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16/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre V (2)

Livre V (2)



Mado (suite)
Il n’y a que lui pour ne pas en vouloir.
Son discours, le même depuis toujours, fait de sectarisme, d’exclusion, ne présente jamais la moindre trace de générosité ni de curiosité des choses et des gens. Il est à proprement parler le contraire d’un homme équilibré. Il se propose cependant comme remède à des maux beaucoup moins graves que ceux qu’il génère. S’en prend-il à l’insécurité ? C’est pour mieux proposer la délation et prôner sa violence. S’en prend-il aux étrangers ? C’est pour mieux faire oublier les lois de l’hospitalité. Il est à lui-seul ce que l’encyclopédie désigne comme un effet pervers.
Mais ce n’est pas tout à fait de sa faute.

Le Pire
Ha quand même!

Mado
Mon client n’aurait aucun goût pour le plaisir. C’est du moins ce que Monsieur le Procureur a tenté d’établir avec toute la malice qu’on lui connaît.
Je m’inscris en faux contre cette affirmation!

Le Pire
Bien!

Mado
Mon client a des plaisirs. Personnels. Etranges mais raffinés. De ceux auxquels nous savons heureusement Monsieur le Président totalement imperméable.

Le Pire
Oui ! Allez ! Vas-y ! Attaque!!!

Django
Accusé un peu de retenue! On n’encourage pas Dieu comme on lâche son chien!

Mado
En effet, quelle satisfaction dans son regard lorsqu’il découvre en photo dans ses journaux le regard plein de larmes d’un enfant expulsé!
Lui qui me bassine chaque Dimanche avec ses “Seigneur, prends pitié!”, cherchez la sienne quand à l’issue d’une de ses manifestations un jeune homme est noyé dans la Seine! Voyez comme il s’enthousiasme en apprenant que ses commandos anti-IVG saccagent des hôpitaux, menacent et tuent des médecins! Au nom de la vie!!! Oui, Monsieur le Président: c’est au nom de la vie et de sa morale que lui et ses sbires cassent, brûlent, lapident, terrorisent, assassinent!
Compliqués, ses plaisirs, n’est-ce pas ?

Le Pire
Je suis fait. Comme un rat. Rien n’est pire qu’un défenseur qui vous accable.
La rouerie du Procureur n’égalera jamais l’intelligence de Celle qui l’a créé, parce que cette perfidie vient de plus haut que lui. De Celle qui a accroché, telle une croix éternelle, le vice sur le dos du diable.
Au bout du compte, je te plains, Lucifer. Souviens-toi. C’est Elle qui t’as créé. Elle a besoin de toi. Tu n’échapperas jamais à ta fonction ni à ton destin. Moi, peut-être. Parce qu’Elle ne m’avait pas prévu. Ce soir, elle veut ma peau et mon temps semble s’achever ici. Mais toi, pour quelle éternité en auras-tu encore ?

Lucifer, apparemment très inquiet, à Django.
Tu ne me lirais pas les lignes de la main, là, vite fait ?

Django
Ca ne sera pas la peine. Il a raison, l’accusé. Tu n’es que le jouet de Dieu. Tout ce qui nous tente vient d’Elle ou de nous. Pas de toi. La vigne, c’est Elle. Le vin, c’est nous. Les filles, c’est Elle. Le Kamasutra, c’est nous. Le blé, c’est Elle. La farine, c’est nous. Les vaches, le lait, les poules, les œufs, c’est Elle. Mais les gâteaux, c’est nous. Le Pire n’est là que pour nous faire croire en toi. Pas en Elle.
Elle, on sait.
Toi, tu n’existes pas.

Lucifer
Etre ou ne pas être... Mirage, mon beau mirage... Ce n’est pas la première fois que l’on me traite d’illusion. J’adore ça. Mado, j’ai une mauvaise nouvelle pour Toi: pendant notre suspension de séance, notre débat ne fut que virtuel.

Le Pire, à Lucifer.
Moi je le sais bien que tu existes. C’est presque toujours toi qui me fait rater mes opérations. On est souvent le pire de quelqu’un. Tu n’as donc aucune raison de me faire un procès. Aucun de nous trois n’existe s’il en manque un seul.
Le bien, le mal et les excès des deux.

A Django

Si tu me condamnes, tu les perds tous les deux.
Nous resterions seuls. Ensemble.
Saurions-nous alors La réinventer moins fière, moins farouche, moins distante ?

Mado
Attention, Président. Encore quelques instants et vous n’existerez plus non plus. Observez-le bien. Nous sommes en présence d’un malade pervers, extrêmement habile mais soumis à de terribles pulsions. Un malade infecté par un virus contre lequel, hélas, aucun vaccin n’existe encore.
Ce virus porte un nom: c’est la haine.
Vous et moi ne disposons pour l’instant pour le combattre que de l’exemple de l’harmonie, d’un certain rire et de l’amour des autres.

C’est pourquoi Monsieur le Président je vous demande de considérer mon client comme totalement irresponsable et d’assortir sa peine, quelle qu’elle soit, d’un traitement psychiatrique approprié. Vous ne le condamnerez pas ainsi qu’il a la détestable habitude de la faire et lui pardonnerez ses offenses bien mieux qu’il pardonne à ceux qui, selon lui, m’auraient offensé. On ne condamne pas les fous, on les soigne.
J’ai terminé.

Django
L’accusé veut-il ajouter quelque chose ?

Le Pire, éclatant d’un rire odieux.
Oui! Il est trop tard. Trop tard pour vous tous! Quelle que soit votre sanction, les temps sont venus. Si vous m’arrêtez moi, il en viendra dix autres, puis cent, puis mille! Mes troupes sont là, embusquées, silencieuses. Rien ne pourra les arrêter. Mes cohortes déferleront sur vos lubricités et nous vous bouterons hors le temps! Oui! Punissez-moi! Faîtes de moi un martyr! C’est ce qu’elles attendent.
Je vous hais! Je vous hais! Je vous hais! Tous!!!

Django, frappant de sa louche sur le comptoir.
La Cour se retire pour délibérer.

Il sort à la cour.

Mado et Lucifer vont s’asseoir au comptoir.
Le Pire a regagné son tabouret sur lequel, assis, il attend. Immobile.
Lucifer sert un Cognac et Mado allume une cigarette. Ensemble, il vont porter son “dernier verre” au Pire.

Le Pire
Vous savez bien que je ne bois pas et que je ne fume pas.

Mado
Ca non plus, nous ne te l’avons jamais demandé...

Tandis que Mado et Lucifer retournent au comptoir, on entend un bruit de chasse d’eau puis:

Django, off.
La Cour !

Il entre, profondément soucieux, et revient prendre place derrière son comptoir.

La Cour étant, contrairement à l’accusé, farouchement opposée à la peine de mort, doit avant de rendre le verdict qui lui semble judicieux, interroger la défense. Avez-vous, Maître, au fin fond des galaxies, une planète sur laquelle lui et ses disciples ne pourraient plus nuire à personne ?

Lucifer
Oui! Si Saint-Exupéry ne les a pas toutes investies, il doit nous en rester quelques unes au-delà de Sirius.

Mado
A quoi pensais-tu ?

Django
D’abord à l’exil. Pour toujours. Qu’il s’en aille faire son ordre ailleurs, comme il aime, entre lui, dans un endroit inaccessible où personne n’ait jamais l’envie d’aller.

Mado
Et quoi d’autre ?




Et c’est maintenant, fleurylandaises et fleurylandais, qu’à la manière de l’illustre Robert Hossein, qui vient d’introduire (enfin) la démocratie au théâtre, la troupe du Fabuleux vous offre la formidable possibilité d’intervenir sur le dénouement.

Une justice populaire ?
Sûrement pas!
Un théâtre populaire ?
Peut-être...
Les commentaires et la buvette sont ouverts ;-)

Commentaires

Je l'absous de ses offenses, toutes.
Désormais, il devra à titre de réhabilitation... appliquer toutes les lois qu'il prétend observer : aime ton prochain, ne jette pas la pierre, etc...

Écrit par : fanny | 16/08/2007

fanny... Première engagée du FTP!
(Formidable Théâtre Populaire)
Dis-donc, ma Riacasares, tu n'aurais pas en tête de jouer Mado, des fois ?
Sûr que ça lui ferait une solide réputation à l'école, à ton Monstrigliani! ;-)))))

Écrit par : Fleuryval | 16/08/2007

Je propose qu'on le condamne à la joie de vivre à perpétuité ;-))))))))

Écrit par : Hélèna | 16/08/2007

@ Hélèna
Enfin une brèche dans le droit pénal!
Condamné au bonheur! Voilà de la peine alternative!
D'autant que le concernant, c'est bien la plus sévère.

Écrit par : Fleuryval | 16/08/2007

Hugh , Sitting Coquelicot ! Le Conseil des Sages a le coeur lourd comme une pierre parce que le Pire envahit nos terres et qu'il est difficile à éviter ... il faudrait pouvoir le retourner comme une pièce et ne voir , au lieu du côté pire , que le côté farce!
Il sera condamné à marcher pieds nus sur la Terre Sacrée jusqu'à avoir une saine corne aux pieds , à cultiver un espace large comme une peau de bison pour subvenir à ses besoins , pour en reprendre conscience du moins ...Et si après cette période d'essai le Pire est encore pire , nous reviendrons à ta solution : l'exil ( ou le tomahawk )...

Écrit par : flèche d'indien | 17/08/2007

J'ai toujours du mal à condamner. Mon éducation libertaire y est pour quelque chose.
J'ai bien lu. Je me suis empreins du texte, des plaidoiries, des digressions, des commentaires de vous tous.
Quand on est dans le lieu, il faut jouer le jeu et ne pas se défiler.
Alors acte.

Tout d'abord: crime est l'anagramme de merci.

Puis, la science aidant dans un Fleuryland accueillant et à la pointe des progrès jardino-floraux , j'inoculerai au sus-dit Le Pire, une dose homéopathique mais Ô combien suffisante de contememorus.

Ce nouveau médicament, uniquement en utilisation, sous contôle médical, dans l'hôpital public de Fleuryland permet à l'impétrant volontaire ou pas, suivant la sage décision du conseil du village,
--de pourvoir apprendre en une seule fois tous les contes et comptines du monde;
--de s'asseoir dans la masquellière, bien droit, bien expressif un large sourire d'accueil aux lèvres;
--de réciter, jouer, comédier, aux papis, mamies et enfants passant toutes sortes d'histoires.
--de les entraîner dans des fous rires inépuisables et des rondes joyeuses.

Le Pire prie (anagramme!) les personnes de s'arrêter et de vivre la lenteur de leur respiration.

Le Pire comme tous, est de Fleuryland. Faut lui trouver sa place et l'aider dans un temps par la médication.

Écrit par : GPMarcel | 17/08/2007

Robert, Alain... si vous nous lisez.
N'ayez pas peur!
Faites juste en sorte qu'un public aussi génial que le mien vienne vous suggérer des conseils de sages du village pareils!
Vous savez quoi ? Je me demande jusqu'où Molière aurait poussé son Don Juan et son Tartuffe s'il avait eu un blog.
Vous êtes magnifiques!
Prenez ça comme ça vient. Je ne suis candidat à rien.

Écrit par : Fleuryval | 17/08/2007

Si ça n'est pas de l'écriture démocratique, ça s'en approche.
@ Fanny: Il est absout et va aimer.
@ Hélèna: Bonne fête! La joie de vivre arrive.
@ Flèche d'Indien: Plutôt que de risquer une peau de bison, il va fouler les moquettes épaisses du Tout-Paris littéraire. Si ça c'est pas une punition!
@ GPMarcel : Ton éducation libertaire ne devrait pas en souffrir. Pas de condamnation
@ tou(te)s un MERCI colossal

Et n'ayez pas peur!
Cela se termine dans le noir, mais on rallume très vite pour les saluts ;-)

Écrit par : Fleuryval | 18/08/2007

Merci d'avoir pensé à ma fête ;-)
merci pour ce texte savoureux et réjouissant .

Écrit par : Hélèna | 18/08/2007

Les commentaires sont fermés.

 
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