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21/01/2008

PETIT JEU DE CIVILISATION

Vous reprendrez bien un peu de printemps ?

En patientant pour quelques roses dans un jardin de Picardie

http://two.flash-gear.com/npuz/puz.php?c=v&id=2051199&k=80771898

10/01/2008

CHEVALIER ENGUERAND de FINKIELKRAUT

Ah mes ami(e)s, quelle grande journée s’annonce là!

Je viens d’écouter au journal du matin sur France Inter Alain Finkielkraut déplorer lui-aussi la récente colère de Bartabas à la Drac. Bartabas, cet “incomparable artiste” dont le “philosophe” attendait qu’il contribue à réintroduire des “valeurs chevaleresques” dans la “société post-culturelle”.

Ca ne vous enchante pas une matinée, ça ?

Finkielkraut sur la chevalerie!

D’abord, il semble lui avoir échappé que le mot et le concept sont basés sur “cheval”. Il me semble qu’entre Bartabas et lui, il y en a un qui maîtrise le sujet mieux que l’autre.
Allez! En selle, Monsieur Finkie! Montrez-nous un peu votre assiette sur un pur sang anglo-arabe.

Ensuite, il apparaît que tout à son Proust, il n’aura pas trouvé le temps de considérer ce qui se serait passé avec les plus célèbres de nos chevaliers, Bayard, Du Guesclin, d’Assas ... à la Drac.
Et c’est tant mieux pour le drac, qui serait mort.

En matière de fiction non plus, il n’a pas dû faire beaucoup d’effort. Reste à Bartabas à monter un “Bossu” à la faveur duquel un cavalier s’écriera en regardant Gonzague de Canchy: “Si tu ne viens pas à Bartabas, Bartabas ira à toi!”

Je pense donc qu’au train où vont les choses, je suis en mesure de vous annoncer les points forts des émissions à venir:

A 10 heures, ne manquez pas l’interview de Christine Bravo consacrée à la physique nucléaire suivie par l’analyse des progrès remarqués par Laurent Ruquier dans la mécanique des fluides.

Invitée du 13 heures, Marie-Claude Pietragalla nous enchantera sans doute avec sa conception très personnelle et documentée de la maintenance des engins multifonctions dans les régiments de génie de l’armée de terre.

Cette après-midi, sur France-Culture, une analyse très pertinente de Benoît XVI sur les sites érotiques américains sera suivi d’un débat sur la gastronomie périgourdine avec, notamment, deux top-models anorexiques.

Au vingt heures, on m’annonce une interview très pointue de Chantal Goya sur les travaux du viaduc de Millau dont elle soutient mordicus qu’il n'aurait pas fallu le construire comme ça.

Ce soir enfin, sur Arte, ignorant tout de la cuisine japonaise, je vous en entretiendrai au cours d’une émission finement intitulée “ Y a pas de sushi!”

Les médias étant, comme chacun sait, démocratiques en France, je ne saurai trop vous engager à déposer ici vos suggestions pour produire désormais des émissions pertinentes et documentées.

Allons-y qu’on rigole!

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02/01/2008

VOEUX UTILES

Dans le Grand Prix des vœux traditionnels arrivent généralement en tête Bonheur, Santé et Prospérité.
Moi, Bonheur, ça va.
Santé, ça se maintient.
Prospérité, par contre...

Alors pour celles et ceux qui hésiteraient sur ce qu’il faut me vouloir pour 2008, j’ai dressé une petite liste dans laquelle les hésitant(e)s n’auront qu’à piocher.

Prospérité devrait suivre.

Si ce n’est pas ce qu’on appelle “mâcher le travail”...

- Finir enfin mon banc adapté pour les personnes âgées.
- Trouver un mouleur de béton et fabriquer avec lui les éléments de mon bar à fraises.
- Convaincre les responsables des grands groupes de gériatrie qu’il vaut mieux que le jardinier travaille avec l’architecte AVANT d’attaquer la construction d’un établissement plutôt que d’avoir à se dém..der tout seul avec l’espace restant APRÈS.
- Convaincre tou(te)s les jardinier(e)s de maisons de retraite qu’on travaille mieux ensemble que chacun dans son coin et de me rejoindre sur le forum d’Agevillagepro ;-)
- Rencontrer un maire dynamique qui veuille vraiment de mon Parc des Tiges sur SA commune. (Il se murmure que plusieurs d’entre eux trouveraient l’idée excellente... à condition que j’aille la mettre en œuvre chez les autres.)

Et pour le reste, en vrac:
- que les responsables français soient assez bien élevés pour répondre quand on leur écrit,
- que François Fillon, cohérent avec le Grenelle de l’Environnement, nous débarrasse des Ricotte, Ricotti, Ricotton qui paralysent le pays en les envoyant, par exemple, re-congeler le pôle Nord,
- qu’on ne soit pas obligé de passer par Hugo Chavez et la Croix Rouge pour que les DRAC libèrent Bartabas,
- que Sébastien Chabal soit libre et à Paris tôt le matin du printemps (20 Mars),
- que les intégristes, les FARC, les jeunes turbulents de banlieue, les bandits de grand chemin, Paris Hilton et le président veuillent bien se tenir un peu tranquilles la veille (19) et le jour même (20) de sorte que nos médias ne se dispersent pas ce jour-là. (Que les patrons de presse se rassurent: ce n’est pas le boulot qui va manquer!) ;-)

Évidemment, cette liste sera actualisée au fil de Chronos et je vous invite à y revenir régulièrement.

A vous, maintenant.

Dites-moi un peu ce que vous voulez que je vous veuille! ;-))))))

01/01/2008

COMMENCER 2008

641dbe3e757f92b582c4e22fcfad15b4.jpgJ’accours remercier ici celles et ceux qui m’ont adressé cette nuit des cartes virtuelles pour me souhaiter sans doute une bonne année 2008.

Qui commence merveilleusement bien puisque j’en suis informé.

Nettement moins bien puisque mon vieil ordinateur et ses antiques logiciels ne parviennent pas à les ouvrir, sans doute créées qu’elles sont sous de nouvelles technologies.

Ici, on en est encore aux hiéroglyphes ;-)

Aussi, pour vous mettre sur la voie de ce qu’il conviendrait de me souhaiter pour bien commencer l’année, un ordinateur neuf me paraît tout indiqué.

A mes vœux, maintenant.

Curieuse coutume qui consiste pour la plupart des gens à vouloir le Premier de l’An et à s’en contenter jusqu’à l’année suivante.

Alors je vais vous souhaiter de vouloir vraiment et de tenir cette volonté tendue comme un arc jusqu’à la Saint Sylvestre!

Et vous offrir en guise d’étrennes un début d’année en chanson et un éclat de rire à partager. J’ai reçu pour ma part une bande dessinée de Jean-Yves Ferri intitulée: “De Gaulle à la plage” éditée par Dargaud dans la collection “Poisson pilote”. Elle m’a tout bonnement plié en deux. Courrez vous chercher ça chez le libraire! C’est un médicament pour les jours tristes.

Et pour la chanson, ce sera “La prière de Dieu”, paroles et musique de ma pomme avec Red Mitchell aux guitares.

Tout simplement ;-))))))))))))))))

podcast

24/12/2007

ELLEBORES, ROSES DE NOEL

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A toutes celles et à tous ceux qui sont en famille, avec les êtres chers à leur coeur, je souhaite un bon Noël.

A tous les autres, seuls, malades, prisonniers, courage et dignité.

La gueule en l’air, ami(e)s, et la plume au chapeau!

Avec un peu de chance et de patience, il finira bien par être le 26.

“Je veux chanter pour ceux
Qui sont loin de chez eux
Et qui ont dans leurs yeux
Quelque chose qui fait mal
Qui fait mal
Je veux chanter pour ceux
Qu'on oublie peu à peu
Et qui gardent au fond d'eux
Quelque chose qui fait mal.”

Michel Berger

29/11/2007

LE MANEGE EN CHANTIER

Fanny, que les habitués de ce blog connaissent bien (nous lui devons entre autres les illustrations du Petit Jardin des Conséquences et le coup de génie du Parc des Tiges rebaptisé “Jardin de racaille”) sera désormais dans la clandestinité du réseau des houx Icelle-là, afin de la différencier de la première Icelle qui, de par le fait, deviendra désormais Icelle-ci.

C’est quand même plus républicain qu’Icelle 1, Icelle 2...

Icelle-là a pris une initiative.

Nous ne l’en féliciterons ni ne l’en remercierons jamais assez tant la chose est devenue rare ces temps-ci.

Un peu agacée que rien ne démarre jamais côté jardins avec l’Etat, elle a écrit au Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité afin de lui demander qu’on m'aidât un tantinet d’avantage, notamment pour le Petit Jardin des Conséquences.

Elle a reçu la réponse hier et me l’a envoyée aussitôt.

Je vous en fais grâce: vous vous en doutez sans doute et ceci n’est pas un blog à la gloire des meilleurs coups de pied en touche de nos trois-quarts d’Etat.

Pour celles et ceux qui voudraient se desespérer d'avantage, la preuve est là:
http://bienvenuechezfanny.20minutes-blogs.fr/archive/2007/11/28/un-nouveau-ricotte.html

Ce faisant, Icelle-ci m’a permis de poser l’hypothèse que Ricotte, qu’Icelle-là avait levée au ministère de la Santé (pour les nouveaux-venus, c’est ici:) http://danseavecleshoux.20minutes-blogs.fr/archive/2007/09/21/le-ricotton.html)
avait un frère au Travail, Ricotti, un autre aux Solidarité, Ricotton.

Ce qui permettait à Xavier Bertrand, en arrivant le matin, d’ordonner à l’un puis à l’autre:
“Tourne, Ricotti! Tourne, Ricotton! Voici le Zébulon!...” *

On apprécierait moyennement où vous pensez...

Heureusement, pour équilibrer la balance, est arrivé simultanément l’avis d’un homme cher à mon coeur, particulièrement autorisé en matière de jeunesse délinquante, sur le Parc des Tiges. Le père Guy Gilbert, aka le curé des loubards.

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Merci, mon frère!


* Pour les plus jeunes, qui n’auraient pas grandi le nez dans le pelage de Pollux, c’est ici et ça s’appelle “Le manège enchanté”:
http://www.coucoucircus.org/da/generique.php?id=244
C’est moins violent que Tarentino et moins débile qu’Endémol, mais vous y découvrirez deux choses devenues trop rares ces temps-ci: un peu d’humour et beaucoup de tendresse.

19/11/2007

PIQUET DE RÊVES!

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A bien écouter les médias, nous aurions en ce moment deux sortes de gens en notre pays de France.

Celles et ceux qui, ayant du travail, ont décidé de ne pas le faire.
Les grévistes.
Celles-ci et ceux-là ont quelques espaces pour y exprimer leurs raisons.

Et celles-là et ceux-ci qui, ayant du travail, voudraient se rendre sur le lieu d’icelui mais ne le peuvent pas.
Les otages.
Celles-ci et ceux-là ont, je le constate, de larges plates formes pour exprimer leurs récriminations.

Sauf que non: ça ne fait pas le compte du monde.

Parce qu’il y a aussi toutes celles et tous ceux qui, n’ayant pas de travail, ne risquent pas d’avoir à choisir de le faire ou pas.
Les chômeurs.
Celles-ci et ceux-là ont quelques maigres espaces pour y exprimer leurs exaspérations.

Et qu’il y a encore toutes celles et tous ceux qui, ayant plein de travail, ne trouvent pas les moyens de le faire.
Les rêvistes.
Celles-là et ceux-ci, à ma connaissance, n’avaient jusqu’à présent aucun lieu où s’exprimer.

C’est bien volontiers que ce modeste blog leur ouvre de toute urgence cinq colonnes à la Lune.

06/11/2007

SIGNES EXTERIEURS DE RICHESSE

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Ce matin, je suis parti chercher de l'or.

Comme vous le voyez, j'en ai trouvé plus qu'il m'en faut.

Je vais me garder cette pépitarbre pour financer le prototype du banc adapté aux personnes âgées. Ca devrait suffire.medium_Pépitarbre.JPG

Avec ça, nous devrions pouvoir commencer le jardin de racaille ;-)medium_Ridor_2.JPG

Rassasié, les yeux pleins et le coeur avec, je vous laisse la mine.

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Il y avait bien, à un moment, deux gars loin devant moi qui semblaient partis pour en chercher aussi, mais de toutes façons, ni eux ni moi ni vous..., personne ne pourra jamais tout prendre. medium_Orpailleurs.JPG

Ce sera le mot de la fin: Ridor!

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04/10/2007

LES RONCES ET LES ROSES

medium_ronces.jpgLe temps que le produit (bio) épandu lors des deux notes précédentes fasse effet sur la ronce envahissant les allées de notre haute administration, je vous invite à n’avoir pas peur (pas de quoi, Robert...) de déposer ici toutes les entorses au bon sens dont vous pourriez être témoins en notre beau pays de France.

Comme par exemple cette commission chargée de réfléchir et de proposer des pistes sur et autour de la maladie d’Alzheimer dont il a fallu attendre huit jours pour savoir qui la compose, mais dont on ignore encore où, quand et comment en contacter les membres...

Comme tous ces sites institutionnels sur lesquels le visiteur trouve difficilement qui s’occupe de quoi, et quasiment jamais comment la (le) joindre directement.

Ainsi ces hauts fonctionnaires dont on apprend quand fût publié au Journal Officiel l’arrêté de leur nomination (ce dont tout le monde se fiche éperdument), mais dont on ne trouve ni le mail ni le téléphone...

Ca manque de liens, tout ça!

Ou, arc-bouté sur son petit pré carré, ça n’en veut pas...

N’hésitez pas non plus pour les “anomalies”.

Comme ces disparitions de notes sur certains blogs, des mails qui s’égarent, des politesses élémentaires qui se perdent là où l’on les croyait préservées, des incohérences par trop criantes...

Comme ces gens qui déplorent le manque d’éducation d’une jeunesse qui ne dit plus: “Bonjour”, “S’il vous plaît” et “Merci” et qui raccrochent au nez de celles (ceux) qui les appellent, ne répondent pas à celles (ceux) qui leur écrivent, ne remercient jamais non plus...

Et si vous disposez de deux minutes, conseillez-moi.

Un rmiste de mes très proches, dont le “dossier” est en cours de traitement, se voit crédité par les impôts d’un chiffre d’affaire colossal pour l’année dernière, quand chacun sait ou devrait savoir dans son secteur qu’il n’a rien pu faire!

Faut-il alerter la brigade des stupéfiants ?



Heureusement, vous êtes là. Quelque part...

Si nombreu(se)x!!!

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31/08/2007

CONCOURS !

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Quand on ne sait pas, on demande.

Fleurylandaises, Fleurylandais, j’ai besoin de vous !

Peut-être s’agit-il d’une mauvaise explication de ma part.

La sortie des dictionnaires m’offre l’occasion de vous inviter à un petit jeu-concours de rédaction au sujet du Parc des Tiges.

“Créer un jardin dans lequel des jeunes desoeuvrés découvrent qu’il y a mieux à faire de sa vie que de casser des voitures.”

L’un(e) d’entre vous voit-il une formulation plus claire ?

Plus nette ?

Plus concise ?

Le (la) gagnant(e) verra sa phrase gravée dans la salle à manger du parc.medium_Bassin_italien.JPG

29/08/2007

AUTO-CRITIQUE

Grand benet!
Non. Pas eux. Pas lui...
Moi!

Quand j’ai imaginé qu’un parc divisé en quatre jardins pouvait être un lieu idéal de présentation des métiers de plein air à des garnements auxquels personne n’avait jamais proposé grand chose, j’avais tout d’abord pensé que mes pires ennemis seraient les gangsters du coin.
Certes, le projet pédagogique ne fonctionnerait pas avec tous mais ça risquait quand même de diminuer un peu leur réservoir de “main d’oeuvre”...

Ensuite que les dealers du secteur ne verraient pas le projet d’un bon oeil non plus. Les priver de jeunes guetteurs avertissant de l’arrivée de la police sur leur “zone” était potentiellement desagréable.
Les priver de futurs clients plus encore!
Travailler dur, par tous les temps, avec des machines dangereuses, ne pousse pas vraiment à la consommation de stupéfiants. Le moins intelligent comprend vite qu’avec une débroussailleuse à couteau ou une tronçonneuse, le manque de concentration peut vous faire perdre un pied, un bras, les deux, voire même la vie. De ce fait, “l’herbe à rire” est nettement moins amusante...

Enfin, me disais-je, comme les métiers des jardins offrent de magnifiques perspectives professionnelles aux filles, les proxénètes non plus n’aimeraient guère que de jeunes pauvresses destinées à vider de la couille sur du parking routier viennent à s’envisager palissant des glycines sur des façades méditerranéennes.

Et puisque “couillu” vient de rentrer dans le dictionnaire, fêtons cela en affirmant qu’il faut l’être un peu plus pour débroussailler préventivement la Grèce, le Portugal ou la Provence que pour aller vendre des doses de mort tapi derrière un collège. Ou que grimper à quinze mètres dans un arbre pour le débarasser de ses branches mortes menaçant les promeneurs demande plus de courage que terroriser une grand-mère au distributeur à billets.... Bref, qu’il y a à faire valoir, sous l’autorité du génial Alain Rey, une différence significative entre ce que signifie “les hommes” et “les merdeux”.

Il n’y a, me semble-t-il, qu’un ministre français du développement durable pour ne pas y préter attention.

Symétriquement, me disais-je, les juges débordés allaient nous savoir gré d’alléger un peu leur charge.
Les policiers accueilleraient la perspective de recevoir quelques boules de pétanques en moins dans leurs véhicules professionnels ou particuliers (voir note précédente) dans un enthousiasme joyeux.
L’administration pénitentiaire, comptant nos réussites, se laisserait aller à une vieille formule du genre: “Autant de moins qu’on n’aura pas!”

Précautionneux, ne sachant pas grand chose de cette marmaille livrée à elle-même, j’étais allé rencontrer une juge pour enfants au tribunal de mon secteur pour lui demander s’il lui paraissait envisageable de confier à ces mioches la réalisation de lattes de bois pour construire des bancs pour les personnes âgées. J’avais vu, attendant qu’elle me reçoive au milieu des parents convoqués, tant de desespérance gravée sur les visages que je m’attendais à voir fleurir assez vite les fleurs de l’enthousiasme à l’idée de ce parc du côté des familles et des associations.

Ben non.

Rien.

De rien.

Pas l’avis d’un policier.

Pas l’opinion d’un magistrat.

Pas la critique d’un éducateur.

Pas l’enthousiasme d’un parent.

Pas l’appui d’un politique, de droite, de gauche ou du centre, à l’exception remarquable de la Garde des Sceaux, bien seule sur ce coup-là.

Et vous savez quoi ?!!

Plus invraissemblable encore!

Non ?!

Si!!!

Alors que je dois être le premier jardinier de Seine-et-Marne à recevoir officiellement les félicitations d’une Ministre de la Santé et le soutien d’une Ministre de la Justice depuis au moins... François Premier, pas un mot dans la presse!

Alors je me demande...

Je vous demande.

Si l’un(e) d’entre vous pouvait pousser jusqu’au pont de Valvins dimanche prochain, me photographier torse nu en train de ramer sur la Seine et me retoucher (à peine) le bourrelet avec Photoshop, je pense qu’ensemble, nous ferions faire un grand pas à la citoyenneté.

Si, en plus, Madame Reza voulait bien consacrer quelques lignes au sujet...

Ce ne serait pas lettres mortes parce que, décidément, à bien y regarder, ma vie est un roman!

28/08/2007

MERCI

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Ce blog a reçu cette nuit sa 48 221° visite, dont 30 000 uniques depuis son ouverture.

A toutes celles et tous ceux qui me font l’honneur d’y contribuer ou simplement d’y passer lire régulièrement, j’adresse mes plus chaleureux remerciements.

Votre Fleuryval.

24/08/2007

PEUT (sûrement) MIEUX FAIRE !

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Au boulot, les juristes!

Pour augmenter la fréquentation des jardins de maisons de retraite et créer d'avantage de liens intergénérationnels (oui, je sais, mais c'est comme ça qu'ils disent depuis qu'ils ont oublié que "Fraternité" et "Humanité" faisaient très bien l'affaire), j'ai imaginé un partenariat entre la maison de retraite et l'école de Beaux-Arts de son secteur.

De quoi attirer un public calme, discret et généreux d'élèves et de professeurs de dessin, peinture, sculpture, photographie...

Et, vous l'observerez, créer un budget autonome pour le jardin et l'animation l'année suivante puisque quand c'est pour nous,

répétez après nous:

Y A JAMAIS LES SOUS!

Bravo! Vous voyez ? Ca commence à venir...

Mais j'ai bien conscience d'être un piètre rédacteur juridique. Alors comme magistrats et juristes sont invités ici pour améliorer ou corriger le Parc des Tiges, on va dire que j'en profite un peu ;-)

Et puis amender, sur un site de jardinier, c'est assez naturel. Mais que du naturel et développement durable!

CONVENTION DE PARTENARIAT


Entre
xxxxxxx,
située xxxxxxxxxxxxxxxxxx
représentée par son (sa) directeur(trice)
ci-après dénommée la maison de retraite,

et

yyyyyyyy
située yyyyyyyyyyyyy
représentée par son (sa) directeur(trice)
ci-après dénommée l’école d’arts,

il est convenu et arrêté ce qui suit.

1 - La maison de retraite ouvre son jardin de xx heures à xx heures aux professeurs et aux élèves de l’école d’arts.

2 - La maison de retraite fait réaliser par son (ses) jardinier(s) en concertation avec les professeurs de l’école d’arts un ou plusieurs sujets d’étude* rassemblant les principales difficultés des différentes disciplines (formes, volumes, matières, perspectives, éclairages, couleurs, profondeur de champ...)

3 - L’école d’arts veille au respect du site et de ses occupants en observant scrupuleusement le règlement intérieur de la maison de retraite, essentiellement ce qui concerne le calme, la sécurité et la propreté du site.

4 - L’école d’arts organise en fin d’année scolaire à la maison de retraite pour les pensionnaires, les personnels, les familles, les amis et plus généralement la population environnante une exposition des oeuvres réalisées dans le jardin.

5 - A l’issue de l’exposition, la maison de retraite et l’école d’arts organisent conjointement, avec le concours du commissaire-priseur local, une vente aux enchères de tout ou partie des oeuvres exposées. Les bénéfices ainsi réalisés sont affectés pour moitié à l'école d'art et pour l'autre moitié à la maison de retraite, celle-ci affectant cette recette à ses budgets jardin et animation de la saison suivante.


Fait à Zzzzzzzzzz, le



* Un spot d’artistes doit comporter au moins:
- une copie pierre ou résine d’une statue présentant des difficultés de mouvement des mains et de drapés.
- un bassin à son sud (reflet) planté de nymphéas.
- une rambarde de fer forgé empêchant l’accès au bassin.
- un arbre au Sud-Ouest du tout laissant filtrer la lumière (type pleureur).
- cinq rosiers de formes, couleurs et densités différentes menés en grimpants sur pergola de bois dont “Rose des peintres”.

18/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre VI

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Django
Un travail d’intérêt général qui lui ferait voir la beauté du monde.

Lucifer
Comme quoi ?

Django
Jardinier, par exemple...

Mado
In-en-vi-sa-geable!

Django
Pourquoi ?

Lucifer, confidentiel.
Depuis que Monet est près d’Elle, Elle est impressionniste maintenant.
Et Elle me disait l’autre jour d’un jardinier qu’il était un peu comme le bout de Son pinceau. Ca m’étonnerait qu’Elle veuille risquer Le Pire sur ses toiles...

Django, contrarié.
Voulez-vous me dire à quoi ça sert que je sois Président ?!

Lucifer
Mais à rien! La dictature, c’est “Ferme ta gueule!”. La démocratie, c’est “Cause toujours...” et nous, on évolue entre les deux. Les pleins pouvoirs, mais avec ton avis, quand même...

Mado, doucement à Django.
J’ai mieux que l’exil et les travaux d’intérêt général.

Lucifer
Je m’en doutais!

Django
Moi aussi!
Je ne sais pas pourquoi mais depuis un moment, je ne suis plus bien sûr de mener les débats. Alors on me nomme juge, on m’appelle Président et l’on m’impose des sentences qui ne sont pas celles qu’en son âme et conscience la magistrature locale aurait cru bon d’établir. Tant pis...

Mado
Allons, Président. Au fond, que ressort-il de cette comédie ?

Django
Que l’accusé a horreur du plaisir et que la Défense a raté gravement l’une de ses oeuvres!
Mais comme la Défense peint, j’imagine qu’Elle doit bien avoir une gomme dans Son Saint Matos...

Mado
Une gomme ?!

Django
Oui. Un petit ustensile bien utile qui permet de corriger quand on s’est planté.
Avec celui-là, la statue ça va à peu près. C’est au baiser qu’il faudrait reprendre. En fait, c’est ça: il manque de souffle.

Mado
Pas toi!
Donc, un baiser-gomme, en somme ?
Lulu, qu’est-ce que tu en penses ?

Lucifer
Ca s’essaye...

Mado s’approche du Pire toujours assis face public, le saisit violemment par les épaules, le retourne et lui donne un baiser. Puis elle recule en s’essuyant les lèvres.

Mado
Qu’est-ce qu’ils ne m’auront pas fait faire ?!

Le Pire, se levant en chantant Faust.
“ Marguerite! “

Django
Ca marche !

Mado
On dirait...

Le Pire, arpentant la scène en chantant à tue-tête.
“La Madelon vient nous servir à boire,
Quand on lui prend la taille ou le menton,
Elle rit, c’est tout l’ mal qu’elle sait faire.
Madelon, Madelon, Madelon!”

Mado
On ne peut pas le laisser comme ça! Il faut lui refaire son look, maintenant.

Elle sort de son sac un bracelet porte-épingle qu’Elle fixe à son bras et entreprend de raccourcir la soutane du Pire, tandis que Lucifer enlève le capuchon, déboutonne le col et fait bouffer les manches.

Le Pire, façon Zaza Napoli.
Ô comme c’est gentil à vous! Je me sens déjà moins ridicule.

Lucifer, lui mettant une épaule à nu.
Mais tu es grosse, ma fille!

Le Pire
Ne m’en parlez pas! Un rien me profite! Une hostie: deux kilos.
Frappant sur sa “culotte de cheval”
Et puis là, hein! Pas ailleurs !!!

Mado
C’est sa féminité qui se libère.

Le Pire, sautant au cou de Django.
Tu sais que tu es terriblement beau, toi ?

Django, le repoussant.
C’est gentil, mais moi, ma féminité est enterrée au fond de la cour et malheur à celui qui voudrait la réveiller!

Le Pire
Tant pis. Une autre fois, peut-être...

Lucifer
Et voilà. La haine est dans le sac!

Le Pire, à Lucifer.
Et toi, beau ténébreux, tu fais quoi ce soir ?

Lucifer
Je t’emmène! Il y a une fête chez un jeune poète qui vient de publier une œuvre qui n’est pas tout à fait de lui. Pour sa prochaine, tu pourrais lui raconter tes mémoires. “Les mémoires du Pire”, ces temps-ci, ça ferait un malheur!
Viens!

Le Pire
Attends que je dise “Au revoir” tout de même. J’ai des amis, maintenant...

Le Pire va embrasser Mado et va pour en faire autant à Django qui l’évite.

Django
Non. Merci. Sans façon. Je n’oublie rien, moi. J’attends de voir.

Le Pire
Bon, alors salut les filles!

Lucifer le prend par le bras et tous deux sortent en riant.

Mado
On dirait que Le Pire est derrière nous.

Django
L’homme n’est jamais perdu, quoi que l’on puisse en dire.
Le diable a ses raisons que ma raison ignore
Et Dieu, qui a les siennes, m’échappe plus encore.
Le verdict est tombé. Qu’en fera l’avenir ?

Mado, avançant tendrement vers Django.
Tu ne serais pas un peu poète, toi ?

A mi-chemin, au public.

La séance est ... suspendue.

NOIR

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16/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre V (2)

Livre V (2)



Mado (suite)
Il n’y a que lui pour ne pas en vouloir.
Son discours, le même depuis toujours, fait de sectarisme, d’exclusion, ne présente jamais la moindre trace de générosité ni de curiosité des choses et des gens. Il est à proprement parler le contraire d’un homme équilibré. Il se propose cependant comme remède à des maux beaucoup moins graves que ceux qu’il génère. S’en prend-il à l’insécurité ? C’est pour mieux proposer la délation et prôner sa violence. S’en prend-il aux étrangers ? C’est pour mieux faire oublier les lois de l’hospitalité. Il est à lui-seul ce que l’encyclopédie désigne comme un effet pervers.
Mais ce n’est pas tout à fait de sa faute.

Le Pire
Ha quand même!

Mado
Mon client n’aurait aucun goût pour le plaisir. C’est du moins ce que Monsieur le Procureur a tenté d’établir avec toute la malice qu’on lui connaît.
Je m’inscris en faux contre cette affirmation!

Le Pire
Bien!

Mado
Mon client a des plaisirs. Personnels. Etranges mais raffinés. De ceux auxquels nous savons heureusement Monsieur le Président totalement imperméable.

Le Pire
Oui ! Allez ! Vas-y ! Attaque!!!

Django
Accusé un peu de retenue! On n’encourage pas Dieu comme on lâche son chien!

Mado
En effet, quelle satisfaction dans son regard lorsqu’il découvre en photo dans ses journaux le regard plein de larmes d’un enfant expulsé!
Lui qui me bassine chaque Dimanche avec ses “Seigneur, prends pitié!”, cherchez la sienne quand à l’issue d’une de ses manifestations un jeune homme est noyé dans la Seine! Voyez comme il s’enthousiasme en apprenant que ses commandos anti-IVG saccagent des hôpitaux, menacent et tuent des médecins! Au nom de la vie!!! Oui, Monsieur le Président: c’est au nom de la vie et de sa morale que lui et ses sbires cassent, brûlent, lapident, terrorisent, assassinent!
Compliqués, ses plaisirs, n’est-ce pas ?

Le Pire
Je suis fait. Comme un rat. Rien n’est pire qu’un défenseur qui vous accable.
La rouerie du Procureur n’égalera jamais l’intelligence de Celle qui l’a créé, parce que cette perfidie vient de plus haut que lui. De Celle qui a accroché, telle une croix éternelle, le vice sur le dos du diable.
Au bout du compte, je te plains, Lucifer. Souviens-toi. C’est Elle qui t’as créé. Elle a besoin de toi. Tu n’échapperas jamais à ta fonction ni à ton destin. Moi, peut-être. Parce qu’Elle ne m’avait pas prévu. Ce soir, elle veut ma peau et mon temps semble s’achever ici. Mais toi, pour quelle éternité en auras-tu encore ?

Lucifer, apparemment très inquiet, à Django.
Tu ne me lirais pas les lignes de la main, là, vite fait ?

Django
Ca ne sera pas la peine. Il a raison, l’accusé. Tu n’es que le jouet de Dieu. Tout ce qui nous tente vient d’Elle ou de nous. Pas de toi. La vigne, c’est Elle. Le vin, c’est nous. Les filles, c’est Elle. Le Kamasutra, c’est nous. Le blé, c’est Elle. La farine, c’est nous. Les vaches, le lait, les poules, les œufs, c’est Elle. Mais les gâteaux, c’est nous. Le Pire n’est là que pour nous faire croire en toi. Pas en Elle.
Elle, on sait.
Toi, tu n’existes pas.

Lucifer
Etre ou ne pas être... Mirage, mon beau mirage... Ce n’est pas la première fois que l’on me traite d’illusion. J’adore ça. Mado, j’ai une mauvaise nouvelle pour Toi: pendant notre suspension de séance, notre débat ne fut que virtuel.

Le Pire, à Lucifer.
Moi je le sais bien que tu existes. C’est presque toujours toi qui me fait rater mes opérations. On est souvent le pire de quelqu’un. Tu n’as donc aucune raison de me faire un procès. Aucun de nous trois n’existe s’il en manque un seul.
Le bien, le mal et les excès des deux.

A Django

Si tu me condamnes, tu les perds tous les deux.
Nous resterions seuls. Ensemble.
Saurions-nous alors La réinventer moins fière, moins farouche, moins distante ?

Mado
Attention, Président. Encore quelques instants et vous n’existerez plus non plus. Observez-le bien. Nous sommes en présence d’un malade pervers, extrêmement habile mais soumis à de terribles pulsions. Un malade infecté par un virus contre lequel, hélas, aucun vaccin n’existe encore.
Ce virus porte un nom: c’est la haine.
Vous et moi ne disposons pour l’instant pour le combattre que de l’exemple de l’harmonie, d’un certain rire et de l’amour des autres.

C’est pourquoi Monsieur le Président je vous demande de considérer mon client comme totalement irresponsable et d’assortir sa peine, quelle qu’elle soit, d’un traitement psychiatrique approprié. Vous ne le condamnerez pas ainsi qu’il a la détestable habitude de la faire et lui pardonnerez ses offenses bien mieux qu’il pardonne à ceux qui, selon lui, m’auraient offensé. On ne condamne pas les fous, on les soigne.
J’ai terminé.

Django
L’accusé veut-il ajouter quelque chose ?

Le Pire, éclatant d’un rire odieux.
Oui! Il est trop tard. Trop tard pour vous tous! Quelle que soit votre sanction, les temps sont venus. Si vous m’arrêtez moi, il en viendra dix autres, puis cent, puis mille! Mes troupes sont là, embusquées, silencieuses. Rien ne pourra les arrêter. Mes cohortes déferleront sur vos lubricités et nous vous bouterons hors le temps! Oui! Punissez-moi! Faîtes de moi un martyr! C’est ce qu’elles attendent.
Je vous hais! Je vous hais! Je vous hais! Tous!!!

Django, frappant de sa louche sur le comptoir.
La Cour se retire pour délibérer.

Il sort à la cour.

Mado et Lucifer vont s’asseoir au comptoir.
Le Pire a regagné son tabouret sur lequel, assis, il attend. Immobile.
Lucifer sert un Cognac et Mado allume une cigarette. Ensemble, il vont porter son “dernier verre” au Pire.

Le Pire
Vous savez bien que je ne bois pas et que je ne fume pas.

Mado
Ca non plus, nous ne te l’avons jamais demandé...

Tandis que Mado et Lucifer retournent au comptoir, on entend un bruit de chasse d’eau puis:

Django, off.
La Cour !

Il entre, profondément soucieux, et revient prendre place derrière son comptoir.

La Cour étant, contrairement à l’accusé, farouchement opposée à la peine de mort, doit avant de rendre le verdict qui lui semble judicieux, interroger la défense. Avez-vous, Maître, au fin fond des galaxies, une planète sur laquelle lui et ses disciples ne pourraient plus nuire à personne ?

Lucifer
Oui! Si Saint-Exupéry ne les a pas toutes investies, il doit nous en rester quelques unes au-delà de Sirius.

Mado
A quoi pensais-tu ?

Django
D’abord à l’exil. Pour toujours. Qu’il s’en aille faire son ordre ailleurs, comme il aime, entre lui, dans un endroit inaccessible où personne n’ait jamais l’envie d’aller.

Mado
Et quoi d’autre ?




Et c’est maintenant, fleurylandaises et fleurylandais, qu’à la manière de l’illustre Robert Hossein, qui vient d’introduire (enfin) la démocratie au théâtre, la troupe du Fabuleux vous offre la formidable possibilité d’intervenir sur le dénouement.

Une justice populaire ?
Sûrement pas!
Un théâtre populaire ?
Peut-être...
Les commentaires et la buvette sont ouverts ;-)

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre V (1)

Livre V - 1



Django
La parole est à la défense.

Mado
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, mon client, mon pauvre client, n’a jamais rien compris à la beauté du monde.
Principe pédagogique de base: lorsque quelqu’un ne comprend pas, il y a deux possibilités.
Soit c’est un imbécile, hypothèse à ne jamais écarter totalement.
Soit on lui a mal expliqué.
Dans un cas comme dans l’autre, il semblerait, je dis bien: “il semblerait”, que ce soit de ma faute.
Dans le premier cas, trop sûre de moi, j’ai laissé filer des croquis qui ne méritaient pas qu’on les diffuse. J’ai même eu, folle que je suis, la vanité d’en être satisfaite. Il faut dire à ma décharge que j’ai longtemps travaillé toute seule, sans regard critique extérieur.

Lucifer, à part.
Si. Il y en a bien eu un, mais je me souviens ça ne lui a pas vraiment réussi...

Mado, l’ignorant.
Puis vinrent des foules qui, durant des siècles, me portèrent aux nues, ce qui ne pousse guère à la remise en cause.
Et puis j’avais confiance. L’envoyant sur les routes du monde, je comptais qu’il admire mes levers de soleil sur la plaine Toscane, les gazelles en Afrique, les chutes du Niagara, les roses à Pithiviers où Eve m’assiste, maintenant...
Je pensais naïvement qu’écoutant le rossignol, le vent dans les feuillages et le chant des fontaines, il ne crierait jamais. Qu’ayant goûté les pèches, respiré les jasmins et caressé la mousse, il se tairait souvent. Hélas!
Sans doute l’ai-je créé trop raisonneur et pas assez émotif. Trop calculateur et pas assez sensuel.
Trop... trop...
(Mesurant Le Pire d’un crayon, comme font les peintres)
Le nombril et la tête... Un peu gros, peut-être, non ?...

Quant à l’autre hypothèse, je le confesse: j’ai négligé de leur suggérer l’école dés les grottes de Lascau...
Et pourtant! Ca partait bien, les Beaux-Arts!

Lucifer
Puis-je me permettre de rappeler à la défense que c’est le procès de Son client et non le Sien qui se tient ici ?

Mado
Lorsqu’il s’agit du procès d’une erreur, on se doit d’en défendre l’auteur d’abord!

Lucifer
Voilà un point de droit qui impose suspension! Monsieur le Président, je demande un moment pour m’entretenir de procédure avec la partie adverse.

Django, interrogeant Mado du regard.
Maître ?

Mado
Pas d’objection.

Django
Accordé.

Mado et Lucifer sortent à la cour.

Tristement, Django les suit du regard.

Le Pire
Tu es malheureux toi aussi ?

Django
Malheureux ? Non. Même plus. J’ai l’habitude.

Le Pire
Moi aussi. Mais je ne m’y fais pas et je ne m’y ferai jamais.

Django
On n’a pas le choix.

Le Pire
Bien sûr que si! L’amour est un échange et si comme moi tu l’aimes au-delà de tout, elle te la devra bien un jour, ta suspension de séance!

Django
Quand on aime, on ne compte pas.

Le Pire
Quand on est aimé, on ne compte pas! Seulement moi, Elle ne m’a jamais aimé! Jamais! Alors je ne compte pas les morts! Un jour, je viendrai vers Elle avec la liste de tous ceux que je lui ai sacrifié et là, il faudra bien qu’Elle paye!

Django
Ca fait cher la suspension de séance!

Le Pire
Quand on aime on met le prix.

Django
Facile. Quand ce n’est pas toi qui paye...

Le Pire, se penchant sur la caisse.
Tu ne parles que de payer, acheter... Les affaires, toujours. Sordide. Tu crois que je ne vous ai pas entendu, tout à l’heure, à propos de ces jolies artistes immigrées ? C’est tout lui, ça. Acheter les juges. Pas de danger que cela me vienne à l’idée. Surtout avec un magistrat de ton envergure, incorruptible. Je sais bien que cela ne modifierait en rien ton jugement si je te proposais une nuit dans un de mes couvents...

Django, horrifié.
Avec des nonnes ?!!

Le Pire
Tu préférerais des sous ?
J’ai des sous.
A ce sujet, Elle t’a fait rentrer combien dans ta caisse, tout à l’heure ?

Django
Elle ? Rien.

Le Pire
Ne mens pas. Elle commence toujours comme ça. Avec mes fonds spéciaux.

Django, ouvrant son tiroir-caisse.
Je ne sais pas ce que ça vaut. Il y a des billets qui ne sont pas d’ici.

Le Pire, saisissant la liasse, la soupesant et la reposant à côté de la caisse.
Mais qu’est-ce que l’argent quand on n’a pas l’amour ?
Allons, Django, tu n’es pas tout seul. Moi non plus Elle ne m’aime pas. Si je me suis entouré de tous ceux qui ont tant besoin d’Elle, c’est que je n’y arrivais pas seul. Rejoins-nous! Viens avec nous! Aide-nous.
Ensemble, tout devient possible!

Se ravisant, il reprend la liasse de billet et l’empoche sous sa robe.

Ce n’est pas suffisant pour ta cotisation, mais je t’aime bien. En plus, un guitariste manouche avec nous, cela fera ouverture. Et Mado, elle aimera ça.

Mado et Lucifer reviennent bras-dessus bras-dessous.

Django
L’audience peut-elle reprendre ?

Mado
Oui, Monsieur le Président.
Après en avoir débattu avec la partie adverse, je ne produirai pas de témoins à décharge.
Le Pire n’est pas un client comme les autres. Il est l’incarnation d’une idée. D’une méchante idée.
Le prévenu, en effet...

Le Pire
Prévenu ?! Prévenu où ? Quand ? Par qui ?

Mado
A Nuremberg. En 1946. Par le monde entier!
Le prévenu, disais-je, sévit surtout dans les endroits pauvres et mal éduqués. Il ne remporte ses plus grandes victoires que là où la misère, l'ignorance et la corruption le font roi.

Mado va chercher dans la poche du Pire la liasse de billets qu’il a pris dans la caisse, puis revient vers Django.

Qu’est-ce qu’il t’a vendu ?

Django, gêné.
Une suspension de séance. Avec Vous. Un jour. Peut-être...

Mado, se tournant vers le Pire.
Epoustouflant!
Alors tu vends mes faveurs ? Le Pire proxénète du Bon Dieu!
Je ne sais plus comment je pourrais te sortir de là.

Django, s’enhardissant.
Pardonnez-moi, Maître, mais l’argument de l’accusé pèse son poids! Si Vous trouvez parfois deux minutes pour le Procureur, il serait juste que vous en accordiez une de temps en temps au Président!

Mado, flattée.
Mais dis-donc, Monsieur le Président! C’est du trafic d’influence ...

Django
Oui. Et alors ?
Si la Défense a des bontés pour l’accusation, il serait de bon droit qu’Elle en ait aussi pour la Cour et pour faire bonne mesure, la Cour propose immédiatement une suspension de séance avec la Défense.

Lucifer
Objection, votre honneur!

Django
Attendez, je n’ai pas fini! Pour équilibrer ma balance, je propose aussi un pacte à l’accusation.

Lucifer
Un pacte ?!

Django
Oui. Le contrat qu’on signe avec vous pour rester toujours jeune, ça marche encore ?

Lucifer
Ca ne pourrait marcher que si la Cour renonçait à son entretien particulier avec la Défense.

Mado
Doucement Lulu. La Cour ne demande qu’une minute et ton pacte vaut pour l’éternité.

Django
Exactement! Là, il y a déséquilibre!

Lucifer
Non! Si la Défense acceptait la suspension que lui propose la Cour, c’est là qu’il y aurait déséquilibre. J’en sais quelque chose...

Django
Je ne dis pas, mais si je reste jeune pour l’éternité, cela me laisse une chance d’avoir une ou, soyons fous, plusieurs suspensions!

Mado, rêveuse.
A moins qu’y prenant peut-être goût moi-même, la suspension dure une éternité...

Django, enthousiaste.
Ha oui. Là, c'est tentant.
Et ça commencerait quand ?

Mado
Après le procès forcément, Président. l’hypothèse semble contrarier Monsieur le Procureur.

Le Pire, hors de lui.
Et l’accusé, alors ?!! Pas de suspension ? Pas de pacte ? Rien ? Jamais ?!!

Mado
Pas de suspension et plus de pacte! Tu ne les respectes jamais.

Django, effaré.
Il ne respecte même pas les suspensions ?

Mado
Je ne sais pas. Il n’y a jamais eu.

Django
Depuis tout ce temps-là ? Je comprends que ça le contrarie. Pourquoi ?

Mado
Parce que je ne peux pas.

Django
Mais Vous pouvez tout, Maître.

Mado
Je peux ce que je veux.

Django
Donc, Vous ne voulez pas.

Mado
Non!

Django
Comment voulez-Vous qu’on Vous croit, alors ?!
Le bonheur des hommes, c’est bien lui qui le pourrit, n’est-ce pas ?

Mado
Oui.

Django
Et Vous avez tout Votre temps ?

Mado
Oui.

Django
Et Vous ne trouvez pas dans tout Votre temps LA minute qu’il faudrait pour assurer le bonheur des hommes ?

Mado
Avec lui, je ne peux pas!

Django, la tutoyant soudain.
Alors il ne Te reste plus qu’à vouloir!

Mado
Mais comment me parlent-ils, les hommes, maintenant ?!
Je vous ai trop donné, bien avant l’envie.
Vous n’avez jamais tant prospéré et vous ne voyez rien!
En quelques décennies, tout en ravageant ma planète bleue, vous êtes passés à six milliards d’individus et il ne devrait y avoir pour vous plus grande richesse que les gens. La seule dont vous n’aurez jamais fait le tour!
Le Paradis, c’est les autres!

Puis, désignant Le Pire:

Sans lui.

14/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre IV -

Livre IV

Django, depuis la cuisine.
Mesdames et Messieurs, veuillez vous lever, s’il vous plaît.
La Cour!

Tous se lèvent. Django vient trôner derrière son comptoir.
Il s’est affublé d’un vieux rideau rouge en guise de robe, retenue autour du cou par une embrase blanche au bout de laquelle pendent deux glands dorés.
A la main, en guise de maillet: une louche.

(A Mado) Vous pouvez vous asseoir.
(A Lucifer) Vous aussi.
(Au Pire) Accusé, restez debout, ça vous évitera de vous relever.
La Cour appelle l’Affaire Le Pire contre l’humanité.
Vous vous appelez en ce moment Simon-Oussama-Joseph-Radovan-Adolphe-Ygal de Torquemada-Polpot.
Vous comparaissez devant ce tribunal sur la plainte conjointe de Dieu, du diable et des auteurs de cette pièce pour meurtres, tortures, déportations, prises d’otages, séquestrations, incitations à la haine et à l’émeute, dégradations de biens publics et sévices de toutes natures.
L’instruction a établi votre entière responsabilité dans le massacre de la Saint-Barthélémy, celui des albigeois, des indiens d’Amérique, dans la persécution systématique des populations juives et tziganes depuis la nuit des temps, ce qui naturellement n’attire pas particulièrement la faveur du tribunal ni, croyant le connaître un peu, du public de Fleuryland.
Vous comparaissez tout autant pour votre implication dans toutes les guerres en général et dans la dernière mondiale en particulier au cours de laquelle, avec l'holocauste, vous vous êtes surpassé. J’abrège nécessairement sinon nous y serions encore le mois prochain.
Vous êtes défendu par Maître Dieu.
L’accusation est représentée par Maître Lucifer, procureur de la République.

Lucifer
Pardonnez-moi, Président...
C’est bien cela, mais si vous me permettez, c’est mal articulé.
Ici, plus que jamais, il convient de bien détacher les mots. C’est: L’Art est Public!
Autrement, il y aurait outrage aux jurés.

Le Pire
Il y a déjà!

Django, au Pire.
Taisez-vous!
La parole est à l’accusation.
Monsieur le Procureur, avons-nous des témoins à charge ?

Lucifer
Monsieur le Président, vous les avez éteints tout à l’heure.

Django
Eteints ? Moi ?!

Lucifer
Au début de la pièce, vous avez coupé le journal radio, n’est-ce pas ? Et bien c’est là qu’ils étaient, les témoins à charge. Tout le temps. Partout. (Au Pire) D’ailleurs, “Je suis partout!”, c’était bien ton journal, non ?

Le Pire, à Lucifer puis à Mado.
Parce que toi, tu es nulle part ?!
Et Toi non plus bien sûr. (Fouillant dans sa sacoche et en sortant une bible.) Il me semble pourtant que j’avais déjà lu ça quelque part... Comment disait-on déjà ? Ha oui! Ubiquité! C’est vrai que d’un coup cela sonne plus “branché”.

Lucifer
Monsieur le Président, Mesdames Messieurs, vous le devinez: je n’ai jamais fait accusateur de ma vie! Il me faudra donc, avant de requérir contre Le Pire, préciser trois points.
D’abord, si ma fonction consiste à pousser les hommes hors des sentiers tracés au nom de la Défense, c’est précisément pour que Celle-ci puisse éprouver les cœurs de celles et de ceux qui prétendent résister à la tentation. Une force sans résistance n’a pas sa raison d’être. Une thèse sans antithèse n’est rien.

Le Pire
En ce cas, je suis Saint Aise!

Django, au Pire.
Je vous accorde que vous avez l’air très “comme il faut”.

Mado
Méfiez-vous, Président: l’habit ne fait pas le moine!

Lucifer
Comme la défense a raison! Ainsi moi, avec mon look, passant dans les milieux huppés pour un saltimbanque, un jouisseur, un faisan, ne suis-je pas après le chien et le cheval le meilleur ami de l’homme ?
La défense n’a-t-elle pas fait dire par une voie autorisée qu’un pécheur repenti entrerait plus facilement chez elle qu’un chameau ne passerait par le trou d’une aiguille ?
Encore faut-il, pour se repentir sérieusement, avoir péché avec application. Aussi tenté-je depuis toujours chacune et chacun avec plus ou moins de bonheur et souvent bien du mérite, car tenter un gros pou au risque qu’il accepte, je vous jure que parfois ça mérite l’auréole!

Le Pire
Tu veux la mienne ?

Lucifer, ignorant Le Pire.
Secondement, la tentation ne fait de mal à personne. Y succomber non plus. Au contraire. Seul le remords peut être douloureux. Vous conviendrez qu’il n’est pas de mon ressort. Je ne laisse, pour ma part, que des regrets.

Troisième point et synthèse: la Vie!!!
Il faut considérer que chacune des victimes de l’accusé me prive moi-même d’une âme potentielle. J’aime la vie simplement parce qu’on ne fait pas pécher les morts. Même s’il parait établi que les pendus bandent plus fort que les autres. Hélas, ils ne bandent plus que pour des prunes et vous conviendrez, Monsieur le Président, que c’est pur gâchis!

Maintenant que les bases de la vérité sont établies, (Mado pouffe de rire) venons-en à ce qui nous occupe : “Abissus abissum invocat”.

Django
Pardon ?

Le Pire, à Django puis à Lucifer et Mado.
C’est du latin. “L’abîme appelle l’abîme.” L’abîme ne fait pas le moine non plus, Président.
Sans moi, tout vous serait trop facile. Remerciez-moi, plutôt, de vous rendre la tâche plus noble! Il faut bien des bourreaux quand on veut des martyrs.

Django, hurlant.
On se passerait volontiers des martyrs! Donc selon vous, pas de peine, pas de travail ? Pas de souffrance, pas de talent ? Pas de goulag, pas de Soljenitsine ? Pas d’horreur, pas de grandeur ? Et sans Hitler, De Gaulle aurait été cantonnier, peut-être ? Au fou!!!

Lucifer
Monsieur le Président vous avez fort bien résumé les défauts de raisonnement de l’accusé qui nous font craindre le pire.

Le Pire
Craindre ? Mais sans moi il ne vous reste pas grand chose. Vous-même, Président, sans solitude, pas de clients. Pas de recettes. Et sans mes rois, vous ne prenez jamais la Bastille! Sans tyrans, vous êtes des nuls!

Django
Non non non! Pas besoin de tyrans pour le Progrès! Pendant des milliers d’années, il a fallu faire des kilomètres pour franchir les rivières. Puis nous avons fait des ponts. Autrefois, il fallait trois semaines pour aller en Amérique. Et par bon vent, encore! Aujourd’hui, c’est six heures en avion. Ici, on ne résiste plus qu’à l’air et à la pesanteur et sur la lune, Pierrot n’a jamais été un dictateur. D’ailleurs, on va le voir maintenant. Ce n’est plus lui qui descend, c’est nous qu’on monte!

Mado
C’est beau! On dirait du Moi! On se fait encrasser le mental par l’autre “content-de-lui” et Monsieur le Président nous récure comme vingt cinq Monsieur Propre! Merci, Président!!!

Django
Pas de quoi! Ca m’est venu... tout seul.
Reprenez, Monsieur le Procureur.

Lucifer, sortant un dossier d’on ne sait où, présente quelques photos à Django.
Merci, Monsieur le Président. Je tiens à la disposition de la Cour quelques documents qui étaieront mon accusation majeure qui sera la félonie. Car si le mensonge peut m’être agréable en ce qu’il contient d’imagination, de ruse et d’adresse, je ne supporte pas qu’on trompe sur l’essentiel.

Le Pire
Et que serait-ce donc, l’essentiel ?

Lucifer
Si la vie consiste bien à se rendre le plus agréablement possible de la naissance à la mort, l’essentiel, c’est le plaisir. Or que prône l’accusé ? Les vertus affligeantes de la souffrance, de l’abstinence et de la frustration. Il vous l’a dit tout à l’heure: il doit s’infliger des sévices pour “monter” et considère que tous ici-bas devraient en faire autant.
Mais se fouette-t-il vraiment ? “Décipimur specie recti”.

Le Pire
“Nous sommes trompés par l’apparence du bien”.
Le “Président” appréciera le verbe “tromper”...

Django
Permettez-moi une question, Monsieur le Procureur.

Lucifer
Bien volontiers, Monsieur le Président.

Django
Pourquoi parlez-vous souvent en latin ?

Lucifer
Pour vous faire observer qu’on ne parle plus cette langue morte et enterrée que dans SES églises et dans VOS tribunaux, Monsieur le Président. Le latin, c’est le louchébème du savoir. Le meilleur moyen pour que les peuples ne comprennent pas ce qui se dit par dessus leurs têtes.

Django
En ce cas, si vous pouviez avoir la bonté de me parler en vivant...

Lucifer, tendant une photo à Django.
Dés à présent, Monsieur le Président, et en images.
Sur cette première pièce à conviction, vous reconnaîtrez l’accusé parfaitement éméché, en galante compagnie et dans une position sans équivoque.

Le Pire
Un faux grossier, Monsieur le Président! C’est Germaine, ma secrétaire. Elle n’a jamais voulu!

Django
Qu’une femme ne veuille pas, ça empêche rarement chez vous...

Le Pire
Germaine, ce n’est pas pareil! C’est comme Mado: je veux qu’elle veuille aussi. Avec une guêpière, des bas, des talons... (Désignant Lucifer) Tout ce à quoi il a droit, lui! Mais pour moi: jamais! Rien à faire! Rien!

Mado, séductrice, au Pire.
Comment ?! Tu ne m’as jamais aperçu avec ma guêpière ? Pas une dentelle ? Pas de balconnets ? Rien ? Vraiment ?!
Mais alors, je comprends, maintenant! Tu es jaloux!
Et c’est ça qui te rend méchant.

Lucifer, jaloux à son tour.
Arrête ça, Mado! Je lui en ai déjà mis quelques jolies sur sa route. Il ne les regarde même pas. Enfin, c’est ce qu’il dit...
Quant à ta guêpière et tes longs jupons, moi non plus je ne les vois pas souvent. Et Dieu sait si le séducteur aimerait bien être séduit de temps en temps!

Mado
Je propose.

Lucifer
Peut-être, mais je ne dispose pas souvent.

Le Pire
Moi, jamais!

Django
Moi, si. Des fois. Enfin, je veux dire... Avec des terriennes seulement.

Lucifer
Dis-donc, Mado, c’est moi le tentateur, mais on dirait bien que c’est Toi la tentation!

Mado, furieuse, marchant sur Lucifer.
Mais qu’est-ce que tu me racontes ?! C’est de ma faute si chaque fois que je me laisserais bien tenter moi-même tu es on ne sait où ? Avec on ne sait qui ?
Seulement tu n’es jamais là où l’on te cherche!

Lucifer, pleutre, désignant Le Pire et reprenant.
Lui non plus! Voici d’ailleurs, Monsieur le Président, sur une autre photo, l’accusé sortant d’une banque suisse alors que tout le monde le croyait au Pakistan. Il y en a comme ça tout un album que nous pourrions titrer: “Faîtes ce que je dis, mais pas ce que je fais”.

Le Pire
Ce n’est pas de ma faute! Puisque c’est Elle qui m’a créé à Son image, c’est Elle qu’il faudrait accuser. Pas moi.
Moi, j’ai toujours essayé de faire de mon mieux.

Mado
Lui ?!! Créé à mon image! Vous l’avez entendu, celle-ci ?! Ne me dîtes pas que je ressemble à ça!
Mais où vas-tu chercher tout ça ?!!
Monsieur le Président, je sollicite une suspension de séance pour m’entretenir avec mon client sinon, ça ne va pas être possible.

Django
Accordée.

Mado saisit Le Pire par le bras et l'entraîne au bout du comptoir pour une conversation silencieuse en tête-à-tête.
Lucifer profite de leur absence pour tenter d’influencer Django.

Lucifer, confidentiel.
Je profite de cette pause pour indiquer à Monsieur le Président qu’à l’issue du procès, Monsieur le Président et moi-même avons rendez-vous avec deux très jolies artistes réfugiées sans papiers, dont Monsieur le Président regretterait sans nul doute qu’elles soient reconduites dans leur pays d’origine ainsi que l’accusé et ses disciples le préconisent. J’ai déjà beaucoup parlé de Monsieur le Président à ces jeunes femmes et elles brûlent de faire sa connaissance.

Mado, revenant.
Qu’est-ce que tu trafiques encore, l’accusateur ? Je ne peux pas m’expliquer deux minutes avec mon client sans que tu tentes de soudoyer le tribunal ? Décidément, tu as le diable au corps!

Lucifer
Hé...

Django
Attention, Maître. Vous insultez le Tribunal. Je ne suis pas soudoyable. Incorruptible!

Lucifer, concluant puissamment.
En conséquence, Monsieur le Président, fondé sur le fait que tout ce qui ne nous aide pas à rendre la vie jolie contribue à la pourrir, je requiers contre le prévenu la sentence la plus forte que vous pourrez imaginer, assortie d’une peine incompressible d’au moins dix mille ans afin que la défense, moi-même et les médias puissions prendre enfin quelques vacances!


Demain, 15 Août, plaidoirie et verdict...

13/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre III (2)

Livre III - 2


Lucifer, à Mado.
Tu sais, Mado, tu n’as pas le monopole de sa diffamation. Qu’est-ce que je n’ai pas entendu sur mon compte ?! Franchement: est-ce que j’ai les pieds fourchus ? Les oreilles en pointe ? Bon, la grande queue, d’accord. Mais les cornes...

Le Pire
Ben quoi, les cornes ? Comme tout le monde...

Lucifer
Pardon ?

Le Pire
Comment ? Tu n’es pas au courant ?
C’est normal.
On l’apprend toujours le dernier...

Lucifer
Quoi ?!!!
Qui ???
Avec Elle ?!!!

Le Pire, compatissant.
Oh toi, tu es bien au-dessus de tout ça. Ca ne te fait pas mal. Pas à toi.
Si ?
Excuse-moi. Si j’avais su... Mon pauvre vieux.

Lucifer
Où ? Quand ? Avec qui ?

Le Pire
Sous les toits. Une chambre minable.
Il n’y a pas quinze jours.
Avec un jeune poète.
C’est vrai qu’il a quelque chose...

Lucifer
Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?

Le Pire
Il est jeune.
Et puis il a quelque chose que tu n’as jamais eu et qu’Elle aime beaucoup: il est... Rrrah! Le mot m’échappe...

Lucifer
Beau ?

Le Pire
Oui. Mais ce n’est pas ça.

Lucifer
Plus beau que moi ?

Le Pire
Oui, beaucoup plus. Mais ce n’est pas cela.

Lucifer
Brillant ?

Le Pire
Non! Alors ça, non. Au contraire. Un turlupin...

Lucifer
Rassurant ?

Le Pire
Ca y est je le tiens! Naïf! Il est naïf.

Lucifer, essuyant une larme.
Alors là, d’accord. Ca, je ne peux pas.
Mais ça, ce n’est pas honnête!

Mado
Lulu ? Mon Lulu ?!! Tu ne vas pas me faire un chagrin ?
“Il était jeune, il était beau,
Il sentait bon le ticket de métro,
Mon jeune poète...”
J’ai fait tout comme tu dis...

Lucifer, se reprenant.
Bien. C’était comment ?

Mado
Beaucoup mieux que d’habitude! Il m’a remonté au septième.
Enfin, pas ce soir-là. Il était là, tout seul, dans sa petite chambre. Avec sa petite ampoule de vingt cinq watts. Son petit frigo vide. Des larmes plein les yeux. Le coeur et l’esprit en jachère. La page blanche. Je n’ai pas supporté. Je suis venue. Je lui ai entrebâillé le ciel et là, il a vu que c’était possible.

Le Pire
Il a piqué l’idée et ça s’est très bien vendu. Depuis, il croit que c’est de lui. Maintenant qu’il a du succès, ce petit scribouillard ne veut plus la voir.

Lucifer, à Mado, mentant éhontément.
Mais tu sais que tu me fais plaisir, toi ?! Alors on se dévergonde ? On batifole ? On trampoline et on aime ça ?

Mado
Avec lui on ne déteste pas. On en reprendrait bien, même. Il était tendre, lui. Et attention, Lulu! Celui-là, c’est chasse gardée!

Lucifer
Ca tombe bien. Moi, c’est braconnage à tous les étages.

Le téléphone sonne.
Django, décrochant.
Tiens... Il est dénoué! Et il marche en plus... Allô ?

On entend des sons étranges sortir de l’appareil.

Django
Madame Dieu, ça doit être pour vous...

Mado
Allô ? Ha c’est vous ?! Je vous le passe. Lulu, c’est pour toi.

Lucifer
C’est qui ?

Mado
Devine...

Lucifer
Allô ? ... Maman !
(A voix basse, allant à la cour.) Non Maman, s’il te plaît. Je ne suis pas seul...
Oui Maman, j’ai bien mangé... Qu’est-ce que j’ai mangé ? Mais je ne sais plus, Maman. C’était il y a trente ans au moins...
Oui, je sais, Maman, je devrais venir te voir plus souvent...

(A Django, à voix haute.)
C’est ma secrétaire!

(Reprenant à voix basse.)
Mais je ne peux pas! J’ai du travail, Maman... Ha ne me reproche pas mon travail, Maman! Tu scies la branche sur laquelle nous sommes assis...

(A Django, même jeu)
Juste une seconde. Elle me fait écouter mes messages.

Non Maman, je n’ai pas eu le temps d’aller chez le coiffeur...
Oui Maman, je sais de quoi j’ai l’air...
Non Maman, je ne peux pas venir ce soir...
Hé bien fais ranger ma chambre par Madame Choukroun et garder mes petits frères par Madame Cohen...
Il faut que je raccroche, là, Maman...
Au revoir, Maman... Oui, je t’embrasse.
Oui, tendrement...

Il raccroche péniblement et rapporte le téléphone au bar.

A Django.
Elle est folle de moi!

A Mado.
Tu voulais me demander ... ?

Mado
Non. Rien. Avec ta “secrétaire”, je ne pourrai jamais.

Lucifer
Ne dis pas de mal de Ma... secrétaire !

Le Pire
Tu vois ? Elle ne veut pas de toi, vieillard lubrique. Tu n’es pas son bon plaisir.

Lucifer
Plaisir ? Plaisir ! Qu’est-ce que tu sais du plaisir, toi ? Toutes les femmes t’envoient promener!

Le Pire
Les femmes, les femmes... C’est normal! Elles sont toutes avec toi!

Lucifer
Non! Il m’en manque quelques unes qui sont dans le camp de Mado et dont je négocierais volontiers le transfert. Mais toi, ne t’étonnes pas qu’elles ne veuillent rien savoir de tes balivernes. Celles qui sont chez toi y sont contraintes et forcées, ou totalement embrigadées. Tu les considères comme des bestiaux Tu es triste. Tu es laid. Tu es aussi nul que tu es méchant. Tu ne sais pas quoi inventer pour les enfermer, les voiler, les violer. Tu ne voudrais pas qu’elles t’aiment, en plus ?

Mado
Nous sommes en plein dedans. Le procès peut commencer. Alors (Au Pire) toi, tu as compris: tu seras l’accusé.

Le Pire
Je veux un avocat.

Mado
Tu vas en avoir un.

Le Pire
Qui est-ce ? Ce n’est pas Maître Gerves, au moins ? Celui-là, quand il te défend, c’est que tu es fichu.

Mado
Non. C’est moi.

Le Pire, bas à Mado.
Ha, je comprends mieux. Tu veux lui jouer le coup à l’envers. Comme avec Toi je ne peux pas perdre... Je n’aurais donc pas fait tout ça pour rien.
(A voix haute) Ca me va! Viens-y un peu, mon petit Lulu!

Mado
Toi, Lulu, tu seras l’accusateur!

Lucifer
Ca me changera...

Mado
Et toi, Django, tu seras le juge.

Django
Ha mais non ! Je ne peux pas, moi. Je suis dans le commerce, Monsieur est client et le client est roi.

Mado
Citoyen, c’est toi son client potentiel. Et c’est d’abord toi que ça regarde. C’est ta vie qu’il pourrit, et à la première occasion, c’est ta vie qu’il t’enlève, mon petit manouche. La mienne, il la contrarie tout au plus. Il me gâte le beau. Il me rapetisse l’espoir que j’avais mis en vous. Je ne suis descendu que pour t’aider encore.
Faut-il que je t’aime! Parce que moi, ce soir, là-haut, j’avais les cérémonies du trentemillenaire du premier bal dans les grottes de Lascau! Avec Mozart au piano, Reinhart à la guitare, Armstrong à la trompette et la môme Piaf au chant. C’est te dire si ça va swinguer! Dans un décor de Michel-Ange, des feux d’artifices de Vinci et une mise en scène de Molière. Avec un buffet monté par Rabelais, Brillat-Savarin et le marquis de Sade! Après, Lautrec m’avait promis un nu de moi sur son canapé! Je me demande si tu te rends compte de ce que je lâche pour toi. Je me demande...

Django
Le marquis de Sade est là-haut ?

Mado
Bien sûr! Il a une suite. Avec des anges mâles et femelles. Parce que donnes-moi une seule bonne raison pour avoir des anges asexués. C’est encore une sottise de l’autre malade, là. Selon lui, au Paradis, de radada nenni! Mais ce serait l’enfer!

Lucifer
Dis donc, Mado, n’en fais quand même pas trop. Ôte-moi un doute. Le jeune poète, il n’était pas au programme, là-haut ? Tu sais qu’à moi Tu peux tout dire. Qu’est-ce que Tu fais après le procès ? Tu remontes tout de suite ? Tu n’irais pas des fois nous traficoter le prix Goncourt dans une petite chambre sous les toits avec un jeune poète, n’est-ce pas ?

Mado
Ca me ressemble...

Django
Moi, votre poète, je m’en fous! C’est d’être juge, mon problème! On est six milliards sur la planète et il faut que ça tombe sur moi! Je n’ai jamais rien gagné au jeu et là, je ne joue pas et je le touche dans l’ordre! Merci!!! Mais pourquoi moi ?!!

Lucifer
Parce que toi, tu es tout le monde. Aussi bon et pourri que n’importe qui. Quatre soldats en permission entrent dans ton bistro et il faut que tu nous en saoules deux. Mais un marmot passe devant ta porte à quatre heures et pour peu qu’il soit un peu maigrichon, il n’y a rien ni personne qui t’empêchera d’aller lui beurrer une tartine. On le sait. On a essayé. Je ne peux pas compter sur toi. Tu es autant à moi qu’à Elle. Tu n’es pas gérable!

Mado
Pour un juge, c'est la moindre des choses...

Django
Bon. Puisque je n’ai pas le choix... Je reviens.

(Il disparaît dans la cuisine)

Le Pire, allant s’asseoir et consultant un code sorti de sa sacoche.
Il est bien ce troquet. J’aurai tout vu. Accusé par le diable, jugé par un suspect...

Lucifer, bas à Mado.
On va se le payer, l’intégriste.

Mado
Tu crois ? Ce n’est pas gagné d’avance. Si nous en sommes là, c’est tout de même parce qu’il devient dangereux. Il attire de plus en plus de monde.

Lucifer
Tu veux que je te dise ? On a été trop égoïste. Toi avec tes oiseaux, tes arcs-en-ciel, tes poètes... Moi, je le reconnais, avec mes sabats, mes bacchanales, mes orgies...
Le nez dans nos rêves, on n’a rien vu venir.

11/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE. Livre III (1)

Livre III


Une lumière rouge de plus en plus intense transperce les vitres de la porte d’entrée.
On entend s’arrêter un court instant la troupe des Harley Davidson.

Lucifer (off)
Salut mes petits loups! A plus tard! Peut-être...

Le cortège redémarre et s’éloigne. Des pas s’approchent dans la nuit.
Django effaré derrière son comptoir.
Assis sur un tabouret bas, Le Pire se racrapote sous un regard haineux.
Seule Mado prend ostensiblement plaisir à l’arrivée “grand spectacle” du diable.

Alors que les trois regardent vers la porte du bar, Lucifer, rock star, arrive au milieu du public.

Lucifer, à un spectateur.
Ha tu es là, toi ?!! C’est pourtant ton soir de poker ?! Qu’est-ce que tu fais au théâtre ?

à une spectatrice.
Et toi ? Qu’est-ce que tu fais dans ce pantalon ? Tu ne comptes pas me les faire pécher sans y mettre un peu de cuisse, tout de même ?!! La tentation, ça se travaille!!! Allez zou! Va te changer! Mini-jupe, talons, bas-couture. Hop hop hop!

à ceux du fond.
Mais... Qui je vois là ? Ce sont mes banquiers ! Ca va, mes voleurs ? La journée a été bonne ?
La nuit sera meilleure!

à tous, se frayant un passage pour atteindre la scène.

Place, mes enfants! Voyons, laissez-moi passer, mes petits. Mais oui je vous aime. Je serai tout à vous, tout à l’heure...

considérant Mado venu l’accueillir à l’avant-scène.
... Peut-être...

Lucifer, sautant agilement sur la scène.
Amis du club, bonsoir!

Lucifer prend la main que lui tend Mado et la baise longuement. Le Pire frise l’apoplexie. Django est éberlué.

Mado, retirant sa main.
Lulu, voyons...

Lucifer, la détaillant avec insistance des pieds à la tête.
Oui... Plus tard... Peut-être...
Puis, jetant sa cape sur le comptoir.
Django, champagne!

Django
Wahou la classe!

Lucifer
Non. Pas la classe. L’ordinaire. Le champagne, c’est le galbe du téton qui te manquait sous la paume. “Plus rien sous la main de l’homme! Plus de fesses, plus de cuisses, plus de tétons! De la salope de dinde!!!”
Mais quand le téton manque, quand la fesse fait défaut, appelle-moi! Ou invente-les! L’antidote est dans les bulles, frère de la nuit! Flibustier! Marchand de rêves! Oh que je t’aime, toi!

Django
Et moi donc, Monseigneur...
Comment dois-je appeler Monseigneur ?
Prince des Ténèbres? Méphisto ? Lucifer ?

Lucifer
Voyons, mon petit, tous les barmen m’appellent Lulu.

Mado retourne s’asseoir au comptoir. Lucifer la suit des yeux puis se précipite vers elle.

Lucifer
Ha Mado! Ma belle Mado!! Ma déesse!!! Mon amour...
Mon Dieu que tu es belle ce soir! Et puis quel temps idéal tu nous as fait! Pour une fois que nous nous retrouvons ensemble à Fleuryland... Il faut que je t’embrasse.

Mado
Vade retro, Don Juanas! Tu vas nous mettre en retard.
D’ailleurs tu es en retard.

Lucifer
En retard ? Mais que veux-tu, j’ai un oeil sur mes affaires, moi! Je travaille, moi.

Mado
Trop!

Le Pire
Alors, on commence ?

Lucifer
Ha tu es déjà là, toi! Bonsoir, tristesse.
Dis-moi, je ne t’ai aperçu nulle part aujourd’hui. Tu étais malade ou tu nous conspirais un mauvais coup ?

Le Pire
C’est toi qui me dis ça ?!!
Mais au fait, Mado, qu’est-ce qu’il fait ici, le tentateur ? On n’avait pas besoin de lui pour lui règler son affaire!

Mado, à Django.
Comme tu vois, Monsieur est soucieux du droit. Tu noteras son attachement à la défense...

Le Pire
Mais enfin, avec tout ce qu’il a fait, tu ne voudrais quand même pas qu’il se défende!

Mado
Ce ne sera pas à lui de se défendre.

Le Pire
Comment ?!
Mais alors c’est le procès de qui ?
Qu’est-ce que vous avez maquillé ensemble ? Tous les deux. Derrière mon dos. Contre moi, forcément...

Mado et Lucifer opinent du chef.

Le Pire
Mais enfin, qu’est-ce que vous me voulez ?

Mado et Lucifer, ensemble.
T’éviter !

Le Pire, à Lucifer.
Eviter Le Pire?! Et pour l’éviter, tu le fais venir ? Tu baisses, mon garçon.
Remarque, ça fait bien mon affaire.

Lucifer
Ca, on le verra à l’issue de ton procès, mon petit “vieux”.

Le Pire
Mon procès! On croit rêver...
Mais à la fin qu’est-ce qu’on me reproche ?
Et d’abord, sur la plainte de qui ?

Mado
Sur la mienne! Pour fanatisme, barbarie, féodalité et diffamation.

Lucifer
Jointe à la mienne pour tristesse, ennui, sinistrose et lugubrisme.

Django
Lugu quoi?

Lucifer
Lugubrisme: théorie, pratique et militance du lugubre.
Regarde-le: il est lugubre.
Lugubre, c’est ça.

Le Pire
Mais enfin il n’y a rien dans les codes contre ça, que je sache!

Puis, chantant:

“Je suis lugubre, voilà ma gloire
Mon existence et mon soutien!”

Mado, à Django.
Rien dans vos codes contre ça ? Voilà peut-être enfin un travail sérieux pour votre parlement...

Le Pire
Mais pourquoi, Mado ? Pourquoi ?
Ca te dérange que je milite pour Toi ? Que je fasse tout pour que Ton règne vienne ? Que ma volonté soit faîte ? Que je remporte de mon mieux les élections démocratiques en enfer ?

Lucifer
Coment-pardon? Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’élections démocratiques en enfer ? Ici ? Sur terre ? Chez moi ?

Le Pire
Ha là, il n’est pas tranquille, l’histrion Lulu! Nous connaissions le crétin des Alpes. Ce soir nous ne doutons plus qu’ily en ait un autre: le crétin des enfers! Pourtant, il devrait bien le sentir qu’ils en ont marre, ses sujets, de ses réjouissances! C’est Mado qu’ils veulent! Avec moi comme premier ministre!!! J’ai du monde derrière moi, et tu le sais!

Lucifer
C’est pour ça qu’on est là. Toi comme premier ministre, il n’en est pas question. Tu es le pire qui pourrait arriver aux hommes comme aux dieux. D’ailleurs, les souvenirs que tu as laissé à chaque fois qu’on t’a un peu laissé faire...

Le Pire
Quand vous m’avez vu à l’oeuvre, il y avait tout de même moins de débauche! Moins de corruption!

Mado
Mais as-tu vu ce que ça m’a coûté en vies humaines, en souffrance, en temps perdu ? Et il n’y avait pas moins de corruption. Vous étiez seulement moins nombreux à vous en partager discrètement davantage. C’est tout.
Tu as tout bâti sur le mensonge. Qu’est-ce que tu as été leur faire croire, aux juifs ? Que je n’avais rien de mieux à faire que de surveiller s’ils ne bossaient pas pendant le shabat !
Aux musulmans qu’ils me manquaient des respect s’ils mangeaient du jambon!
Aux chrétiens qu’il fallait absolument que la mère de mon fils soit vierge!
Non mais ça ne va pas bien, dis ? Tu te rends compte du genre d’abrutie pour qui tu me fais passer ? Ce n’est pas une image de Dieu, ça! Tout au plus celle d’une employée de bureau maniaque!!!

Piano

Alors que je passe mes journées à vous retoucher les plumes des oiseaux.... A vous arranger doucement la courbe d’un ballon des Vosges... A vous bricoler des couchers de soleil qui me font chialer Van Gogh au paradis...

Moderato

Et toi, t’es là, grosse buse, à les assurer que l’une des seules choses qui comptent pour moi, c’est qu’on cache une femme sous un clapier à lapin, qu’on cisaille la zigounette d’un petit garçon ou le clitoris d’une petite fille pour me faire plaisir ? Mais décidément tu es dingue! Tu imagines une seconde, une seule, que ça m’amuse de vous voir charcuter des enfants en prétendant que ce serait moi qui l’aurait demandé ? Tu me prends pour qui ? Pour Gilles de Ré ? Tu dirais ça à un cheval de bois, il te donnerait des coups de pieds!

Le Pire
Mais tes écritures, Chérie...

Mado, fortissimo.

QUOI, MES ECRITURES ?!!
QUOI, MES ECRITURES ?!!!
Tu n’as jamais changé d’avis, toi, sur tout ce que tu as écrit ? Non, hein ? C’est à ça qu’on reconnait les imbéciles: ils ne changent JAMAIS d’avis.
MAIS MOI, C’EST DIEU, NOM DE DIEU!
(Merci, Clavel.)
TU COMPRENDS, CA?
Ca, tu le comprends, n’est-ce pas ?
Alors écoute-moi bien et, si tu sortais d’ici tout à l’heure, va le répéter à la foule des pauvres gens qui t’écoutent:
JE - NE - SUIS - PAS - L’AHURIE - QUE - TU - RACONTES - PARTOUT!
JE - CHANGE -D’AVIS, MOI!

Le Pire fait le gros dos sous la douche céleste qui s’achève, comme elles font souvent, pianissimo.

Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire ? J’aurais demandé à Abraham d’aller égorger son fils sur une montagne pour me prouver qu’il m’aimait par dessus tout, et arrivé là-haut, je lui aurais crié: “Stop! Poisson d’Avril!” Tu veux quoi, exactement ? Me faire passer pour le plus lamentable des comiques ? Parce que ça, ce serait le pire, Le Pire! Dieu, sans humour, voilà le blasphème!

Le Pire
Mais justement, nous les avons beaucoup travaillé, Tes écritures...

Mado
RENDS-MOI MES LETTRES !
D’ailleurs, elles ne t’étaient pas destinées.
Toi et tes scribes vous écrivez tellement mal! Tellement embrouillé! Sans poésie! Sans humour!...
Alors que je ne suis que ça: Amour, Artiste...

Le Pire, bas, comme soufflant les mots.
Tolérance.

Mado
Tolérance.

Le Pire, même jeu.
Miséricorde.

Mado
Misericorde.
Arrête de me souffler mes répliques! Si j’avais besoin d’un chargé de communication, ça se saurait!

Le Pire
Mais c’est moi ta meilleure plume, Mado!

Mado, outrée
Pardon ? C’est l’oeuvre qui se moque de son créateur? C’est le bouquet!
Avec les champignons vénéneux, je savais que je n’avais pas vraiment réussi mon coup.
Avec les plantes carnivores non plus. D’ailleurs, j’ai le syndicat des papillons qui grogne...
Mais avec celui-là! Comment ai-je bien pu me gourrer dans la formule comme ça ?
Ce n’est pas un homme, c’est une erreur.
Pire, c’est une faute.
Pire encore: c’est une faute de goût!

Django, bas à Lucifer.
C’est ça, une colère de Dieu ?

Lucifer
Non. Ca, c’est juste une mise au point. Mais s’il a la mauvaise idée de répondre maintenant, tu pourrais en voir une vraie. Ce que je ne souhaite à personne.
Comme quoi je suis loin d’être aussi mauvais qu’on le prétend...

A suivre...

10/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE. Livre second.

Livre II


Simon-Oussama-Joseph-Radovan-Adolphe-Ygal de Torquemada-Polpot est moyen.

De partout.

Sur lui, toute couleur paraîtrait terne. Il fane tout.
Sous son grand capuchon, avec sa croix épinglée sur sa robe de moine-soldat décorée des pires ordres qui soient, sa sacoche au bout du bras, à petits pas, gris, il entre.

Mado
Tu n’es pas en retard.

Le Pire, obséquieusement.
Je ne me pardonnerais jamais de Te faire attendre.

Mado lui arrache la croix et la jette violemment loin d’elle.

Mado
Mais décidément!!! Ôte-moi cette saloperie d’instrument de torture! Tu t’imagines que ça me fait plaisir d’avoir le souvenir du martyr de mon fils sous le nez tout le temps, abruti ?! Tu ne pourrais pas porter la Légion d’honneur, comme tout le monde ?

Django, se servant un verre de “costaud”
J’imagine que Monsieur est le diable ?

Le Pire
Vous n’y êtes pas du tout, mais vous brûlez déjà.
Je me présente : Simon-Oussama-Joseph-Radovan-Adolphe-Ygal de Torquemada-Polpot. Mais Elle m’appelle “Le Pire”. Sans que j’ai jamais trop bien compris pourquoi puisque je suis son plus dévoué fanatique et que pour Elle, j’ai de grands projets: bientôt, je vais renverser le Diable!

Django
Oui. Bien sûr! Un coup d’état aux enfers!!! Mais bien sûr! Évidemment! Naturellement! Bien sûr!...
Excusez-moi, j’ai un coup de téléphone à donner...

Mado
Un coup de téléphone? A qui? Pour quoi faire?

Django
A l’hôpital des fous pour m’assurer qu’ils vous ont bien recomptés avant de vous mettre au lit!

Django s’empare du téléphone et constate que le combiné est noué comme le canon du revolver.

Django
Ha ben non! Pas toutes mes affaires, quand même!

Mado, au Pire.
Tu bois quelque chose?

Le Pire, désignant Django.
On peut parler devant lui ?

Mado
Ne t’inquiètes pas. Il n’a pas été choisi au hasard.

Le Pire, s’asseyant sur le tabouret bas et fouillant dans sa sacoche.
Choisi ? Un barman ! Un débaucheur ! Un pourvoyeur de cirrhose ! L’élite... Tu nous gâtes.
Sortant une fiche.
Ah, le voilà ! Alors... Vous vous appelez Django Novak. Manouche, ancien guitariste reconverti dans le commerce des alcools. Bravo! Bel enchaînement de débauches... Votre bistro s’appelle: “Au bonheur des hommes”

Django
Et alors ? Il n’y a pas de mal à cela!

Le Pire
Si!
Maintenant que vous savez en face de Qui vous avez l’extravagante chance d’avoir l’immense privilège de vous trouver, je vais vous dire comment ça marche.
Le bonheur sépare de Dieu. Il est stérile. Seule la souffrance élève l’âme. Moi, par exemple, pour m’en approcher, je me fouette. Je marche pieds nus dans la neige. Je me vautre face contre terre, les bras en croix sur le carrelage glacé et là, Monsieur, je monte.

Django, à Mado
C’est vrai, ça ? Hors la douleur, point de salut ?

Mado, séductrice, prend Django par le menton.
C’est de ça que j’ai l’air ?

Elle l’attire vers Elle et lui donne un baiser.

Le Pire, occupé à disposer sur la table basse un petit autel avec des ustensiles sortis de sa sacoche, n’a pas vu le baiser et croit rassurer Django.
Ne vous inquiétez pas. Elle en repêche quelques fois. Elle a ses exceptions culturelles et si, malgré votre parcours déplorable, vous avez eu l’insigne privilège d’avoir l’immense honneur d’être choisi par Sa Très Grande Immensité

Mado
Mais arrête de me lécher les escarpins!
Qu’est-ce que tu fais ?

Le Pire
C’est l’heure.

Mado
L’heure de quoi ?

Le Pire, tapotant sa montre.
L’heure de la messe. A Singapour.

Mado
Tu ne vas pas me dire une messe, je suis là !

Le Pire
Justement. Tu n’es pas à Singapour.

Il dispose deux burettes sur leur plateau.

Flûte! J’ai oublié! Maître d’autel, je vous prie: un quart Vichy.

Mado
Pour quoi faire ?

Le Pire, désignant les burettes.
Pour la messe.

Mado
Ha non! Pas de Vichy dans les burettes!!!

Mado se précipite sur la table basse et jette tous les ustensiles dans la sacoche qu’elle va rageusement cacher derrière le comptoir.

Mado
Confisqué!

Le Pire, petit garçon.
Oh non! Mes jouets! C’était pour l’âme du Monsieur... Nous sommes venus le chercher pour le remettre dans Ton droit chemin, n’est-ce pas ? Lui faire abandonner toute cette

Mado
Pas du tout! Il fait de l’excellent travail ici et il y a souvent plus d’amour dans son bistro que dans toutes tes églises.

Le Pire
Où je les garde dans l’amour de Toi, tout de même...

Mado
En en dégoûtant l’immense majorité, oui! Quand tu auras compris que la seule façon de m’aimer vraiment, c’est d’aimer les autres, on aura bien avancé, Le Pire.

Le Pire, à Django.
Elle dit ça, mais vous savez, je suis un peu son souffre-douleur. Elle adore ça. Elle est femme, quoi...
Pourtant, quand je pense à tout ce que j’ai fait pour Elle et à tout ce qui me reste à faire...
(Confidentiel) Vous savez, elle coûte très cher! Mais enfin, comme on dit: “Quand on aime, on ne compte pas.”

Mado
Qu’est-ce que tu marmonnes ?

Le Pire
J’expliquais au Monsieur que je T’aime depuis toujours mais que Tu ne veux rien savoir de moi.

Mado
Parce que je te connais comme si je t’avais mal fait. Je sais trop ce que tu représentes.

Le Pire, s’agenouillant.
Ha, j’ai mal de Toi! Te voir, c’est toujours le martyr et martyr, c’est pourrir un peu. Ha! Fi! Poix! La vilaine! Qué cruelle!

Mado
Et ta soeur ?

Le Pire
Tu ne me crois pas ? Tu ne crois pas en moi ?

Mado
Je ne te crois pas, je te constate et je te déplore. Comme une épidémie qui emportera tout le monde si l’on ne fait pas gaffe où l’on prend son pied. Personne ne peut douter de toi: tu es partout. Dans toutes les guerres. Dans le mental de tous ceux qui n’ont rien de plus urgent que de faire péter la planète. Sans penser, ces abrutis, que même les poches remplies de dollars, ils iront eux-aussi danser dans le cosmos.

Le Pire, radieux.
Personne ne peut douter de moi ?!
On dirait du Dieu!
Dieu que c’est bon!!

Django, à Mado.
Il me disait aussi que Vous coûtiez très cher...

Mado
Quoi ?!! Dis-donc, Le Pire, qu’est-ce qu’il me dit, le Monsieur ?

Le Pire
Ben quoi ? C’est vrai! Tu ne vas tout de même pas Te plaindre du tas d’or que je leur fait jeter à Tes pieds... ?!

Mado
Houla! Doucement, le Pire. C’est toi qui ramasse. Moi, je n’ai pas besoin d’argent.

Django
Hé ben moi si! D’ailleurs, à ce sujet, elle reprendra bien un petit quelque chose, Madame Dieu, pour aider sa créature ?

Mado
Fais péter, Django!

Django, rechargeant le demi.
Et une petite mousse pour notre Seigneur, une!
Et le petit Pire, il ne va pas me commander un cruchon d’eau bénite. Ce serait pourtant le moment, mais à cette heure-ci, je ne fais plus la carafe.

Le Pire, à Mado.
On n’est pas venu là pour trinquer, j’imagine. On est là pour quoi exactement ? Pour négocier quelque chose ?

Mado
Pour un procès.

Le Pire, radieux.
Enfin! Tout de même! Tu te décides! Depuis le temps que j’attends ça... Mais là, enfin, ça ne pouvait plus durer. Il est allé trop loin!
Moi, mes troupes sont prêtes pour le grand jour. Je tiens déjà quelques fortins.
Alors pour moi, garçon, ce sera une petite verveine-menthe. Pour garder l’esprit frais! Mains propres et tête claire!
Qu’est-ce qu’on attend pour commencer ?

On entend soudain hurler un loup, hululer une chouette puis arriver au loin un cortège de motos de grosses cylindrées.

Mado
On n’attendra plus bien longtemps. Le voilà.

 
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