouges, clématites et jasmin.
*Masquelière : nom commun féminin singulier, volontiers pluriel. (du nom de son inventeur) Pergola destinée à accueillir des plantes grimpantes, créant ainsi une escale fleurie, ombragée et parfumée le long d’une promenade.
Il existe des masquelières à deux et trois places, ainsi qu’un modèle équipé d’une potence d’aide au relèvement pour personnes agées, handicapées ou convalescentes. in Dictionnaire à venir.


La guinguette

De Mai à Octobre, au fond du jardin, un kiosque à musique abrite un accordéoniste qui vient parfois jouer les airs qui collent à la mémoire.

Non, rien de rien, non, je ne regrette rien...

Ah! le petit vin blanc
Qu’on boit sous les tonnelles
Quand les filles sont belles
Du côté de Nogent...

J’ai pris ces roses blanches
Pour aller voir Maman...

Un gamin d’ Paris, c’est tout un poème...

L’aventure commence.
Bien sûr, nous créons ce jardin pour les malades.
Nous le faisons tout autant pour le bien-être, le repos
et l’énergie de celles et ceux qui prennent soin d’eux.

Nous tiendrons un journal de nos observations.


Ce 24 Mai 2005.

Jean-Luc MASQUELIER.

Tableau : Jacqueline BOURGOIN.

medium_Le_temps_.3.JPG

Commentaires

Alors oui, c'est bête, mais tant pis, faut que j'essaie : cher Fleuryval, avez-vous quelque chose à voir avec ça ? :

http://www.parcsetjardins.fr/limousin/haute_vienne/ch_teau_du_parc_et_jardin_des_sens_de_nexon-512.html

Écrit par : zaireetvoltaire | 21/03/2007

@ zaireetvoltaire
Hélas non! Je n'étais pas né à la moitié du XIX° siècle (croyez bien que je le déplore) et n'ai aucune parenté avec la famille de Choulot (croyez aussi que je le regrette).
En tous cas, merci infiniment pour le lien vers ce jardin qui prouve s'il en était besoin que l'idée est dans l'air depuis... un certain temps ;-)
J'ai hâte d'aller visiter Nexon!

Écrit par : Fleuryval | 21/03/2007

C'est magnifique !

Écrit par : amarula | 21/03/2007

@ amarula
Est-ce que le compliment s'adresse à mon premier jardin alzheimer ou à celui du château de Nexon ?
Ou aux deux? ;-)
En tous cas, merci !!!

Écrit par : Fleuryval | 21/03/2007

En tout cas, tu fais bien de ressortir tes vieux textes des cartons.
Pour les ceusses qui ont des problèmes de mémoire … ;-)

Écrit par : bernard Langlois | 21/03/2007

@ Cèpe Debout!
Comme quoi même mon blog a des vertus de mobilisation des facultés cognitives ;-)
Et c'est pas parce que tu as fait partie de l'équipage des premiers vaisseaux de Chritophe Colomb découvrant un jardinier indien sur la toile qu'il faut négliger les nouveaux arrivants.
Moi, j'adore ça, l'immigration, à Fleuryland!
Triple mwarf piqué!

Écrit par : Fleuryval | 21/03/2007

Je m'échappe des petites filles un instant.
Je suis, aujourd'hui, de grand-père.
Et, comme le vent de nord te fait des trous dans la cervelle,
Je reste rentré dans la pièce de vie, avec elles.

Ton texte est long.
Il mérite réflexion.
Il mérite le temps.

Excuse cette merveilleuse infidélité du jour.
Mais, aujourd'hui, je suis de grand-père.

Avec la plus grande, Célia, je discuterai. Docte et sérieux de ce que tu envoies.

Comme promis, je dirai.
Ayez, mon ami, s'il te plaît, la patience de l'amitié.

Écrit par : GPMarcel | 21/03/2007

@ GPMarcel
Tu devrais (peut-être) commencer à savoir que j'ai ;-)
Si seulement je trouvais un adjectif à la mesure pour te dire à quel point mes genoux et mes bras vides t'envient...

Écrit par : Fleuryval | 21/03/2007

Ca y est ! J'ai trouvé : http://www.jardin5sens.net/



(et non, non… ne dites rien ! Pas besoin de me faire la leçon de géographie. Je sais très bien que vous étiez né au Moyen-Âge !)

Z. & V. qui ose tout (il paraît que c'est à cela… mais bon).

Écrit par : zaireetvoltaire | 21/03/2007

@ zaireetvoltaire
Merci! Mais ce n'est pas Yvoire non plus qui m'a inspiré.
J'ai diné avec François Villon. Il vous embrasse ;-)
Osez tout. C'est à ceux qui n'osent jamais rien qu'on les reconnait.
PCC Michel Audiard, qui est venu prendre le café.

Écrit par : Fleuryval | 21/03/2007

J'ai pensé que tu pourrais inclure dans ce superbe et merveilleux jardin - où? à déterminer - une juke-box spécial "comptines enfantines " que l'on pourrait coupler à des petits films vidéos d'enfants entrain de danser en ronde.

Je continue à réfléchir.

Écrit par : GPMarcel | 22/03/2007

Non Môssieur!
C'est la chorale des mamies qui chante, trop heureuses de la visite des marmouzets de l'école du village!
Pis quoi encore? Tu voudrais me faire faire des massifs de téléviseurs?!! Des allées d'écrans plasma? Des mosaïques d'ordinateurs ?
Que tu viendrais me traficoter la nuit pour qu'au matin les moustaches de José s'affichent simultanément sur tous les écrans du jardin...
Te voilà pris la main dans le sac de la propagande!
Mwarf génétiquement modifié, pour la peine ;-)

Écrit par : Fleuryval | 22/03/2007

Hello

La lecture de cette brève me laisse un rien songeur

http://fr.news.yahoo.com/21032007/44/la-ps3-contre-la-maladie-d-8217-alzheimer.html

La Play Station 3 au secours d'Alzheimer : tant mieux après tout, même si c'est pas ça qui me fera l'acheter quand même... Mais c'est un coup à basculer définitivement dans le virtuel si on finit par te convaincre qu'en restant scotché à ton écran tu contribues à aider les personnes malades

Du coup, j'en suis à espèrer que beaucoup de Fleurylandais vont se voir rapidement dans la vie réelle, et pourquoi pas pour se mobiliser contre l'autisme ou alzheimer... Un motif de fierté supplémentaire, quoi !

Écrit par : johnmarguerite | 22/03/2007

"Au lieu de détruire des monstres et des extraterrestres, ils essaieront « simplement » de vaincre des maladies mortelles."
Comme quoi, à Fleuryland, on a une certaine avance sur les joueurs de console puisqu'ici, voilà belle lurette qu'on fait ça tous les jours ;-)
Pour ce qui est d'un rassemblement fleurylandais dans la vraie vie, mon petit doigt me murmure que pour les franciliens, un pique-nique pourrait bien s'envisager aux premiers vrais beaux jours!
Affaire à suivre!

Écrit par : Fleuryval | 22/03/2007

Une souris verte.....picoti et picota lève la queue et puis s'en va...il pleut, il pleut...meunier,

Je propose la création d'une chorale à Fleuryland des Femmes et Hommes libres "si mes moires étaient chantées.." qui reprendrait le répertoire traditionnel des comptines de maternelles et d'avant.

Pour votre pique-nique francilien, dites moi et donnez moi l'adresse à laquelle je pourrai envoyer quelques nectars de chez moi en guise de participation active. Ca me ferait plaisir.

Écrit par : GPMarcel | 22/03/2007

Tu vois, quand tu veux ?
Te voilà chargé du registre des inscriptions pour la chorale. Evidemment j'en suis: baryton basse.
Et je propose immédiatement au répertoire: "Il était un p'tit homme tout habillé de gris tireliti", "Malbrouth s'en va t'en guerre mironton mironton mirontaine", "Cadet Rousselle a trois maisons" et spécial Mamies: "Il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai."
Sans oublier pour Noël "Mon beau sapin, roi des forêts" et pour Pâques "Où c'est qu'ils sont / les oeufs d' la cloche / dans le jardin..."
Pour le pique-nique, t'envoies rien! On monte un GPMarcelton pour t'envoyer le billet et TU VIENS! Tu pars de Marmande ou de Bordeaux ?

Écrit par : Fleuryval | 22/03/2007

Le compliment s'adressait aux deux : tant d'idées, d'ingéniosité, de sensibilité déployées pour aider les autres ..

Écrit par : amarula | 22/03/2007

En ce cas, c'est pur plaisir que de le partager avec un lieu si empreint d'humanitude. Merci encore ;-)

Écrit par : Fleuryval | 22/03/2007

Fleury c'est quoi le problème pour le livre de Bercau.
Amitié à toi

Écrit par : g.b. | 24/03/2007

;-)
Un problème de silence généralisé de gens pariculièrement mal élevés qui ne répondent pas quand on leur écrit, doublé d'une "tradition" littéraire idiote qui voudrait qu'on ne publie pas un même texte sous plusieurs présentations. Ce qui est évidemment démenti par l'Enfer de Dante illustré par Gustave Doré, et tous les auteurs sélectionnés dans la Pléiade, entre autres.C'est dommage! Après l'épisode Raymond Barre sur France Culture, ça serait bien tombé...
Heureusement, dans Libé de ce matin, un texte magnifique de P. Léotard: "Maurice, Jean et Raymond" Ca remplace pas, mais ça console ;-)

Écrit par : Fleuryval | 24/03/2007

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu