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14/01/2009

AU JOYEUX COQUELICOT

Mise en place d'un conseil pour la création artistique, que M. Sarkozy présidera lui-même.” (Le monde, 14 Janvier 2009)

(Notez bien le "lui-même", sans majuscule, qui devrait sans tarder valoir à son auteur une mutation vers Antartique Magazine où il serait grand temps qu'il rende enfin compte du recensement des pingouins.)

Après la disparition du juge d’instruction et la réforme de la garde à vue annoncée la semaine dernière, voici (enfin) officialisée la liquidation de l’artiste indépendant et le maintien de la garde à l’ombre.

Ainsi, la création artistique sera directement du ressort du Président.

Dés lors, j’imagine que c’est à l’Elysée qu’il conviendra désormais d’aller faire écouter ses maquettes, proposer ses scénari, montrer ses esquisses avant de commencer la toile, présenter le modèle dans sa pose avant d’attaquer la pierre...

Imaginez un instant la tête de Christine Boutin croisant Duchamp débarquant avec sa tinette... ;-)

Songez à Gainsbourg soumettant son “Requiem pour un con”...
"Qui est-ce qui vous a inspiré ça ?
- Un socialiste, Monsieur le Président.
- Excellent. Précisez-le dans le texte et courrez l'enregistrer!"

Le plus spectaculaire revenant à coup sûr à Gustave Courbet venant présenter “L’origine du monde” avec, embusqués dans les tentures, un photographe de Voici et une journaliste de Bakchich... Songez à la presse du lendemain et imaginez le buzz!
Ca va chauffer sur les serveurs!!!

Je m’y vois déjà, donnant une lecture de “L’affaire Le Pire” dans la tiédeur du salon Murat. Une occasion rêvée de demander à l’issue à Carla Bruni-Sarkozy si elle accepterait de jouer Dieu!!! Avec la bénédiction de son Chanoine de Mari, naturellement.

Problème: si tous ceux qui écrivent, composent, jouent, chantent, peignent, sculptent, dansent, jardinent, cirquent, marionettisent en France doivent passer par là avec leur projet sous le bras, va y avoir une queue phénoménale dans le Faubourg Saint Honoré!

Mais la gueule que ça aurait!

Devant, Bartabas à cheval, entre Sylvie Guillem sur pointes et Higelin sur un éléphant, suivis par un orchestre tzigane et un char d’arts plastiques, votre serviteur poussant sa brouette derrière entre, soyons fous, Carole Bouquet et Fabrice Luchini! Un rêve: comme à l’art-parade!

Evidemment, vu le public concerné, ça va immanquablement rire, chanter, sauter en l’air pour s’apercevoir dans la foule ou se réchauffer...
En hiver, les musiciens impatients hurlant ensemble:
“ Sarkozy, il fait froid!
Ca nous engourdit les doigts!”

Pourvu qu’un peu plus haut, place Beauveau, on ne prenne pas ça pour une manif!

J’aurais trois sous, j’ouvrirais un bistrot dans le secteur.
Avec un piano, quelques clous aux murs pour accrocher les toiles, quelques étagères pour poser les sculptures, une petite scène pour chanter ou dire un texte, un petit escalier à descendre en bas résille avec une plume où vous pensez... Si si! Il en faut pour tous les goûts! Un Mouvement Populaire, qu'on vous dit!
Quatre beaux rosiers grimpants en arche devant la porte, avec Fabio et son limonaire chantant "Le chat noir"...

Avec en hiver des plats du jour pas chers mais qui réchauffent et tiennent au corps: blanquette, pot-au-feu, ragoût de mouton, choucroute, hachis parmentier... Le tout servi avec des petits vins de coopératives.
Forcément, un Ravel s’y engueulerait avec un Debussy et zou: un nouveau boléro! Un Rodin s’amouracherait d’une Camille Claudel et hop: un nouveau baiser!
On appellerait ça “Le Joyeux coquelicot” et ça serait plein du matin à l’aube. D’ici trois ans au plus, les touristes afflueraient du monde entier pour voir ce nouveau Moulin Rouge... Z’en voulez, de la relance? En voilà! Ah la belle époque!

C’est certain, je ne suis pas un brillant économiste.
Mais ce serait un investissement autrement plus rentable que d’aller confier ses sous à Bernard Madoff.

A défaut de réaliser une sortie de crise, je viens peut-être d’inventer comment rentabiliser la censure.

Actualisé vers 15 heures ce jour pour les jardiniers, grâce à nouvelobs.com:
Un homme qui tenait un canif, "pour se faire ses sandwiches" selon lui, près du cortège du chef de l'Etat, devra verser 300 euros d'amende pour "port prohibé d'armes et refus de se prêter aux prises d'empreintes digitales ".
(Notez qu'il n'y a pas de majuscule à chef. Du coup les articles sur les pingouins, mis en concurrence, seront plus fiables. Enfin!)
Donc, contrairement à nos pratiques ancestrales, pas de couteau dans la poche si vous venez présenter un jardin à l'Elysée: on vous prendrait pour Ravaillac. Pas un brin de de raphia dans les poches non plus: la sécurité en déduirait que vous avez l'intention de palisser le Président et ça, Le confondre avec une clématite, Il ne vous le pardonnerait jamais.
Et puis quoi, à la fin ?! A quoi que ça sert que je me démène pour vous ouvrir des bistrots sur le secteur si c'est pour vous voir arriver avec de quoi faire vos sandwichs ? Hein ?! Où c'est qu'ell' s'rait, ma r'cette ? Et mon retour sur investissement ?
Sans blaaaague. Meeeerde!
Je ne m'énerve pas, Madeleine! J'esssplique aux gens.

 
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