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20/09/2009

VELART

 

C'est fait.

Hier soir, à la nuit tombante, le "Gustave Doré" a été lancé avec succès sous pavillon français.

La Mamie a coupé le ruban tricolore, la marraine a envoyé une Marseillaise énergique, j'ai personnellement fait péter le Champomy et un jeune garçon s'est cru à Noël en Septembre.

Comme la "surprise" ne risque plus de s'éventer, j'en publie le mode d'emploi.

 

Lettre à un jeune peintre.

 

Mon jeune ami, 

Quand ta grand-mère mʼa dit que tu avais un vrai talent pour le dessin et que tu voulais apprendre à peindre, jʼai souri en pensant: «Si elle savait comme cʼest difficile et comme la route est rude et longue...» 

Mais quand tu mʼas montré tes dessins sur la terrasse et que tu mʼas dit déterminé comme un petit soldat: «Quand je serai grand, je serai dessinateur», jʼai compris que cʼétait très sérieux et jʼai décidé de tʼoffrir le nécessaire pour commencer. 

 

Dés maintenant tu dois apprendre les bonnes bases parce que ça va être très difficile et que pour en faire ton métier, il va te falloir être parmi les meilleurs et donc beaucoup étudier, beaucoup visiter de musées, dʼexpositions, dʼateliers et beaucoup travailler. Tu as de la chance: avec Fontainebleau, Barbizon, Bourron-Marlotte et Milly-la- Forêt autour de toi, tu es tombé au milieu du paradis de la préparation aux écoles dʼarts. 

 

Avant de te présenter ton premier atelier de plein air, je te demande ton indulgence dʼune part parce que je ne suis pas peintre moi-même, dʼautre part parce que cʼest la première fois de ma vie que je fais «armateur de bicyclette». Il y aura donc sans doute quelques erreurs que tu me pardonneras et surtout que tu me raconteras pour que je les corrige. 

Ensuite, comme la rédaction des modes dʼemploi nʼest pas ma spécialité, je tʼécris cette lettre pour te décrire ton vélart dʼapprenti dessinateur. (Vélart nʼest pas une faute dʼorthographe mais un mot nouveau. Dans sa forme contractée, un vélo pour les arts, cela devient un vélart. Cʼest comme vélib à Paris, mais en beaucoup plus rigolo dans ton village...) 

 

Ta sécurité dʼabord. 

Un gilet jaune fluo à enfiler toujours avant de partir pour que les conducteurs te voient de loin. Il est plié dans le sac du guidon. 

Comme je me suis égaré quelques fois quand jʼavais ton âge, tu y trouveras aussi une carte de la forêt et une boussole pour retrouver ton chemin. Dans le pire des cas, comme je connais cette forêt à peu près comme ma poche, tu mʼappelleras sur le portable pour me dire ce que tu vois autour de toi et je tʼindiquerai comment rejoindre la route la plus proche ou la maison du garde forestier du secteur. 

Comme les vélos vibrent toujours un peu, le rétroviseur sera sans doute à resserrer régulièrement avec la petite clé rangée dans la trousse bleue sous le cadre, avec une bombe anti-crevaison qui te permettra de rentrer au cas où. Rappelle-toi: ça dépanne mais ça ne répare pas. Une fois rentré, seau dʼeau, colle et rustine. La peinture parfois passe aussi par la réparation dʼune chambre à air. 

 

ATTENTION!  Même nos petites routes sont infestées de chauffards. Il te faudra écouter tout ce qui arrive autour de toi, et au besoin te mettre sur le côté si ça arrive trop vite. 

Donc une seule interdiction, mais absolue: écouter de la musique en roulant.

 

Enfin, les gens méchants. La forêt est à coup sur moins dangereuse que la ville mais on nʼest jamais à lʼabri dʼune mauvaise rencontre. Envoyé à grande vitesse et avec précision côté cadenas dans la tête dʼun mauvais lascar, ton antivol a un pouvoir assez calmant.  Mais le mieux serait que tu partes avec tes chiens. Ca les fera courir et ça nous rassurera tous. Si tu fais comme ça, nʼoublies pas dʼemporter un peu dʼeau et une gamelle pour eux. En forêt, il nʼy a pas des mares partout. 

 

Lʻinfirmerie. 

Cʼest la petite sacoche fixée sous la selle. Elle sʼinstalle et sʼenlève avec un clip que tu pinces de chaque côté en tirant vers lʼarrière. Jʼespère quʼelle ne servira jamais, mais elle contient de quoi te soigner si tu tombes (cela mʼest arrivé quelques fois). Si tu tʼécorches, cʼest le flacon bleu. Si tu te cognes, cʼest le rouge. Il y a aussi des compresses et du sparadrap pour te faire un pansement. Mais les meilleurs remèdes sont dans ta tête: ils sʼappellent la prudence et lʼattention. 

 

La sacoche à outils. 

1 - Pour dessiner. 

Une trousse pour ton petit matériel: crayons, gomme... et un carnet de croquis. 

Les fusains étant très fragiles et sachant que tu tʼamuseras quelques fois à sauter des trottoirs (jʼai été petit garçon aussi, il y a longtemps, mais jʼai une mémoire dʼéléphant), ma mère tʼa bricolé une boîte bourrée de coton pour les transporter sans les casser. 

Je te laisse le plaisir de les déballer et de les ranger à ta façon. 

2 - Pour peindre. 

Johanne Cullen, une grande artiste peintre canadienne de mes amis, conseille de commencer par la peinture acrylique sur des petits formats. Il y a donc ton premier coffret de peinture et deux toiles de 27x22 et 33x22. Pour les fixer avant de commencer, une petite vrille, des pitons et de la ficelle. Pour le support, ce ne sont pas les arbres qui manquent. Deux pitons de chaque côté pour attacher ton châssis, on sert fort autour et hop! Voilà un tronc transformé en chevalet de campagne. 

Quand tu seras un peu plus costaud, nous en rajouterons un. Maintenant, le vélo serait trop lourd pour ton âge. 

Si tu veux aller regarder le travail de Johanne, ce que je te recommande vivement, lʼadresse de son site internet est: 

http://www.johannecullen.com/fr/index.html 

Enfin, sur ta carte, jʼai collé quelques gommettes rouges qui tʼindiquent les lieux où de grands artistes sont venus travailler. Quelques uns y vont encore. Je te souhaite de les rencontrer. En général, les peintres sont des ours gentils. Ils sʼapprivoisent sans trop de difficultés avec une formule magique: «Jʼadore ce que vous faîtes!»

 

La sacoche à casse-croûte. 

Là, par contre, je mʼy connais! Un couteau suisse et une pierre à aiguiser, car rien nʼest plus pénible que dʼessayer de trancher un saucisson avec un couteau qui ne coupe pas. 

Comme je ne sais pas ce que tu aimes en pique-nique ni quand tu vas tʼen servir pour la première fois, je ne me suis pas risqué à la garnir. Le pain aurait été tout rassis, le camembert  aurait dégouliné partout, ton navire aurait pué le vieux fromage, bref ça aurait commencé très mal, ce que je ne voulais à aucun prix. Comme je ne suis pas homme à offrir des biscottes et du pâté en boîte, jʼai préféré mʼabstenir. 

 

Voilà, jeune ami . 

Je tʼai préparé ce vélo comme on arme un bateau pour la course. La marine de guerre a un porte-avions. Toi, te voilà commandant du premier porte-crayons. Je lʼai baptisé le «Gustave Doré» en hommage à lʼun de nos plus grands dessinateurs français.

 

Tu peux donc partir en forêt comme on prend la mer, traverser nos lumières de folie sous nos cieux dʼIle de de France et découvrir le continent infini et merveilleux des arts. Si avec ça tu nʼentres pas parmi les premiers à lʼécole nationale des beaux-arts, parole de jardinier: je te fais manger mon chapeau de paille, mes gants dʼhiver et un sac de terreau! 

Bon vent, petit corsaire! Et merci infiniment. Tu mʼauras fait imaginer du beau et ce sera pour moi un grand honneur dʼavoir un peu contribué à te mettre sur la route des émerveilleurs. 

 

Rainer Maria Fleuryval

 

PS : Dis à ta Maman quʼelle a bien de la chance aussi. Si nous avions été en Provence ou au Portugal, jʼaurais probablement remplacé la bicyclette par un petit âne gris. 

Le vélo a sur le bourricot dʼénormes avantages: il ne mange pas les roses, il nʼoblige pas les petits garçons à le brosser régulièrement, il ne contrarie pas les chiens et il économise la paille et le picotin. Et ça, pour une Maman, cʼest vraiment de la chance !

 

 

 

Miri07.jpg

 

 

07:55 Publié dans Arts | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Vu d'ici, le Gustave Doré a l'air magnifique. Sûr que, de plus près, il est tout simplement grandiose ;-)

Bon vent jeune homme ! Au plaisir de voir la première expo.

Écrit par : Trenette | 20/09/2009

Merci Trenette ;-)
Pour la première expo du moussaillon d'art, rendez-vous ici.

Écrit par : Fleuryval | 21/09/2009

J'aime La sacoche à casse-croûte :)
ça me rappel la mienne ;)

Écrit par : blog sur la santé | 22/09/2009

Avec un tel morceau de bravoure et de poésie en lettre d'introduction, un tel amour dans la préparation du velart, cet artiste en herbe se verra ouvrir toutes grandes les portes des écoles d'art ...

Fleuryval, j'en viens à regretter de ne plus être un petit garçon, pour qu'on m'écrive des lettres comme celle-ci.

Écrit par : PiTRe | 25/09/2009

A vrai dire, Maître Fleuryval, je ne suis pas si grande que ça!
Il me suffit de fermer les yeux et j'y suis... c'est si beau!

Écrit par : pahdoc | 28/09/2009

De le part d'un blog de santé, j'attendais plus le compliment à propos de l'infirmerie ;-)))

Mon cher PiTRe, tu regretteras d'autant plus fort quand, dans trois semaines environ, je publierai ici-même quelques photos du décor au milieu duquel évoluera notre jeune ami sur son vélart. L'automne ici s'annonce flamboyant.

Chère padhoc, tu ne me vois pas peu fier de te faire revenir en enfance, ni de penser que mon "Gustave" peut faire envie à de jeunes peintresses !

Écrit par : Fleuryval | 28/09/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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