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20/03/2009

LES LOIS DE L'ESPRIT (2)

LE DROIT À L'HOMMAGE.

Bonjour jeunes gens!
La baronne étant retenue par des obsèques médiatiques, nous différerons notre intervention sur la politesse élémentaire et, nous adossant à l’actualité, nous aborderons cette semaine un cas de droit civil lié aux médias: le droit à l’hommage.

Pauvre Bashung. Il n’avait pas anticipé.

Vous l’aurez envisagé, brillants que vous êtes, une fois mort, ça devient extrèmement difficile de gérer soi-même la sélection de ceux qui vont suivre son propre corbillard jusqu’au cimetière.

Là comme ailleurs, il y a les vrais amis. Les fidèles.

N’y voyez pas familiarité mais je vais aujourd’hui plus qu’à l’ordinaire vous parler avec le coeur et comme les mots me viennent.

Ha! Les amis! Les vrais! Tu es content qu’ils soient là pour qu’ils aillent boire un coup entre eux après ta mise au trou, disant tout le bien qu’ils pensaient de toi autour d’un Gaillac perlé bien frais, «avec une rondelle de saucisson, la patronne, siouplaît,» se rappelant quand tu leur chantais Brel aux Saintes Maries de la Terre:
«J'veux qu'on rie
J'veux qu'on danse
J'veux qu'on s'amuse comme des fous
J'veux qu'on rie
J'veux qu'on danse
Quand c'est qu'on m'mettra dans l'trou.»

Ou quand tu leur récitais «La mort de la Mort», en imaginant à voix haute ses mensurations. Et qu’aux verres suivants, tu en venais à te demander si elle portait de la lingerie Chantal Thomas sous son suaire! Puis, une barrique plus loin, accostant les étoiles, tu prenais le pari que tu allais être le premier dans l’histoire de l’humanité à la faire gémir tellement fort que tu aurais le droit de revenir pour un second tour, tellement elle en voudrait encore, voire un troisième si tu étais en forme... Sans huîtres, sans gingembre, sans viagra, juste comme ça, en «live» avec seulement un accordéon dans la tête, du printemps dans les veines, une envie de brûler le froid et de t’attarder encore un peu à table. Et, en bon jardinier, à ne pas vouloir abandonner tes lilas avant de les voir fleurir l’année suivante.
Au milieu du beau monde. Du Juste. De l’humain. Du consciencieux. Du qui aime la belle ouvrage qui dure parce que tu l’entretiens.

Et il y a les charognards.
Ceux qui viennent se faire photographier avec des lunettes noires pour ne pas qu’on voit l’absence totale de chagrin dans leurs yeux de vautours. Auxquels il faut quelqu’un pour donner le bras tellement ils ont les genoux qui flanchent. Ton enterrement, c’est en direct et c’est certain. Leur cours de mime, c’est du souvenir et c’est réel.
Ceux qui t’ont bien connu mais que tu n’as jamais vu. Ceux qui s’exclament: «Quel bonhomme!» mais dont tu n’as jamais reçu le moindre coup de téléphone. A qui tu ne peux plus dire: «Ha bon ? On se connaissait ?» ni demander: «Qu’est-ce que vous faîtes ici, vous ? Je ne vous ai pas invité.» Que tu ne peux pas reconduire jusqu’à sa limousine à grands coups de pompe dans le fion en criant: « Ha, vampire! T’as pas nourri ma vie et tu veux bouffer ma mort ? Ouste, Dracula!!! Vade retro, Cancrelas!!!»
Qui ne t’ont jamais invité à manger un morceau, jamais payé un canon, jamais trouvé cinq minutes pour causer, pas plus qu’ils ne se seraient laissé photographier avec Van Gogh, Lautrec, Artaud ou Brel ivre-mort, auxquels ils rendent hommage maintenant
parce que chez ces gens-là, Monsieur, avant de boire un verre,
Il faut être mort Monsieur.
Il faut être mort d’abord.

Si tu n’as pas pris la peine de renseigner tes vrais potes sur ceux que tu ne veux pas voir pendant que tu grimpes au ciel, tu l’as «in the baba» et tu les vois de là-haut s’agglutiner sur ta pierre tombale comme une colonie de tiques sur un vieux chien, qui viennent se oindre de tes dernières perles d’âme suintant de la pierre tombale.

Ca t’évite le coup de la messe, aussi. La famille qui pense que ça ne peut pas te faire de mal qu’un curé te recommande au Bon Dieu, vu le nombre de bouteilles que tu as vidé, de cibiches que tu as fumé et de filles que tu as culbuté hors mariage. Parce que bien sur, dans son infini bon sens, Dieu a créé la vigne pour ne pas que tu en boives, le tabac pour ne pas que tu en fumes et les femmes seulement pour que tu les regardes de loin.

Remarque, elle pense peut-être bien faire, la famille. Mais toi, modeste, tu ne voulais pas qu’on dérange le Bon Dieu pour si peu, alors que tu te préparais à le rencontrer en personne dans peu de temps. Et tu n’aimais pas non plus l’idée qu’un guignol en robe qui n’appréciait pas du tout ton mode de vie vienne te balancer de l’eau sur tes dernières planches.
Du Chiroubles, ce serait passé à la rigueur, tu aurais pardonné, bon coeur que tu es. Mais de l’eau bénite!! Sans dec, ils ne vont quand même pas te déclamer une homélie de grenouille!!!
Ben si tu n’as rien préparé, si.

Alors pour m’éviter tous ces aléas contrariants, je vais la jouer autrement en m’enterrant de mon vivant !
Mes obsèques avec moi, en guest star.
Ca me contrarierait à mourir de rater une fête pareille!

J’y vois aussi un avantage certain pour les autres du métier, que Bashung n’avait pas anticipé non plus. Quand un sombre crétin titre le soir de ta mort: «Le dernier des géants de la chanson française», tu peux te pointer le lendemain à la conférence de rédaction et lui tirer sévèrement les oreilles en lui demandant: «Et alors, Aznavour, Higelin, Dabadie, Sanson, Sheller, Cabrel, Goldman, Dutroncs, Zazie, Ken..., c’est des nains de jardins, peut-être ?» Tu peux même lui mettre un grande tarte dans sa pauvre tronche d’inculte à sensations. Il ne va pas aller porter plainte pour une torgnolle puisque c’est lui qui a annoncé sur cinq colonnes que tu étais mort la veille. Benet qu’il est, tu peux même lui faire bouffer son article. A l’ancienne. Sans sauce.

Et puis cet enterrement anticipé dispensera tout le monde de venir au vrai. Au dernier. Ce qui serait très onéreux vu que je compte bien moi aussi m’en aller «dormir dans les paradis blancs», surtout depuis que je sais que Michel Rocard s’en occupe. J’ai confiance: la banquise, c’est son truc. Il va nous recongeler le pôle Nord en moins de deux. Paraît que ça s’apprend en conseil des ministres. Les inuits, les ours blancs, les manchots, les villes côtières et moi, nous ne l’en remercierons jamais assez.

Enfin, cerise sur le caveau, tu reposes la Nation en lui économisant quelques mensonges inutiles.
Parce qu’au sommet de l’état, bien renseigné qu’on est, on a entendu dire que tu n’es pas mort vraiment. Alors on tergiverse. On se demande si c’est bien opportun de monter sur un coup aussi aléatoire, qui ne traite que du temps et de la vanité et on embraye direct sur un mort pour de vrai. Ce n’est pas ce qui manque. Du coup, tu échappes au communiqué du président, à celui du premier ministre, à celui du ministre de la culture, au porte-parole de l’UMP, au maire de Paris et à qui sais-je encore qui te reconnaissent tous soudain «un immense talent» et du coup, tu évites la question vertigineuse qui te pourrirait un bon morceau d’éternité: «Si ces gens aimaient vraiment mon travail, où est-ce que j’ai bien pu me gourer ?»

Voilà, sur une situation complexe, un article presque parfait sur ce qui ne saurait tarder d’advenir.
On sait qui: ma pomme.
On sait quoi: mes obsèques anticipées.
On sait (presque) où: Les Saintes Maries de la Terre ou la Sologne.
On sait pourquoi: Bashung, après une longue série de prédécesseurs.
On sait à peu près comment: discret, joyeux, artistique et fraternel.
Ne reste plus qu’à fixer quand.
Mesdames, Mesdemoiselles, galanterie oblige et Comtesse avec moi: je vous laisse le choix dans la date.

Dissertation:
A partir de cette situation,
1 - Légalement, qu’est-ce qui pourrait s’y opposer ?
2 - Y viendrez-vous quand même ?
3 - Ne s’agirait-il, sur le fond, que d’une banale histoire de cru ?

Vous avez huit jours.

Je vous laisse. J’ai deux trois bricoles à caler rapidement avec un notaire.

20:23 Publié dans Justice, Philosophie ? | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : enm

04/03/2009

LES LOIS DE L'ESPRIT (1)

Nous traversions des temps de déploration généralisée.

A la télévision, à la radio, dans la presse, sur les blogs, dans les bistrots, presque partout une foule de déploreurs et de déploreuses déploraient. Un peu comme jadis les shadoks pompaient.

Tout y passait. L’obésité des enfants, la mauvaise prise en charge des vieux, la réforme des armées, la mauvaise qualité des programmes de la télé, le réchauffement climatique, la hausse des prix, le chômage...

Au milieu de cet océan de déplorations, on semblait déplorer plus fort encore la surpopulation carcérale, l’état des prisons, le futur effroyable réservé à la jeunesse délinquante.

Vous me connaissez maintenant, je préfère toujours essayer de trouver une solution à un problème plutôt que passer ma vie à pleurnicher dessus.

Aussi, après avoir beaucoup regardé, écouté, lu, observé, j’arrivais sereinement à la conclusion qu’en matière de justice, il s’agissait moins d’empiler des lois que personne ne lirait jamais que de modifier le processus d’apprentissage et de fonctionnement des principaux déploreurs.

Et, pragmatique, partant de mon vécu quotidien en relation directe avec quelques uns d’entre eux, je m’attelais sereinement à une réforme fondamentale de l’Ecole Nationale de la Magistrature.

Oui. Je sais. Vous allez me dire: «ce n’est pas ton métier.»

En effet.

Mais je vous objecterai d’abord qu’il y a souvent plus de bon sens dans la tête d’un jardinier que dans tout un colloque de penseurs sophistiqués et qu’on n’est pas forcément plus sot en chemise à carreaux qu’en robe noire. Ou rouge.

Ensuite qu’il me semble bien que toute décision de justice est rendue «au nom du peuple français» et que du coup, ça le regarde un tantinet, le peuple, quand ça craint au dessus de sa signature et que c’est bien le moins qu’il s’invite dans le débat des gens qui prétendent juger en son nom.

Enfin que ça me ferait vraiment honte de laisser à mes enfants et petits enfants une justice dans cet état!

D’autant que pour ma première réforme, je sais l’accord tacite d’un grand magistrat qui appelle lui-aussi de ses voeux à d’avantage d’ouverture de cette école sur le monde.

Même s'il ne s'agit pas forcément du «monde» auquel je pense en premier.

Donc, sans négliger «L’esprit des lois» du grand Montesquieu, se recentrer un minimum sur "les lois de l’esprit" du petit Fleuryval.

La physique d’abord, au sujet de laquelle je me propose de démontrer qu’une sage utilisation de la clé anglaise peut s’avérer plus utile qu’un improbable DEA.

Ainsi, sur la surpopulation carcérale et l’avenir bien sombre pour les jeunes délinquants, je propose l’introduction dés le premier trimestre de la première année d’un cours pratique de plomberie appliquée, évidement dispensé par un professionnel du joint (en caoutchouc, bien sûr) ou, a minima, par un père de famille moyennement bricoleur. (Moi, par exemple. Ca tombe bien, à la vitesse où les anciens fonctionnent, j’ai du temps libre.)

Avec comme étude centrale (c’est le cas de le dire): le siphon de la baignoire bouché, ladite baignoire pleine à ras bord et son robinet qui coule.

Baignoire.jpg


«Par quoi commence-t-on ?» demande en souriant la plus enthousiaste des élèves.

«D’abord par fermer le robinet avant que ça déborde», répond l’artisan-professeur, joignant fermement le geste à la parole.

Bien sûr, le robinet vétuste goutte encore. Mais tandis qu’une moitié de la classe écope la baignoire, le professeur coupe l’arrivée d’eau quelques instants et remplace le vieux par un neuf étincelant, sur l’emballage duquel on peut lire: «Ouvrez une école, vous fermerez une prison!", fière devise de «V. Hugo-sanitaires S.A.R.L.».

Robinet neuf fermé, baignoire vidée, on peut procéder au débouchage du siphon, voire à son remplacement. (Pendant qu’on y est...)

Au terme de cet exercice il ne nous nous aura pas fallu deux heures pour cerner métaphoriquement les bienfaits d’une bonne éducation, la saine gestion de la pénitentiaire et le soin particulier à apporter à la réinsertion. Ajoutez à cela la valorisation d'un métier trop rarement à l'honneur.

En TD, chacune et chacun pourra utilement reproduire cet exercice à la maison parce que ça marche très bien aussi avec un lavabo ou un évier.

Quand vous aurez bien digéré celle-là, nous aborderons les règles de la politesse civique élémentaire dans une «politique de civilisation».

A bientôt, jeunes gens ! ;-)

 
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