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15/06/2009

PAS SERIEUX S'ABSTENIR.

Pour toutes celles et tous ceux qui s'inquiètent de l'agitation généralisée empilant lois, décrets et contribution diverses et variées à la "rupture", j'ai une excellente nouvelle constatée de visu: l'océan atlantique est toujours à sa place!

 

 

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Il y a des constantes rassurantes.

 

 

Parenthèse théâtrale cette semaine avec mon complice Jean-Pierre ROCHETTE. Nous partons écrire une nouvelle comédie qui, pour l'instant, s'intitule: "Pas sérieux s'abstenir".

Nous nous excusons par avance de la gène éventuellement occasionnée dans un rayon de vingt kilomètres par nos éclats de rire. 

Les commentaires sont modérés jusqu'à mon retour.

A bientôt.

 

07:30 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (6)

08/07/2008

LE POIDS DE L'AMOUR

L’ami Gwen LEBRET sera sur scène dans une comédie intitulée “LE POIDS DE L’AMOUR”, dans une mise en scène de Nicolas MOÏSSAKIS.

“Hourra!!!”, vous entends-je hourrailler derrière vos écrans, mais où est-ce et c’est quand ?

A l’Actéon Théâtre, 11 rue du général Blaise - 75011 Paris (Métro Saint Ambroise)
Du 9 Juillet au 2 Août 2008, tous les jours sauf le dimanche.

Je vous recommande ce spectacle chaudement car la pièce pose clairement les questions fondamentales:

Comment cacher à son mari son amant quand il est mort et qu’un inspecteur de police ne pense qu’à enlever le mauvais corps ?

Comment cacher ses sentiments à une femme mariée qui a un amant mort dans son lit quand on est un inspecteur de police droit dans la vie ?

Comment cacher à sa femme sa jalousie maladive quand on est un mari modèle sur le point de lui offrir une armoire ?

Comment se cacher dans l’armoire d’un mari sur le point de l’offrir quand on vient d’être tué par sa femme ?

Et, bien au-delà, toutes les interrogations philosophiques et spirituelles qui en découlent.

Il jouera avec Clotilde PIERRE, Frédéric SOUTERELLE et dans le rôle du mort Christophe SIMON et N.M.

Une bien belle distribution, comme on aimerait en voir plus souvent ;-)

29/01/2008

AFFAIRE LE PIRE: CLASSEMENT SANS SUITE.

7e26cbad2830084e63676dc0b6d544ed.jpgLe comité de lecture du théâtre du Rond-Point des Champs Elysées a évité le Pire aux parisiens.

Simultanément, l'acteur exceptionnel auquel j'avais proposé le rôle s'en est allé.
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Salut, Philippe!

Qui dira assez combien nous l'avons échappé belle?

16/01/2008

A CHEVAL!

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Enfin!

http://www.liberation.fr/rebonds/304142.FR.php

Je me sentais bien seul, sur ce soutien-là!

18/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre VI

medium_sixtine.jpg







Django
Un travail d’intérêt général qui lui ferait voir la beauté du monde.

Lucifer
Comme quoi ?

Django
Jardinier, par exemple...

Mado
In-en-vi-sa-geable!

Django
Pourquoi ?

Lucifer, confidentiel.
Depuis que Monet est près d’Elle, Elle est impressionniste maintenant.
Et Elle me disait l’autre jour d’un jardinier qu’il était un peu comme le bout de Son pinceau. Ca m’étonnerait qu’Elle veuille risquer Le Pire sur ses toiles...

Django, contrarié.
Voulez-vous me dire à quoi ça sert que je sois Président ?!

Lucifer
Mais à rien! La dictature, c’est “Ferme ta gueule!”. La démocratie, c’est “Cause toujours...” et nous, on évolue entre les deux. Les pleins pouvoirs, mais avec ton avis, quand même...

Mado, doucement à Django.
J’ai mieux que l’exil et les travaux d’intérêt général.

Lucifer
Je m’en doutais!

Django
Moi aussi!
Je ne sais pas pourquoi mais depuis un moment, je ne suis plus bien sûr de mener les débats. Alors on me nomme juge, on m’appelle Président et l’on m’impose des sentences qui ne sont pas celles qu’en son âme et conscience la magistrature locale aurait cru bon d’établir. Tant pis...

Mado
Allons, Président. Au fond, que ressort-il de cette comédie ?

Django
Que l’accusé a horreur du plaisir et que la Défense a raté gravement l’une de ses oeuvres!
Mais comme la Défense peint, j’imagine qu’Elle doit bien avoir une gomme dans Son Saint Matos...

Mado
Une gomme ?!

Django
Oui. Un petit ustensile bien utile qui permet de corriger quand on s’est planté.
Avec celui-là, la statue ça va à peu près. C’est au baiser qu’il faudrait reprendre. En fait, c’est ça: il manque de souffle.

Mado
Pas toi!
Donc, un baiser-gomme, en somme ?
Lulu, qu’est-ce que tu en penses ?

Lucifer
Ca s’essaye...

Mado s’approche du Pire toujours assis face public, le saisit violemment par les épaules, le retourne et lui donne un baiser. Puis elle recule en s’essuyant les lèvres.

Mado
Qu’est-ce qu’ils ne m’auront pas fait faire ?!

Le Pire, se levant en chantant Faust.
“ Marguerite! “

Django
Ca marche !

Mado
On dirait...

Le Pire, arpentant la scène en chantant à tue-tête.
“La Madelon vient nous servir à boire,
Quand on lui prend la taille ou le menton,
Elle rit, c’est tout l’ mal qu’elle sait faire.
Madelon, Madelon, Madelon!”

Mado
On ne peut pas le laisser comme ça! Il faut lui refaire son look, maintenant.

Elle sort de son sac un bracelet porte-épingle qu’Elle fixe à son bras et entreprend de raccourcir la soutane du Pire, tandis que Lucifer enlève le capuchon, déboutonne le col et fait bouffer les manches.

Le Pire, façon Zaza Napoli.
Ô comme c’est gentil à vous! Je me sens déjà moins ridicule.

Lucifer, lui mettant une épaule à nu.
Mais tu es grosse, ma fille!

Le Pire
Ne m’en parlez pas! Un rien me profite! Une hostie: deux kilos.
Frappant sur sa “culotte de cheval”
Et puis là, hein! Pas ailleurs !!!

Mado
C’est sa féminité qui se libère.

Le Pire, sautant au cou de Django.
Tu sais que tu es terriblement beau, toi ?

Django, le repoussant.
C’est gentil, mais moi, ma féminité est enterrée au fond de la cour et malheur à celui qui voudrait la réveiller!

Le Pire
Tant pis. Une autre fois, peut-être...

Lucifer
Et voilà. La haine est dans le sac!

Le Pire, à Lucifer.
Et toi, beau ténébreux, tu fais quoi ce soir ?

Lucifer
Je t’emmène! Il y a une fête chez un jeune poète qui vient de publier une œuvre qui n’est pas tout à fait de lui. Pour sa prochaine, tu pourrais lui raconter tes mémoires. “Les mémoires du Pire”, ces temps-ci, ça ferait un malheur!
Viens!

Le Pire
Attends que je dise “Au revoir” tout de même. J’ai des amis, maintenant...

Le Pire va embrasser Mado et va pour en faire autant à Django qui l’évite.

Django
Non. Merci. Sans façon. Je n’oublie rien, moi. J’attends de voir.

Le Pire
Bon, alors salut les filles!

Lucifer le prend par le bras et tous deux sortent en riant.

Mado
On dirait que Le Pire est derrière nous.

Django
L’homme n’est jamais perdu, quoi que l’on puisse en dire.
Le diable a ses raisons que ma raison ignore
Et Dieu, qui a les siennes, m’échappe plus encore.
Le verdict est tombé. Qu’en fera l’avenir ?

Mado, avançant tendrement vers Django.
Tu ne serais pas un peu poète, toi ?

A mi-chemin, au public.

La séance est ... suspendue.

NOIR

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16/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre V (2)

Livre V (2)



Mado (suite)
Il n’y a que lui pour ne pas en vouloir.
Son discours, le même depuis toujours, fait de sectarisme, d’exclusion, ne présente jamais la moindre trace de générosité ni de curiosité des choses et des gens. Il est à proprement parler le contraire d’un homme équilibré. Il se propose cependant comme remède à des maux beaucoup moins graves que ceux qu’il génère. S’en prend-il à l’insécurité ? C’est pour mieux proposer la délation et prôner sa violence. S’en prend-il aux étrangers ? C’est pour mieux faire oublier les lois de l’hospitalité. Il est à lui-seul ce que l’encyclopédie désigne comme un effet pervers.
Mais ce n’est pas tout à fait de sa faute.

Le Pire
Ha quand même!

Mado
Mon client n’aurait aucun goût pour le plaisir. C’est du moins ce que Monsieur le Procureur a tenté d’établir avec toute la malice qu’on lui connaît.
Je m’inscris en faux contre cette affirmation!

Le Pire
Bien!

Mado
Mon client a des plaisirs. Personnels. Etranges mais raffinés. De ceux auxquels nous savons heureusement Monsieur le Président totalement imperméable.

Le Pire
Oui ! Allez ! Vas-y ! Attaque!!!

Django
Accusé un peu de retenue! On n’encourage pas Dieu comme on lâche son chien!

Mado
En effet, quelle satisfaction dans son regard lorsqu’il découvre en photo dans ses journaux le regard plein de larmes d’un enfant expulsé!
Lui qui me bassine chaque Dimanche avec ses “Seigneur, prends pitié!”, cherchez la sienne quand à l’issue d’une de ses manifestations un jeune homme est noyé dans la Seine! Voyez comme il s’enthousiasme en apprenant que ses commandos anti-IVG saccagent des hôpitaux, menacent et tuent des médecins! Au nom de la vie!!! Oui, Monsieur le Président: c’est au nom de la vie et de sa morale que lui et ses sbires cassent, brûlent, lapident, terrorisent, assassinent!
Compliqués, ses plaisirs, n’est-ce pas ?

Le Pire
Je suis fait. Comme un rat. Rien n’est pire qu’un défenseur qui vous accable.
La rouerie du Procureur n’égalera jamais l’intelligence de Celle qui l’a créé, parce que cette perfidie vient de plus haut que lui. De Celle qui a accroché, telle une croix éternelle, le vice sur le dos du diable.
Au bout du compte, je te plains, Lucifer. Souviens-toi. C’est Elle qui t’as créé. Elle a besoin de toi. Tu n’échapperas jamais à ta fonction ni à ton destin. Moi, peut-être. Parce qu’Elle ne m’avait pas prévu. Ce soir, elle veut ma peau et mon temps semble s’achever ici. Mais toi, pour quelle éternité en auras-tu encore ?

Lucifer, apparemment très inquiet, à Django.
Tu ne me lirais pas les lignes de la main, là, vite fait ?

Django
Ca ne sera pas la peine. Il a raison, l’accusé. Tu n’es que le jouet de Dieu. Tout ce qui nous tente vient d’Elle ou de nous. Pas de toi. La vigne, c’est Elle. Le vin, c’est nous. Les filles, c’est Elle. Le Kamasutra, c’est nous. Le blé, c’est Elle. La farine, c’est nous. Les vaches, le lait, les poules, les œufs, c’est Elle. Mais les gâteaux, c’est nous. Le Pire n’est là que pour nous faire croire en toi. Pas en Elle.
Elle, on sait.
Toi, tu n’existes pas.

Lucifer
Etre ou ne pas être... Mirage, mon beau mirage... Ce n’est pas la première fois que l’on me traite d’illusion. J’adore ça. Mado, j’ai une mauvaise nouvelle pour Toi: pendant notre suspension de séance, notre débat ne fut que virtuel.

Le Pire, à Lucifer.
Moi je le sais bien que tu existes. C’est presque toujours toi qui me fait rater mes opérations. On est souvent le pire de quelqu’un. Tu n’as donc aucune raison de me faire un procès. Aucun de nous trois n’existe s’il en manque un seul.
Le bien, le mal et les excès des deux.

A Django

Si tu me condamnes, tu les perds tous les deux.
Nous resterions seuls. Ensemble.
Saurions-nous alors La réinventer moins fière, moins farouche, moins distante ?

Mado
Attention, Président. Encore quelques instants et vous n’existerez plus non plus. Observez-le bien. Nous sommes en présence d’un malade pervers, extrêmement habile mais soumis à de terribles pulsions. Un malade infecté par un virus contre lequel, hélas, aucun vaccin n’existe encore.
Ce virus porte un nom: c’est la haine.
Vous et moi ne disposons pour l’instant pour le combattre que de l’exemple de l’harmonie, d’un certain rire et de l’amour des autres.

C’est pourquoi Monsieur le Président je vous demande de considérer mon client comme totalement irresponsable et d’assortir sa peine, quelle qu’elle soit, d’un traitement psychiatrique approprié. Vous ne le condamnerez pas ainsi qu’il a la détestable habitude de la faire et lui pardonnerez ses offenses bien mieux qu’il pardonne à ceux qui, selon lui, m’auraient offensé. On ne condamne pas les fous, on les soigne.
J’ai terminé.

Django
L’accusé veut-il ajouter quelque chose ?

Le Pire, éclatant d’un rire odieux.
Oui! Il est trop tard. Trop tard pour vous tous! Quelle que soit votre sanction, les temps sont venus. Si vous m’arrêtez moi, il en viendra dix autres, puis cent, puis mille! Mes troupes sont là, embusquées, silencieuses. Rien ne pourra les arrêter. Mes cohortes déferleront sur vos lubricités et nous vous bouterons hors le temps! Oui! Punissez-moi! Faîtes de moi un martyr! C’est ce qu’elles attendent.
Je vous hais! Je vous hais! Je vous hais! Tous!!!

Django, frappant de sa louche sur le comptoir.
La Cour se retire pour délibérer.

Il sort à la cour.

Mado et Lucifer vont s’asseoir au comptoir.
Le Pire a regagné son tabouret sur lequel, assis, il attend. Immobile.
Lucifer sert un Cognac et Mado allume une cigarette. Ensemble, il vont porter son “dernier verre” au Pire.

Le Pire
Vous savez bien que je ne bois pas et que je ne fume pas.

Mado
Ca non plus, nous ne te l’avons jamais demandé...

Tandis que Mado et Lucifer retournent au comptoir, on entend un bruit de chasse d’eau puis:

Django, off.
La Cour !

Il entre, profondément soucieux, et revient prendre place derrière son comptoir.

La Cour étant, contrairement à l’accusé, farouchement opposée à la peine de mort, doit avant de rendre le verdict qui lui semble judicieux, interroger la défense. Avez-vous, Maître, au fin fond des galaxies, une planète sur laquelle lui et ses disciples ne pourraient plus nuire à personne ?

Lucifer
Oui! Si Saint-Exupéry ne les a pas toutes investies, il doit nous en rester quelques unes au-delà de Sirius.

Mado
A quoi pensais-tu ?

Django
D’abord à l’exil. Pour toujours. Qu’il s’en aille faire son ordre ailleurs, comme il aime, entre lui, dans un endroit inaccessible où personne n’ait jamais l’envie d’aller.

Mado
Et quoi d’autre ?




Et c’est maintenant, fleurylandaises et fleurylandais, qu’à la manière de l’illustre Robert Hossein, qui vient d’introduire (enfin) la démocratie au théâtre, la troupe du Fabuleux vous offre la formidable possibilité d’intervenir sur le dénouement.

Une justice populaire ?
Sûrement pas!
Un théâtre populaire ?
Peut-être...
Les commentaires et la buvette sont ouverts ;-)

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre V (1)

Livre V - 1



Django
La parole est à la défense.

Mado
Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, mon client, mon pauvre client, n’a jamais rien compris à la beauté du monde.
Principe pédagogique de base: lorsque quelqu’un ne comprend pas, il y a deux possibilités.
Soit c’est un imbécile, hypothèse à ne jamais écarter totalement.
Soit on lui a mal expliqué.
Dans un cas comme dans l’autre, il semblerait, je dis bien: “il semblerait”, que ce soit de ma faute.
Dans le premier cas, trop sûre de moi, j’ai laissé filer des croquis qui ne méritaient pas qu’on les diffuse. J’ai même eu, folle que je suis, la vanité d’en être satisfaite. Il faut dire à ma décharge que j’ai longtemps travaillé toute seule, sans regard critique extérieur.

Lucifer, à part.
Si. Il y en a bien eu un, mais je me souviens ça ne lui a pas vraiment réussi...

Mado, l’ignorant.
Puis vinrent des foules qui, durant des siècles, me portèrent aux nues, ce qui ne pousse guère à la remise en cause.
Et puis j’avais confiance. L’envoyant sur les routes du monde, je comptais qu’il admire mes levers de soleil sur la plaine Toscane, les gazelles en Afrique, les chutes du Niagara, les roses à Pithiviers où Eve m’assiste, maintenant...
Je pensais naïvement qu’écoutant le rossignol, le vent dans les feuillages et le chant des fontaines, il ne crierait jamais. Qu’ayant goûté les pèches, respiré les jasmins et caressé la mousse, il se tairait souvent. Hélas!
Sans doute l’ai-je créé trop raisonneur et pas assez émotif. Trop calculateur et pas assez sensuel.
Trop... trop...
(Mesurant Le Pire d’un crayon, comme font les peintres)
Le nombril et la tête... Un peu gros, peut-être, non ?...

Quant à l’autre hypothèse, je le confesse: j’ai négligé de leur suggérer l’école dés les grottes de Lascau...
Et pourtant! Ca partait bien, les Beaux-Arts!

Lucifer
Puis-je me permettre de rappeler à la défense que c’est le procès de Son client et non le Sien qui se tient ici ?

Mado
Lorsqu’il s’agit du procès d’une erreur, on se doit d’en défendre l’auteur d’abord!

Lucifer
Voilà un point de droit qui impose suspension! Monsieur le Président, je demande un moment pour m’entretenir de procédure avec la partie adverse.

Django, interrogeant Mado du regard.
Maître ?

Mado
Pas d’objection.

Django
Accordé.

Mado et Lucifer sortent à la cour.

Tristement, Django les suit du regard.

Le Pire
Tu es malheureux toi aussi ?

Django
Malheureux ? Non. Même plus. J’ai l’habitude.

Le Pire
Moi aussi. Mais je ne m’y fais pas et je ne m’y ferai jamais.

Django
On n’a pas le choix.

Le Pire
Bien sûr que si! L’amour est un échange et si comme moi tu l’aimes au-delà de tout, elle te la devra bien un jour, ta suspension de séance!

Django
Quand on aime, on ne compte pas.

Le Pire
Quand on est aimé, on ne compte pas! Seulement moi, Elle ne m’a jamais aimé! Jamais! Alors je ne compte pas les morts! Un jour, je viendrai vers Elle avec la liste de tous ceux que je lui ai sacrifié et là, il faudra bien qu’Elle paye!

Django
Ca fait cher la suspension de séance!

Le Pire
Quand on aime on met le prix.

Django
Facile. Quand ce n’est pas toi qui paye...

Le Pire, se penchant sur la caisse.
Tu ne parles que de payer, acheter... Les affaires, toujours. Sordide. Tu crois que je ne vous ai pas entendu, tout à l’heure, à propos de ces jolies artistes immigrées ? C’est tout lui, ça. Acheter les juges. Pas de danger que cela me vienne à l’idée. Surtout avec un magistrat de ton envergure, incorruptible. Je sais bien que cela ne modifierait en rien ton jugement si je te proposais une nuit dans un de mes couvents...

Django, horrifié.
Avec des nonnes ?!!

Le Pire
Tu préférerais des sous ?
J’ai des sous.
A ce sujet, Elle t’a fait rentrer combien dans ta caisse, tout à l’heure ?

Django
Elle ? Rien.

Le Pire
Ne mens pas. Elle commence toujours comme ça. Avec mes fonds spéciaux.

Django, ouvrant son tiroir-caisse.
Je ne sais pas ce que ça vaut. Il y a des billets qui ne sont pas d’ici.

Le Pire, saisissant la liasse, la soupesant et la reposant à côté de la caisse.
Mais qu’est-ce que l’argent quand on n’a pas l’amour ?
Allons, Django, tu n’es pas tout seul. Moi non plus Elle ne m’aime pas. Si je me suis entouré de tous ceux qui ont tant besoin d’Elle, c’est que je n’y arrivais pas seul. Rejoins-nous! Viens avec nous! Aide-nous.
Ensemble, tout devient possible!

Se ravisant, il reprend la liasse de billet et l’empoche sous sa robe.

Ce n’est pas suffisant pour ta cotisation, mais je t’aime bien. En plus, un guitariste manouche avec nous, cela fera ouverture. Et Mado, elle aimera ça.

Mado et Lucifer reviennent bras-dessus bras-dessous.

Django
L’audience peut-elle reprendre ?

Mado
Oui, Monsieur le Président.
Après en avoir débattu avec la partie adverse, je ne produirai pas de témoins à décharge.
Le Pire n’est pas un client comme les autres. Il est l’incarnation d’une idée. D’une méchante idée.
Le prévenu, en effet...

Le Pire
Prévenu ?! Prévenu où ? Quand ? Par qui ?

Mado
A Nuremberg. En 1946. Par le monde entier!
Le prévenu, disais-je, sévit surtout dans les endroits pauvres et mal éduqués. Il ne remporte ses plus grandes victoires que là où la misère, l'ignorance et la corruption le font roi.

Mado va chercher dans la poche du Pire la liasse de billets qu’il a pris dans la caisse, puis revient vers Django.

Qu’est-ce qu’il t’a vendu ?

Django, gêné.
Une suspension de séance. Avec Vous. Un jour. Peut-être...

Mado, se tournant vers le Pire.
Epoustouflant!
Alors tu vends mes faveurs ? Le Pire proxénète du Bon Dieu!
Je ne sais plus comment je pourrais te sortir de là.

Django, s’enhardissant.
Pardonnez-moi, Maître, mais l’argument de l’accusé pèse son poids! Si Vous trouvez parfois deux minutes pour le Procureur, il serait juste que vous en accordiez une de temps en temps au Président!

Mado, flattée.
Mais dis-donc, Monsieur le Président! C’est du trafic d’influence ...

Django
Oui. Et alors ?
Si la Défense a des bontés pour l’accusation, il serait de bon droit qu’Elle en ait aussi pour la Cour et pour faire bonne mesure, la Cour propose immédiatement une suspension de séance avec la Défense.

Lucifer
Objection, votre honneur!

Django
Attendez, je n’ai pas fini! Pour équilibrer ma balance, je propose aussi un pacte à l’accusation.

Lucifer
Un pacte ?!

Django
Oui. Le contrat qu’on signe avec vous pour rester toujours jeune, ça marche encore ?

Lucifer
Ca ne pourrait marcher que si la Cour renonçait à son entretien particulier avec la Défense.

Mado
Doucement Lulu. La Cour ne demande qu’une minute et ton pacte vaut pour l’éternité.

Django
Exactement! Là, il y a déséquilibre!

Lucifer
Non! Si la Défense acceptait la suspension que lui propose la Cour, c’est là qu’il y aurait déséquilibre. J’en sais quelque chose...

Django
Je ne dis pas, mais si je reste jeune pour l’éternité, cela me laisse une chance d’avoir une ou, soyons fous, plusieurs suspensions!

Mado, rêveuse.
A moins qu’y prenant peut-être goût moi-même, la suspension dure une éternité...

Django, enthousiaste.
Ha oui. Là, c'est tentant.
Et ça commencerait quand ?

Mado
Après le procès forcément, Président. l’hypothèse semble contrarier Monsieur le Procureur.

Le Pire, hors de lui.
Et l’accusé, alors ?!! Pas de suspension ? Pas de pacte ? Rien ? Jamais ?!!

Mado
Pas de suspension et plus de pacte! Tu ne les respectes jamais.

Django, effaré.
Il ne respecte même pas les suspensions ?

Mado
Je ne sais pas. Il n’y a jamais eu.

Django
Depuis tout ce temps-là ? Je comprends que ça le contrarie. Pourquoi ?

Mado
Parce que je ne peux pas.

Django
Mais Vous pouvez tout, Maître.

Mado
Je peux ce que je veux.

Django
Donc, Vous ne voulez pas.

Mado
Non!

Django
Comment voulez-Vous qu’on Vous croit, alors ?!
Le bonheur des hommes, c’est bien lui qui le pourrit, n’est-ce pas ?

Mado
Oui.

Django
Et Vous avez tout Votre temps ?

Mado
Oui.

Django
Et Vous ne trouvez pas dans tout Votre temps LA minute qu’il faudrait pour assurer le bonheur des hommes ?

Mado
Avec lui, je ne peux pas!

Django, la tutoyant soudain.
Alors il ne Te reste plus qu’à vouloir!

Mado
Mais comment me parlent-ils, les hommes, maintenant ?!
Je vous ai trop donné, bien avant l’envie.
Vous n’avez jamais tant prospéré et vous ne voyez rien!
En quelques décennies, tout en ravageant ma planète bleue, vous êtes passés à six milliards d’individus et il ne devrait y avoir pour vous plus grande richesse que les gens. La seule dont vous n’aurez jamais fait le tour!
Le Paradis, c’est les autres!

Puis, désignant Le Pire:

Sans lui.

14/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre IV -

Livre IV

Django, depuis la cuisine.
Mesdames et Messieurs, veuillez vous lever, s’il vous plaît.
La Cour!

Tous se lèvent. Django vient trôner derrière son comptoir.
Il s’est affublé d’un vieux rideau rouge en guise de robe, retenue autour du cou par une embrase blanche au bout de laquelle pendent deux glands dorés.
A la main, en guise de maillet: une louche.

(A Mado) Vous pouvez vous asseoir.
(A Lucifer) Vous aussi.
(Au Pire) Accusé, restez debout, ça vous évitera de vous relever.
La Cour appelle l’Affaire Le Pire contre l’humanité.
Vous vous appelez en ce moment Simon-Oussama-Joseph-Radovan-Adolphe-Ygal de Torquemada-Polpot.
Vous comparaissez devant ce tribunal sur la plainte conjointe de Dieu, du diable et des auteurs de cette pièce pour meurtres, tortures, déportations, prises d’otages, séquestrations, incitations à la haine et à l’émeute, dégradations de biens publics et sévices de toutes natures.
L’instruction a établi votre entière responsabilité dans le massacre de la Saint-Barthélémy, celui des albigeois, des indiens d’Amérique, dans la persécution systématique des populations juives et tziganes depuis la nuit des temps, ce qui naturellement n’attire pas particulièrement la faveur du tribunal ni, croyant le connaître un peu, du public de Fleuryland.
Vous comparaissez tout autant pour votre implication dans toutes les guerres en général et dans la dernière mondiale en particulier au cours de laquelle, avec l'holocauste, vous vous êtes surpassé. J’abrège nécessairement sinon nous y serions encore le mois prochain.
Vous êtes défendu par Maître Dieu.
L’accusation est représentée par Maître Lucifer, procureur de la République.

Lucifer
Pardonnez-moi, Président...
C’est bien cela, mais si vous me permettez, c’est mal articulé.
Ici, plus que jamais, il convient de bien détacher les mots. C’est: L’Art est Public!
Autrement, il y aurait outrage aux jurés.

Le Pire
Il y a déjà!

Django, au Pire.
Taisez-vous!
La parole est à l’accusation.
Monsieur le Procureur, avons-nous des témoins à charge ?

Lucifer
Monsieur le Président, vous les avez éteints tout à l’heure.

Django
Eteints ? Moi ?!

Lucifer
Au début de la pièce, vous avez coupé le journal radio, n’est-ce pas ? Et bien c’est là qu’ils étaient, les témoins à charge. Tout le temps. Partout. (Au Pire) D’ailleurs, “Je suis partout!”, c’était bien ton journal, non ?

Le Pire, à Lucifer puis à Mado.
Parce que toi, tu es nulle part ?!
Et Toi non plus bien sûr. (Fouillant dans sa sacoche et en sortant une bible.) Il me semble pourtant que j’avais déjà lu ça quelque part... Comment disait-on déjà ? Ha oui! Ubiquité! C’est vrai que d’un coup cela sonne plus “branché”.

Lucifer
Monsieur le Président, Mesdames Messieurs, vous le devinez: je n’ai jamais fait accusateur de ma vie! Il me faudra donc, avant de requérir contre Le Pire, préciser trois points.
D’abord, si ma fonction consiste à pousser les hommes hors des sentiers tracés au nom de la Défense, c’est précisément pour que Celle-ci puisse éprouver les cœurs de celles et de ceux qui prétendent résister à la tentation. Une force sans résistance n’a pas sa raison d’être. Une thèse sans antithèse n’est rien.

Le Pire
En ce cas, je suis Saint Aise!

Django, au Pire.
Je vous accorde que vous avez l’air très “comme il faut”.

Mado
Méfiez-vous, Président: l’habit ne fait pas le moine!

Lucifer
Comme la défense a raison! Ainsi moi, avec mon look, passant dans les milieux huppés pour un saltimbanque, un jouisseur, un faisan, ne suis-je pas après le chien et le cheval le meilleur ami de l’homme ?
La défense n’a-t-elle pas fait dire par une voie autorisée qu’un pécheur repenti entrerait plus facilement chez elle qu’un chameau ne passerait par le trou d’une aiguille ?
Encore faut-il, pour se repentir sérieusement, avoir péché avec application. Aussi tenté-je depuis toujours chacune et chacun avec plus ou moins de bonheur et souvent bien du mérite, car tenter un gros pou au risque qu’il accepte, je vous jure que parfois ça mérite l’auréole!

Le Pire
Tu veux la mienne ?

Lucifer, ignorant Le Pire.
Secondement, la tentation ne fait de mal à personne. Y succomber non plus. Au contraire. Seul le remords peut être douloureux. Vous conviendrez qu’il n’est pas de mon ressort. Je ne laisse, pour ma part, que des regrets.

Troisième point et synthèse: la Vie!!!
Il faut considérer que chacune des victimes de l’accusé me prive moi-même d’une âme potentielle. J’aime la vie simplement parce qu’on ne fait pas pécher les morts. Même s’il parait établi que les pendus bandent plus fort que les autres. Hélas, ils ne bandent plus que pour des prunes et vous conviendrez, Monsieur le Président, que c’est pur gâchis!

Maintenant que les bases de la vérité sont établies, (Mado pouffe de rire) venons-en à ce qui nous occupe : “Abissus abissum invocat”.

Django
Pardon ?

Le Pire, à Django puis à Lucifer et Mado.
C’est du latin. “L’abîme appelle l’abîme.” L’abîme ne fait pas le moine non plus, Président.
Sans moi, tout vous serait trop facile. Remerciez-moi, plutôt, de vous rendre la tâche plus noble! Il faut bien des bourreaux quand on veut des martyrs.

Django, hurlant.
On se passerait volontiers des martyrs! Donc selon vous, pas de peine, pas de travail ? Pas de souffrance, pas de talent ? Pas de goulag, pas de Soljenitsine ? Pas d’horreur, pas de grandeur ? Et sans Hitler, De Gaulle aurait été cantonnier, peut-être ? Au fou!!!

Lucifer
Monsieur le Président vous avez fort bien résumé les défauts de raisonnement de l’accusé qui nous font craindre le pire.

Le Pire
Craindre ? Mais sans moi il ne vous reste pas grand chose. Vous-même, Président, sans solitude, pas de clients. Pas de recettes. Et sans mes rois, vous ne prenez jamais la Bastille! Sans tyrans, vous êtes des nuls!

Django
Non non non! Pas besoin de tyrans pour le Progrès! Pendant des milliers d’années, il a fallu faire des kilomètres pour franchir les rivières. Puis nous avons fait des ponts. Autrefois, il fallait trois semaines pour aller en Amérique. Et par bon vent, encore! Aujourd’hui, c’est six heures en avion. Ici, on ne résiste plus qu’à l’air et à la pesanteur et sur la lune, Pierrot n’a jamais été un dictateur. D’ailleurs, on va le voir maintenant. Ce n’est plus lui qui descend, c’est nous qu’on monte!

Mado
C’est beau! On dirait du Moi! On se fait encrasser le mental par l’autre “content-de-lui” et Monsieur le Président nous récure comme vingt cinq Monsieur Propre! Merci, Président!!!

Django
Pas de quoi! Ca m’est venu... tout seul.
Reprenez, Monsieur le Procureur.

Lucifer, sortant un dossier d’on ne sait où, présente quelques photos à Django.
Merci, Monsieur le Président. Je tiens à la disposition de la Cour quelques documents qui étaieront mon accusation majeure qui sera la félonie. Car si le mensonge peut m’être agréable en ce qu’il contient d’imagination, de ruse et d’adresse, je ne supporte pas qu’on trompe sur l’essentiel.

Le Pire
Et que serait-ce donc, l’essentiel ?

Lucifer
Si la vie consiste bien à se rendre le plus agréablement possible de la naissance à la mort, l’essentiel, c’est le plaisir. Or que prône l’accusé ? Les vertus affligeantes de la souffrance, de l’abstinence et de la frustration. Il vous l’a dit tout à l’heure: il doit s’infliger des sévices pour “monter” et considère que tous ici-bas devraient en faire autant.
Mais se fouette-t-il vraiment ? “Décipimur specie recti”.

Le Pire
“Nous sommes trompés par l’apparence du bien”.
Le “Président” appréciera le verbe “tromper”...

Django
Permettez-moi une question, Monsieur le Procureur.

Lucifer
Bien volontiers, Monsieur le Président.

Django
Pourquoi parlez-vous souvent en latin ?

Lucifer
Pour vous faire observer qu’on ne parle plus cette langue morte et enterrée que dans SES églises et dans VOS tribunaux, Monsieur le Président. Le latin, c’est le louchébème du savoir. Le meilleur moyen pour que les peuples ne comprennent pas ce qui se dit par dessus leurs têtes.

Django
En ce cas, si vous pouviez avoir la bonté de me parler en vivant...

Lucifer, tendant une photo à Django.
Dés à présent, Monsieur le Président, et en images.
Sur cette première pièce à conviction, vous reconnaîtrez l’accusé parfaitement éméché, en galante compagnie et dans une position sans équivoque.

Le Pire
Un faux grossier, Monsieur le Président! C’est Germaine, ma secrétaire. Elle n’a jamais voulu!

Django
Qu’une femme ne veuille pas, ça empêche rarement chez vous...

Le Pire
Germaine, ce n’est pas pareil! C’est comme Mado: je veux qu’elle veuille aussi. Avec une guêpière, des bas, des talons... (Désignant Lucifer) Tout ce à quoi il a droit, lui! Mais pour moi: jamais! Rien à faire! Rien!

Mado, séductrice, au Pire.
Comment ?! Tu ne m’as jamais aperçu avec ma guêpière ? Pas une dentelle ? Pas de balconnets ? Rien ? Vraiment ?!
Mais alors, je comprends, maintenant! Tu es jaloux!
Et c’est ça qui te rend méchant.

Lucifer, jaloux à son tour.
Arrête ça, Mado! Je lui en ai déjà mis quelques jolies sur sa route. Il ne les regarde même pas. Enfin, c’est ce qu’il dit...
Quant à ta guêpière et tes longs jupons, moi non plus je ne les vois pas souvent. Et Dieu sait si le séducteur aimerait bien être séduit de temps en temps!

Mado
Je propose.

Lucifer
Peut-être, mais je ne dispose pas souvent.

Le Pire
Moi, jamais!

Django
Moi, si. Des fois. Enfin, je veux dire... Avec des terriennes seulement.

Lucifer
Dis-donc, Mado, c’est moi le tentateur, mais on dirait bien que c’est Toi la tentation!

Mado, furieuse, marchant sur Lucifer.
Mais qu’est-ce que tu me racontes ?! C’est de ma faute si chaque fois que je me laisserais bien tenter moi-même tu es on ne sait où ? Avec on ne sait qui ?
Seulement tu n’es jamais là où l’on te cherche!

Lucifer, pleutre, désignant Le Pire et reprenant.
Lui non plus! Voici d’ailleurs, Monsieur le Président, sur une autre photo, l’accusé sortant d’une banque suisse alors que tout le monde le croyait au Pakistan. Il y en a comme ça tout un album que nous pourrions titrer: “Faîtes ce que je dis, mais pas ce que je fais”.

Le Pire
Ce n’est pas de ma faute! Puisque c’est Elle qui m’a créé à Son image, c’est Elle qu’il faudrait accuser. Pas moi.
Moi, j’ai toujours essayé de faire de mon mieux.

Mado
Lui ?!! Créé à mon image! Vous l’avez entendu, celle-ci ?! Ne me dîtes pas que je ressemble à ça!
Mais où vas-tu chercher tout ça ?!!
Monsieur le Président, je sollicite une suspension de séance pour m’entretenir avec mon client sinon, ça ne va pas être possible.

Django
Accordée.

Mado saisit Le Pire par le bras et l'entraîne au bout du comptoir pour une conversation silencieuse en tête-à-tête.
Lucifer profite de leur absence pour tenter d’influencer Django.

Lucifer, confidentiel.
Je profite de cette pause pour indiquer à Monsieur le Président qu’à l’issue du procès, Monsieur le Président et moi-même avons rendez-vous avec deux très jolies artistes réfugiées sans papiers, dont Monsieur le Président regretterait sans nul doute qu’elles soient reconduites dans leur pays d’origine ainsi que l’accusé et ses disciples le préconisent. J’ai déjà beaucoup parlé de Monsieur le Président à ces jeunes femmes et elles brûlent de faire sa connaissance.

Mado, revenant.
Qu’est-ce que tu trafiques encore, l’accusateur ? Je ne peux pas m’expliquer deux minutes avec mon client sans que tu tentes de soudoyer le tribunal ? Décidément, tu as le diable au corps!

Lucifer
Hé...

Django
Attention, Maître. Vous insultez le Tribunal. Je ne suis pas soudoyable. Incorruptible!

Lucifer, concluant puissamment.
En conséquence, Monsieur le Président, fondé sur le fait que tout ce qui ne nous aide pas à rendre la vie jolie contribue à la pourrir, je requiers contre le prévenu la sentence la plus forte que vous pourrez imaginer, assortie d’une peine incompressible d’au moins dix mille ans afin que la défense, moi-même et les médias puissions prendre enfin quelques vacances!


Demain, 15 Août, plaidoirie et verdict...

13/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE - Livre III (2)

Livre III - 2


Lucifer, à Mado.
Tu sais, Mado, tu n’as pas le monopole de sa diffamation. Qu’est-ce que je n’ai pas entendu sur mon compte ?! Franchement: est-ce que j’ai les pieds fourchus ? Les oreilles en pointe ? Bon, la grande queue, d’accord. Mais les cornes...

Le Pire
Ben quoi, les cornes ? Comme tout le monde...

Lucifer
Pardon ?

Le Pire
Comment ? Tu n’es pas au courant ?
C’est normal.
On l’apprend toujours le dernier...

Lucifer
Quoi ?!!!
Qui ???
Avec Elle ?!!!

Le Pire, compatissant.
Oh toi, tu es bien au-dessus de tout ça. Ca ne te fait pas mal. Pas à toi.
Si ?
Excuse-moi. Si j’avais su... Mon pauvre vieux.

Lucifer
Où ? Quand ? Avec qui ?

Le Pire
Sous les toits. Une chambre minable.
Il n’y a pas quinze jours.
Avec un jeune poète.
C’est vrai qu’il a quelque chose...

Lucifer
Qu’est-ce qu’il a de plus que moi ?

Le Pire
Il est jeune.
Et puis il a quelque chose que tu n’as jamais eu et qu’Elle aime beaucoup: il est... Rrrah! Le mot m’échappe...

Lucifer
Beau ?

Le Pire
Oui. Mais ce n’est pas ça.

Lucifer
Plus beau que moi ?

Le Pire
Oui, beaucoup plus. Mais ce n’est pas cela.

Lucifer
Brillant ?

Le Pire
Non! Alors ça, non. Au contraire. Un turlupin...

Lucifer
Rassurant ?

Le Pire
Ca y est je le tiens! Naïf! Il est naïf.

Lucifer, essuyant une larme.
Alors là, d’accord. Ca, je ne peux pas.
Mais ça, ce n’est pas honnête!

Mado
Lulu ? Mon Lulu ?!! Tu ne vas pas me faire un chagrin ?
“Il était jeune, il était beau,
Il sentait bon le ticket de métro,
Mon jeune poète...”
J’ai fait tout comme tu dis...

Lucifer, se reprenant.
Bien. C’était comment ?

Mado
Beaucoup mieux que d’habitude! Il m’a remonté au septième.
Enfin, pas ce soir-là. Il était là, tout seul, dans sa petite chambre. Avec sa petite ampoule de vingt cinq watts. Son petit frigo vide. Des larmes plein les yeux. Le coeur et l’esprit en jachère. La page blanche. Je n’ai pas supporté. Je suis venue. Je lui ai entrebâillé le ciel et là, il a vu que c’était possible.

Le Pire
Il a piqué l’idée et ça s’est très bien vendu. Depuis, il croit que c’est de lui. Maintenant qu’il a du succès, ce petit scribouillard ne veut plus la voir.

Lucifer, à Mado, mentant éhontément.
Mais tu sais que tu me fais plaisir, toi ?! Alors on se dévergonde ? On batifole ? On trampoline et on aime ça ?

Mado
Avec lui on ne déteste pas. On en reprendrait bien, même. Il était tendre, lui. Et attention, Lulu! Celui-là, c’est chasse gardée!

Lucifer
Ca tombe bien. Moi, c’est braconnage à tous les étages.

Le téléphone sonne.
Django, décrochant.
Tiens... Il est dénoué! Et il marche en plus... Allô ?

On entend des sons étranges sortir de l’appareil.

Django
Madame Dieu, ça doit être pour vous...

Mado
Allô ? Ha c’est vous ?! Je vous le passe. Lulu, c’est pour toi.

Lucifer
C’est qui ?

Mado
Devine...

Lucifer
Allô ? ... Maman !
(A voix basse, allant à la cour.) Non Maman, s’il te plaît. Je ne suis pas seul...
Oui Maman, j’ai bien mangé... Qu’est-ce que j’ai mangé ? Mais je ne sais plus, Maman. C’était il y a trente ans au moins...
Oui, je sais, Maman, je devrais venir te voir plus souvent...

(A Django, à voix haute.)
C’est ma secrétaire!

(Reprenant à voix basse.)
Mais je ne peux pas! J’ai du travail, Maman... Ha ne me reproche pas mon travail, Maman! Tu scies la branche sur laquelle nous sommes assis...

(A Django, même jeu)
Juste une seconde. Elle me fait écouter mes messages.

Non Maman, je n’ai pas eu le temps d’aller chez le coiffeur...
Oui Maman, je sais de quoi j’ai l’air...
Non Maman, je ne peux pas venir ce soir...
Hé bien fais ranger ma chambre par Madame Choukroun et garder mes petits frères par Madame Cohen...
Il faut que je raccroche, là, Maman...
Au revoir, Maman... Oui, je t’embrasse.
Oui, tendrement...

Il raccroche péniblement et rapporte le téléphone au bar.

A Django.
Elle est folle de moi!

A Mado.
Tu voulais me demander ... ?

Mado
Non. Rien. Avec ta “secrétaire”, je ne pourrai jamais.

Lucifer
Ne dis pas de mal de Ma... secrétaire !

Le Pire
Tu vois ? Elle ne veut pas de toi, vieillard lubrique. Tu n’es pas son bon plaisir.

Lucifer
Plaisir ? Plaisir ! Qu’est-ce que tu sais du plaisir, toi ? Toutes les femmes t’envoient promener!

Le Pire
Les femmes, les femmes... C’est normal! Elles sont toutes avec toi!

Lucifer
Non! Il m’en manque quelques unes qui sont dans le camp de Mado et dont je négocierais volontiers le transfert. Mais toi, ne t’étonnes pas qu’elles ne veuillent rien savoir de tes balivernes. Celles qui sont chez toi y sont contraintes et forcées, ou totalement embrigadées. Tu les considères comme des bestiaux Tu es triste. Tu es laid. Tu es aussi nul que tu es méchant. Tu ne sais pas quoi inventer pour les enfermer, les voiler, les violer. Tu ne voudrais pas qu’elles t’aiment, en plus ?

Mado
Nous sommes en plein dedans. Le procès peut commencer. Alors (Au Pire) toi, tu as compris: tu seras l’accusé.

Le Pire
Je veux un avocat.

Mado
Tu vas en avoir un.

Le Pire
Qui est-ce ? Ce n’est pas Maître Gerves, au moins ? Celui-là, quand il te défend, c’est que tu es fichu.

Mado
Non. C’est moi.

Le Pire, bas à Mado.
Ha, je comprends mieux. Tu veux lui jouer le coup à l’envers. Comme avec Toi je ne peux pas perdre... Je n’aurais donc pas fait tout ça pour rien.
(A voix haute) Ca me va! Viens-y un peu, mon petit Lulu!

Mado
Toi, Lulu, tu seras l’accusateur!

Lucifer
Ca me changera...

Mado
Et toi, Django, tu seras le juge.

Django
Ha mais non ! Je ne peux pas, moi. Je suis dans le commerce, Monsieur est client et le client est roi.

Mado
Citoyen, c’est toi son client potentiel. Et c’est d’abord toi que ça regarde. C’est ta vie qu’il pourrit, et à la première occasion, c’est ta vie qu’il t’enlève, mon petit manouche. La mienne, il la contrarie tout au plus. Il me gâte le beau. Il me rapetisse l’espoir que j’avais mis en vous. Je ne suis descendu que pour t’aider encore.
Faut-il que je t’aime! Parce que moi, ce soir, là-haut, j’avais les cérémonies du trentemillenaire du premier bal dans les grottes de Lascau! Avec Mozart au piano, Reinhart à la guitare, Armstrong à la trompette et la môme Piaf au chant. C’est te dire si ça va swinguer! Dans un décor de Michel-Ange, des feux d’artifices de Vinci et une mise en scène de Molière. Avec un buffet monté par Rabelais, Brillat-Savarin et le marquis de Sade! Après, Lautrec m’avait promis un nu de moi sur son canapé! Je me demande si tu te rends compte de ce que je lâche pour toi. Je me demande...

Django
Le marquis de Sade est là-haut ?

Mado
Bien sûr! Il a une suite. Avec des anges mâles et femelles. Parce que donnes-moi une seule bonne raison pour avoir des anges asexués. C’est encore une sottise de l’autre malade, là. Selon lui, au Paradis, de radada nenni! Mais ce serait l’enfer!

Lucifer
Dis donc, Mado, n’en fais quand même pas trop. Ôte-moi un doute. Le jeune poète, il n’était pas au programme, là-haut ? Tu sais qu’à moi Tu peux tout dire. Qu’est-ce que Tu fais après le procès ? Tu remontes tout de suite ? Tu n’irais pas des fois nous traficoter le prix Goncourt dans une petite chambre sous les toits avec un jeune poète, n’est-ce pas ?

Mado
Ca me ressemble...

Django
Moi, votre poète, je m’en fous! C’est d’être juge, mon problème! On est six milliards sur la planète et il faut que ça tombe sur moi! Je n’ai jamais rien gagné au jeu et là, je ne joue pas et je le touche dans l’ordre! Merci!!! Mais pourquoi moi ?!!

Lucifer
Parce que toi, tu es tout le monde. Aussi bon et pourri que n’importe qui. Quatre soldats en permission entrent dans ton bistro et il faut que tu nous en saoules deux. Mais un marmot passe devant ta porte à quatre heures et pour peu qu’il soit un peu maigrichon, il n’y a rien ni personne qui t’empêchera d’aller lui beurrer une tartine. On le sait. On a essayé. Je ne peux pas compter sur toi. Tu es autant à moi qu’à Elle. Tu n’es pas gérable!

Mado
Pour un juge, c'est la moindre des choses...

Django
Bon. Puisque je n’ai pas le choix... Je reviens.

(Il disparaît dans la cuisine)

Le Pire, allant s’asseoir et consultant un code sorti de sa sacoche.
Il est bien ce troquet. J’aurai tout vu. Accusé par le diable, jugé par un suspect...

Lucifer, bas à Mado.
On va se le payer, l’intégriste.

Mado
Tu crois ? Ce n’est pas gagné d’avance. Si nous en sommes là, c’est tout de même parce qu’il devient dangereux. Il attire de plus en plus de monde.

Lucifer
Tu veux que je te dise ? On a été trop égoïste. Toi avec tes oiseaux, tes arcs-en-ciel, tes poètes... Moi, je le reconnais, avec mes sabats, mes bacchanales, mes orgies...
Le nez dans nos rêves, on n’a rien vu venir.

11/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE. Livre III (1)

Livre III


Une lumière rouge de plus en plus intense transperce les vitres de la porte d’entrée.
On entend s’arrêter un court instant la troupe des Harley Davidson.

Lucifer (off)
Salut mes petits loups! A plus tard! Peut-être...

Le cortège redémarre et s’éloigne. Des pas s’approchent dans la nuit.
Django effaré derrière son comptoir.
Assis sur un tabouret bas, Le Pire se racrapote sous un regard haineux.
Seule Mado prend ostensiblement plaisir à l’arrivée “grand spectacle” du diable.

Alors que les trois regardent vers la porte du bar, Lucifer, rock star, arrive au milieu du public.

Lucifer, à un spectateur.
Ha tu es là, toi ?!! C’est pourtant ton soir de poker ?! Qu’est-ce que tu fais au théâtre ?

à une spectatrice.
Et toi ? Qu’est-ce que tu fais dans ce pantalon ? Tu ne comptes pas me les faire pécher sans y mettre un peu de cuisse, tout de même ?!! La tentation, ça se travaille!!! Allez zou! Va te changer! Mini-jupe, talons, bas-couture. Hop hop hop!

à ceux du fond.
Mais... Qui je vois là ? Ce sont mes banquiers ! Ca va, mes voleurs ? La journée a été bonne ?
La nuit sera meilleure!

à tous, se frayant un passage pour atteindre la scène.

Place, mes enfants! Voyons, laissez-moi passer, mes petits. Mais oui je vous aime. Je serai tout à vous, tout à l’heure...

considérant Mado venu l’accueillir à l’avant-scène.
... Peut-être...

Lucifer, sautant agilement sur la scène.
Amis du club, bonsoir!

Lucifer prend la main que lui tend Mado et la baise longuement. Le Pire frise l’apoplexie. Django est éberlué.

Mado, retirant sa main.
Lulu, voyons...

Lucifer, la détaillant avec insistance des pieds à la tête.
Oui... Plus tard... Peut-être...
Puis, jetant sa cape sur le comptoir.
Django, champagne!

Django
Wahou la classe!

Lucifer
Non. Pas la classe. L’ordinaire. Le champagne, c’est le galbe du téton qui te manquait sous la paume. “Plus rien sous la main de l’homme! Plus de fesses, plus de cuisses, plus de tétons! De la salope de dinde!!!”
Mais quand le téton manque, quand la fesse fait défaut, appelle-moi! Ou invente-les! L’antidote est dans les bulles, frère de la nuit! Flibustier! Marchand de rêves! Oh que je t’aime, toi!

Django
Et moi donc, Monseigneur...
Comment dois-je appeler Monseigneur ?
Prince des Ténèbres? Méphisto ? Lucifer ?

Lucifer
Voyons, mon petit, tous les barmen m’appellent Lulu.

Mado retourne s’asseoir au comptoir. Lucifer la suit des yeux puis se précipite vers elle.

Lucifer
Ha Mado! Ma belle Mado!! Ma déesse!!! Mon amour...
Mon Dieu que tu es belle ce soir! Et puis quel temps idéal tu nous as fait! Pour une fois que nous nous retrouvons ensemble à Fleuryland... Il faut que je t’embrasse.

Mado
Vade retro, Don Juanas! Tu vas nous mettre en retard.
D’ailleurs tu es en retard.

Lucifer
En retard ? Mais que veux-tu, j’ai un oeil sur mes affaires, moi! Je travaille, moi.

Mado
Trop!

Le Pire
Alors, on commence ?

Lucifer
Ha tu es déjà là, toi! Bonsoir, tristesse.
Dis-moi, je ne t’ai aperçu nulle part aujourd’hui. Tu étais malade ou tu nous conspirais un mauvais coup ?

Le Pire
C’est toi qui me dis ça ?!!
Mais au fait, Mado, qu’est-ce qu’il fait ici, le tentateur ? On n’avait pas besoin de lui pour lui règler son affaire!

Mado, à Django.
Comme tu vois, Monsieur est soucieux du droit. Tu noteras son attachement à la défense...

Le Pire
Mais enfin, avec tout ce qu’il a fait, tu ne voudrais quand même pas qu’il se défende!

Mado
Ce ne sera pas à lui de se défendre.

Le Pire
Comment ?!
Mais alors c’est le procès de qui ?
Qu’est-ce que vous avez maquillé ensemble ? Tous les deux. Derrière mon dos. Contre moi, forcément...

Mado et Lucifer opinent du chef.

Le Pire
Mais enfin, qu’est-ce que vous me voulez ?

Mado et Lucifer, ensemble.
T’éviter !

Le Pire, à Lucifer.
Eviter Le Pire?! Et pour l’éviter, tu le fais venir ? Tu baisses, mon garçon.
Remarque, ça fait bien mon affaire.

Lucifer
Ca, on le verra à l’issue de ton procès, mon petit “vieux”.

Le Pire
Mon procès! On croit rêver...
Mais à la fin qu’est-ce qu’on me reproche ?
Et d’abord, sur la plainte de qui ?

Mado
Sur la mienne! Pour fanatisme, barbarie, féodalité et diffamation.

Lucifer
Jointe à la mienne pour tristesse, ennui, sinistrose et lugubrisme.

Django
Lugu quoi?

Lucifer
Lugubrisme: théorie, pratique et militance du lugubre.
Regarde-le: il est lugubre.
Lugubre, c’est ça.

Le Pire
Mais enfin il n’y a rien dans les codes contre ça, que je sache!

Puis, chantant:

“Je suis lugubre, voilà ma gloire
Mon existence et mon soutien!”

Mado, à Django.
Rien dans vos codes contre ça ? Voilà peut-être enfin un travail sérieux pour votre parlement...

Le Pire
Mais pourquoi, Mado ? Pourquoi ?
Ca te dérange que je milite pour Toi ? Que je fasse tout pour que Ton règne vienne ? Que ma volonté soit faîte ? Que je remporte de mon mieux les élections démocratiques en enfer ?

Lucifer
Coment-pardon? Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’élections démocratiques en enfer ? Ici ? Sur terre ? Chez moi ?

Le Pire
Ha là, il n’est pas tranquille, l’histrion Lulu! Nous connaissions le crétin des Alpes. Ce soir nous ne doutons plus qu’ily en ait un autre: le crétin des enfers! Pourtant, il devrait bien le sentir qu’ils en ont marre, ses sujets, de ses réjouissances! C’est Mado qu’ils veulent! Avec moi comme premier ministre!!! J’ai du monde derrière moi, et tu le sais!

Lucifer
C’est pour ça qu’on est là. Toi comme premier ministre, il n’en est pas question. Tu es le pire qui pourrait arriver aux hommes comme aux dieux. D’ailleurs, les souvenirs que tu as laissé à chaque fois qu’on t’a un peu laissé faire...

Le Pire
Quand vous m’avez vu à l’oeuvre, il y avait tout de même moins de débauche! Moins de corruption!

Mado
Mais as-tu vu ce que ça m’a coûté en vies humaines, en souffrance, en temps perdu ? Et il n’y avait pas moins de corruption. Vous étiez seulement moins nombreux à vous en partager discrètement davantage. C’est tout.
Tu as tout bâti sur le mensonge. Qu’est-ce que tu as été leur faire croire, aux juifs ? Que je n’avais rien de mieux à faire que de surveiller s’ils ne bossaient pas pendant le shabat !
Aux musulmans qu’ils me manquaient des respect s’ils mangeaient du jambon!
Aux chrétiens qu’il fallait absolument que la mère de mon fils soit vierge!
Non mais ça ne va pas bien, dis ? Tu te rends compte du genre d’abrutie pour qui tu me fais passer ? Ce n’est pas une image de Dieu, ça! Tout au plus celle d’une employée de bureau maniaque!!!

Piano

Alors que je passe mes journées à vous retoucher les plumes des oiseaux.... A vous arranger doucement la courbe d’un ballon des Vosges... A vous bricoler des couchers de soleil qui me font chialer Van Gogh au paradis...

Moderato

Et toi, t’es là, grosse buse, à les assurer que l’une des seules choses qui comptent pour moi, c’est qu’on cache une femme sous un clapier à lapin, qu’on cisaille la zigounette d’un petit garçon ou le clitoris d’une petite fille pour me faire plaisir ? Mais décidément tu es dingue! Tu imagines une seconde, une seule, que ça m’amuse de vous voir charcuter des enfants en prétendant que ce serait moi qui l’aurait demandé ? Tu me prends pour qui ? Pour Gilles de Ré ? Tu dirais ça à un cheval de bois, il te donnerait des coups de pieds!

Le Pire
Mais tes écritures, Chérie...

Mado, fortissimo.

QUOI, MES ECRITURES ?!!
QUOI, MES ECRITURES ?!!!
Tu n’as jamais changé d’avis, toi, sur tout ce que tu as écrit ? Non, hein ? C’est à ça qu’on reconnait les imbéciles: ils ne changent JAMAIS d’avis.
MAIS MOI, C’EST DIEU, NOM DE DIEU!
(Merci, Clavel.)
TU COMPRENDS, CA?
Ca, tu le comprends, n’est-ce pas ?
Alors écoute-moi bien et, si tu sortais d’ici tout à l’heure, va le répéter à la foule des pauvres gens qui t’écoutent:
JE - NE - SUIS - PAS - L’AHURIE - QUE - TU - RACONTES - PARTOUT!
JE - CHANGE -D’AVIS, MOI!

Le Pire fait le gros dos sous la douche céleste qui s’achève, comme elles font souvent, pianissimo.

Et puis qu’est-ce que c’est que cette histoire ? J’aurais demandé à Abraham d’aller égorger son fils sur une montagne pour me prouver qu’il m’aimait par dessus tout, et arrivé là-haut, je lui aurais crié: “Stop! Poisson d’Avril!” Tu veux quoi, exactement ? Me faire passer pour le plus lamentable des comiques ? Parce que ça, ce serait le pire, Le Pire! Dieu, sans humour, voilà le blasphème!

Le Pire
Mais justement, nous les avons beaucoup travaillé, Tes écritures...

Mado
RENDS-MOI MES LETTRES !
D’ailleurs, elles ne t’étaient pas destinées.
Toi et tes scribes vous écrivez tellement mal! Tellement embrouillé! Sans poésie! Sans humour!...
Alors que je ne suis que ça: Amour, Artiste...

Le Pire, bas, comme soufflant les mots.
Tolérance.

Mado
Tolérance.

Le Pire, même jeu.
Miséricorde.

Mado
Misericorde.
Arrête de me souffler mes répliques! Si j’avais besoin d’un chargé de communication, ça se saurait!

Le Pire
Mais c’est moi ta meilleure plume, Mado!

Mado, outrée
Pardon ? C’est l’oeuvre qui se moque de son créateur? C’est le bouquet!
Avec les champignons vénéneux, je savais que je n’avais pas vraiment réussi mon coup.
Avec les plantes carnivores non plus. D’ailleurs, j’ai le syndicat des papillons qui grogne...
Mais avec celui-là! Comment ai-je bien pu me gourrer dans la formule comme ça ?
Ce n’est pas un homme, c’est une erreur.
Pire, c’est une faute.
Pire encore: c’est une faute de goût!

Django, bas à Lucifer.
C’est ça, une colère de Dieu ?

Lucifer
Non. Ca, c’est juste une mise au point. Mais s’il a la mauvaise idée de répondre maintenant, tu pourrais en voir une vraie. Ce que je ne souhaite à personne.
Comme quoi je suis loin d’être aussi mauvais qu’on le prétend...

A suivre...

10/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE. Livre second.

Livre II


Simon-Oussama-Joseph-Radovan-Adolphe-Ygal de Torquemada-Polpot est moyen.

De partout.

Sur lui, toute couleur paraîtrait terne. Il fane tout.
Sous son grand capuchon, avec sa croix épinglée sur sa robe de moine-soldat décorée des pires ordres qui soient, sa sacoche au bout du bras, à petits pas, gris, il entre.

Mado
Tu n’es pas en retard.

Le Pire, obséquieusement.
Je ne me pardonnerais jamais de Te faire attendre.

Mado lui arrache la croix et la jette violemment loin d’elle.

Mado
Mais décidément!!! Ôte-moi cette saloperie d’instrument de torture! Tu t’imagines que ça me fait plaisir d’avoir le souvenir du martyr de mon fils sous le nez tout le temps, abruti ?! Tu ne pourrais pas porter la Légion d’honneur, comme tout le monde ?

Django, se servant un verre de “costaud”
J’imagine que Monsieur est le diable ?

Le Pire
Vous n’y êtes pas du tout, mais vous brûlez déjà.
Je me présente : Simon-Oussama-Joseph-Radovan-Adolphe-Ygal de Torquemada-Polpot. Mais Elle m’appelle “Le Pire”. Sans que j’ai jamais trop bien compris pourquoi puisque je suis son plus dévoué fanatique et que pour Elle, j’ai de grands projets: bientôt, je vais renverser le Diable!

Django
Oui. Bien sûr! Un coup d’état aux enfers!!! Mais bien sûr! Évidemment! Naturellement! Bien sûr!...
Excusez-moi, j’ai un coup de téléphone à donner...

Mado
Un coup de téléphone? A qui? Pour quoi faire?

Django
A l’hôpital des fous pour m’assurer qu’ils vous ont bien recomptés avant de vous mettre au lit!

Django s’empare du téléphone et constate que le combiné est noué comme le canon du revolver.

Django
Ha ben non! Pas toutes mes affaires, quand même!

Mado, au Pire.
Tu bois quelque chose?

Le Pire, désignant Django.
On peut parler devant lui ?

Mado
Ne t’inquiètes pas. Il n’a pas été choisi au hasard.

Le Pire, s’asseyant sur le tabouret bas et fouillant dans sa sacoche.
Choisi ? Un barman ! Un débaucheur ! Un pourvoyeur de cirrhose ! L’élite... Tu nous gâtes.
Sortant une fiche.
Ah, le voilà ! Alors... Vous vous appelez Django Novak. Manouche, ancien guitariste reconverti dans le commerce des alcools. Bravo! Bel enchaînement de débauches... Votre bistro s’appelle: “Au bonheur des hommes”

Django
Et alors ? Il n’y a pas de mal à cela!

Le Pire
Si!
Maintenant que vous savez en face de Qui vous avez l’extravagante chance d’avoir l’immense privilège de vous trouver, je vais vous dire comment ça marche.
Le bonheur sépare de Dieu. Il est stérile. Seule la souffrance élève l’âme. Moi, par exemple, pour m’en approcher, je me fouette. Je marche pieds nus dans la neige. Je me vautre face contre terre, les bras en croix sur le carrelage glacé et là, Monsieur, je monte.

Django, à Mado
C’est vrai, ça ? Hors la douleur, point de salut ?

Mado, séductrice, prend Django par le menton.
C’est de ça que j’ai l’air ?

Elle l’attire vers Elle et lui donne un baiser.

Le Pire, occupé à disposer sur la table basse un petit autel avec des ustensiles sortis de sa sacoche, n’a pas vu le baiser et croit rassurer Django.
Ne vous inquiétez pas. Elle en repêche quelques fois. Elle a ses exceptions culturelles et si, malgré votre parcours déplorable, vous avez eu l’insigne privilège d’avoir l’immense honneur d’être choisi par Sa Très Grande Immensité

Mado
Mais arrête de me lécher les escarpins!
Qu’est-ce que tu fais ?

Le Pire
C’est l’heure.

Mado
L’heure de quoi ?

Le Pire, tapotant sa montre.
L’heure de la messe. A Singapour.

Mado
Tu ne vas pas me dire une messe, je suis là !

Le Pire
Justement. Tu n’es pas à Singapour.

Il dispose deux burettes sur leur plateau.

Flûte! J’ai oublié! Maître d’autel, je vous prie: un quart Vichy.

Mado
Pour quoi faire ?

Le Pire, désignant les burettes.
Pour la messe.

Mado
Ha non! Pas de Vichy dans les burettes!!!

Mado se précipite sur la table basse et jette tous les ustensiles dans la sacoche qu’elle va rageusement cacher derrière le comptoir.

Mado
Confisqué!

Le Pire, petit garçon.
Oh non! Mes jouets! C’était pour l’âme du Monsieur... Nous sommes venus le chercher pour le remettre dans Ton droit chemin, n’est-ce pas ? Lui faire abandonner toute cette

Mado
Pas du tout! Il fait de l’excellent travail ici et il y a souvent plus d’amour dans son bistro que dans toutes tes églises.

Le Pire
Où je les garde dans l’amour de Toi, tout de même...

Mado
En en dégoûtant l’immense majorité, oui! Quand tu auras compris que la seule façon de m’aimer vraiment, c’est d’aimer les autres, on aura bien avancé, Le Pire.

Le Pire, à Django.
Elle dit ça, mais vous savez, je suis un peu son souffre-douleur. Elle adore ça. Elle est femme, quoi...
Pourtant, quand je pense à tout ce que j’ai fait pour Elle et à tout ce qui me reste à faire...
(Confidentiel) Vous savez, elle coûte très cher! Mais enfin, comme on dit: “Quand on aime, on ne compte pas.”

Mado
Qu’est-ce que tu marmonnes ?

Le Pire
J’expliquais au Monsieur que je T’aime depuis toujours mais que Tu ne veux rien savoir de moi.

Mado
Parce que je te connais comme si je t’avais mal fait. Je sais trop ce que tu représentes.

Le Pire, s’agenouillant.
Ha, j’ai mal de Toi! Te voir, c’est toujours le martyr et martyr, c’est pourrir un peu. Ha! Fi! Poix! La vilaine! Qué cruelle!

Mado
Et ta soeur ?

Le Pire
Tu ne me crois pas ? Tu ne crois pas en moi ?

Mado
Je ne te crois pas, je te constate et je te déplore. Comme une épidémie qui emportera tout le monde si l’on ne fait pas gaffe où l’on prend son pied. Personne ne peut douter de toi: tu es partout. Dans toutes les guerres. Dans le mental de tous ceux qui n’ont rien de plus urgent que de faire péter la planète. Sans penser, ces abrutis, que même les poches remplies de dollars, ils iront eux-aussi danser dans le cosmos.

Le Pire, radieux.
Personne ne peut douter de moi ?!
On dirait du Dieu!
Dieu que c’est bon!!

Django, à Mado.
Il me disait aussi que Vous coûtiez très cher...

Mado
Quoi ?!! Dis-donc, Le Pire, qu’est-ce qu’il me dit, le Monsieur ?

Le Pire
Ben quoi ? C’est vrai! Tu ne vas tout de même pas Te plaindre du tas d’or que je leur fait jeter à Tes pieds... ?!

Mado
Houla! Doucement, le Pire. C’est toi qui ramasse. Moi, je n’ai pas besoin d’argent.

Django
Hé ben moi si! D’ailleurs, à ce sujet, elle reprendra bien un petit quelque chose, Madame Dieu, pour aider sa créature ?

Mado
Fais péter, Django!

Django, rechargeant le demi.
Et une petite mousse pour notre Seigneur, une!
Et le petit Pire, il ne va pas me commander un cruchon d’eau bénite. Ce serait pourtant le moment, mais à cette heure-ci, je ne fais plus la carafe.

Le Pire, à Mado.
On n’est pas venu là pour trinquer, j’imagine. On est là pour quoi exactement ? Pour négocier quelque chose ?

Mado
Pour un procès.

Le Pire, radieux.
Enfin! Tout de même! Tu te décides! Depuis le temps que j’attends ça... Mais là, enfin, ça ne pouvait plus durer. Il est allé trop loin!
Moi, mes troupes sont prêtes pour le grand jour. Je tiens déjà quelques fortins.
Alors pour moi, garçon, ce sera une petite verveine-menthe. Pour garder l’esprit frais! Mains propres et tête claire!
Qu’est-ce qu’on attend pour commencer ?

On entend soudain hurler un loup, hululer une chouette puis arriver au loin un cortège de motos de grosses cylindrées.

Mado
On n’attendra plus bien longtemps. Le voilà.

09/08/2007

L'AFFAIRE LE PIRE. Livre premier.

Au bar "Chez Celeste", transformé en vestiaire pour l'occasion, les femmes ont laissé leur chapeau.
Chacune et chacun a pris place sous la voute du même nom.

La lumière décline lentement sur le public du petit théâtre de plein air de Fleuryland.
Le silence s'installe.
Soudain:
Toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc toc.
Toc.
Toc.
Toc.

Dans la nuit, une voix rauque.
“ Que les damnés obscènes, cyniques et corrompus,
Fassent grief de leurs peines à ceux qu’ils ont élu
Car devant tant de problèmes et de malentendus,
Les diables et les dieux en sont venus
A douter d’eux-mêmes.”
Jacques Higelin - “Champagne”.

Lumière scène.

L’intérieur d’un bar.
Un comptoir surmonté d’une guitare de jazz.
Deux tabourets hauts.
Deux tabourets et une table basse au jardin.

Entrée du bar au jardin.
Entrée des toilettes à la cour.
Entrée de la cuisine à l’arrière.

Django, le barman, est seul.
Machinalement, il essuie un verre en écoutant le journal radio que diffuse un poste caché derrière le comptoir.

Carillon.
Voix 1
Il est vingt trois heures. Le journal vous est présenté par François Arcane.
Voix 2
Bonsoir. Tout d’abord les résultats des élections européennes qui viennent de nous parvenir. On remarque la spectaculaire progression en voix des partis d’extrème-droite dans la plupart des pays. Il est donc désormais à craindre que ces formations contestent dans la rue leur faible représentation au sein des assemblées nationales.

Django, éteignant le poste.
Hé ben ça va aider le commerce, tiens! Avec ces joyeux-là, on ne va pas se coucher tard...
Allez, faut s’habituer: je ferme.

Il ramasse ses clefs, enfile un blouson, jette un dernier coup d'œil circulaire à son comptoir et s'apprête à sortir quand une femme entre.

Son maquillage excessif, sa crinière, sa robe dos nu très sexy, tout laisse à penser qu’il s’agit d’une ”professionnelle” de l’amour.

Django
Non, non, Madame. Je ferme.

Toute poitrine en avant, “Madame” force le passage et va directement s’asseoir sur l’un des tabourets du comptoir.
Django, l’attrapant par le bras, se brûle la main.

Django
Haïe! Ca va pas, non?! C’est une radioactive, celle-là!
Elle nous fait une grosse fièvre, la p’tite dame ?
Y a pas écrit “clinique” sur mon bistro. Dehors!

Mado
Je ne peux pas!

Django
D’accord, mais je ferme!

Mado, posant son sac à main.
Oui... Mais non.
Sers-moi donc un verre. Tu n’as pas rendez-vous. Personne ne t’attend et tu n’as pas vu un client ce soir. Alors tu pourrais faire un petit effort. Pour une fois que je viens faire marcher ton commerce! Et crois-moi, je ne fais pas ça tous les jours...

Django
Bien! Elle va me faire la fermeture pour un Vittel-menthe et faudrait dire merci? Hé ben merci! C’est le bingo et je le touche au grattage.

En bougonnant, Django va pour fermer la porte au verrou.

Mado, sans se retourner.
Popopop. Laisse ouvert. J’attends du monde.

Django, renonçant à fermer et retournant derrière son comptoir.
Alors... En ce cas...
A propos de “grattage”, je peux ? J’espère que les clients de “Madame” ne viennent pas pour gratter “Madame” dans mon établissement. Il n’y a pas écrit “Bordel” sur mon enseigne non plus, même si la maison sera close dans quelques instants.

Mado
Ne t’inquiètes pas. Tu es protégé.

Django, crescendo.
Personne ne me protège, Madame.
Ici, Madame, nous frôlons le cataclysme financier tous les soirs. Si l’ONU voyait mes comptes, elle m’enverrait les casques bleus, Madame!

Rendez-vous compte! Bientôt le couvre-feu, Madame! Puis, si ça doit s’arranger, ça n’en prend pas le chemin.
Ils sont foutus, Madame! Ils ont peur de tout. Ils mangent allégé, ils boivent sans alcool, ils baisent sans amour... J’en connais même, Madame, qui mettent des boules Quiès pour écouter la musique parce que le walkman, ça rendrait sourd!

Suspicieux, il contourne son comptoir et s’approche de Mado.

D’ailleurs vous-même, avec une ligne pareille, vous vous privez de tout! Pas de blanquette! Pas de ris de veau! Pas de crème! Pas de beurre! Pas de sauce! Pas de gâteaux!
Juste des bouillons, des thés, des litres d’eau minérale! Et par là-dessus sans doute de l’aérobic, du vélo, du jogging, du cyclo-rameur, peut-être... Madame pagaie dans la baignoire. Madame descend la moquette en rafting...
Et par dessous, de la gaine, du slipforme, de la silicone peut-être! Le téton maigrit, mais la poitrine augmente! Au voleur! Publicité mensongère!! Trompe-coquin!!! Félonie.
Du vent sous la main de l’homme. Plus de fesse, plus de cuisse, plus de tétons! De la salope de dinde!!!

Mado
Pardon ?!!

Django
De l’escalope de dinde...
Alors évidemment, dans cette joie de vivre, Madame comprendra que nous mordons la poussière et que si j’étais protégé, moi, je le saurais.
Et si je le suis, bénis soient ceux qui ne le sont pas. Qu’est-ce que ça doit être ?!!

Retournant derrière son comptoir en grommelant.

Protégé. Moi. Mais par qui, Grand Dieu ?
Par ton rendez-vous, peut-être ? A propos, il arrive avant la soupe à l’oignon, j’espère! Enfin, en l’attendant, qu’est-ce que je te sers? Puisque tu es là, que je fasse un peu de chiffre, au moins.

Mado
Qu’est-ce que tu me racontes ? Tu en as plein, des sous!

Django
Pardon ? Madame veut rire ? Madame plaisante ? Madame se moque, peut-être ?

Mado
Pas du tout. Madame te dit de regarder dans ta caisse.

Django
C’est bien ce que je dis: Madame s’amuse! Mais on ne plaisante pas avec les sous, ici, Madame! Je n’ai rien dans ma caisse. Pas cent balles. Si Madame veut payer son quart de flotte avec un billet de cent, Madame n’aura pas de monnaie parce que je n’ai pas de monnaie!
Cependant, Madame peut...

Mado, fatiguée.
Mais ne doutes pas tout le temps comme ça! Regarde, au moins...

Django ouvre sa caisse. Stupéfait, il y prend une liasse de billets divers et variés. Suspicieux, il en tend un devant la lumière.

Mado
Ne t’inquiètes pas. Ce sont des vrais.
Tu vois, Django, tout arrive quand tu n’attends plus.
Tu ne pouvais pas avoir de clients ce soir. Il fallait qu’on vide ton bistro.

Django, vaguement inquiet.
Qu’est-ce que c’est que ça ? D’où ils viennent, ces sous ?
Vous n’auriez pas l’intention de faire passer un de vos braquages dans ma recette, quand même ?!! Je ne blanchis pas, moi!!! Et je ne finance pas d’autres parties que les miennes.

Mado
Tu n’y es pas du tout. Nous allons avoir un procès ici, ce soir, chez toi.

Django
Non non non! Pas de règlement de compte chez moi!
De toutes façons, en cas, j’aurais de quoi vous calmer, moi.

Mado, riant aux éclats.
Nous calmer ?!! Fais voir un peu...

Django sort de sous le comptoir un revolver de gros calibre. Fixant Mado dans les yeux, il le braque sur elle sans voir que le canon est noué.

Mado
Tire pas avec ça. Tu vas te niquer les godasses.

Django, regardant son arme.
Ha ben ça! Quel est le nœud qui a fait ce crétin à mon canon ?

Mado
Comment ?

Django
Quel est le crétin qui a fait un canon à mon nœud?

Mado
On s’approche. Essaye encore.

Django, pleurnichant.
Il était tout neuf. jamais servi. Je l’avais trouvé pour la fête des pères. Oh je sais, je n’ai pas d’enfant. Mais justement. C’était comme un cadeau de l’assistance. Justement...

Mado
C’est moi qui, au canon, le nœud ai fait.

Django, retrouvant ses esprits.
Ben voyons! Avec tes petites mains ou avec tes petites dents ? De toutes façons, tu n’as pas eu le temps...

Mado
Moi, Django, j’ai tout le temps. Toujours.

Django
Mais enfin quoi ?!! Tu brûles quand on te touche. Tu me remplis ma caisse sans boire. Tu tors les flingues à distance... T’es la frangine à David Coperfield ou bien ?!
Et puis, comment tu sais que je n’ai pas vu un chat ce soir?
Comment tu sais comment je m’appelle ? Je n’ai pas mon prénom tatoué sur le front! Qu’est-ce que c’est que tous ces mystères ?!!!

Mado
Parce que je sais tout, fils. Et que ce qui pourrait m’échapper parfois, les deux que j’attends l’apprennent et me le disent.

Mado se lève et marche jusqu’à la porte d’entrée pour voir si ceux qu’elle attend arrive.

Django
Bon, ça suffit comme ça! Tu bois ton verre et si tes copains ne sont pas là dans dix minutes, on ferme.
Qu’est-ce que je te sers ?

Mado
Je vais prendre une petite mousse.

Django
Bouteille ou pression ?

Mado
Pression.

Django
Stella, Leffe, 1664, Krieg ?

Mado
Rappelle-moi qui finance la pièce.

Django
“Le nom du brasseur sans lequel...”

Mado
Hé bien donne-moi de celle-là. Pour une fois que je fais de la pub, ça encouragera peut-être les financements alternatifs de la création.

Django sert Mado qui lui sourit.

Django
Il y a longtemps que tu tapines dans le coin ? Je ne t’ai jamais vu...

Mado, s’esclaffant.
Quand tu auras compris à qui tu parles...
Oui. Ca fait une éternité, fils.

Django
Une éternité ? Ca ne se peut pas! Tu es toute jeune encore...

Mado
Merci.
Allez, respire un grand coup et accroche-toi à ton bar:
Je suis Dieu.
J’attends le diable et le pire.

Django
Oui. Bien sûr. Enchanté.
Et moi, je suis la statue de la Liberté.
Et ils arrivent bientôt, les invités de Dieu ?

Mado
Ils ne vont plus tarder.

Django
Ha! Parce que Dieu ignore l’avenir ? Hé bien Elle va me donner Sa petite main gauche, Madame Dieu. Je vais tâcher d’y lire le Sien.

Mado, tendant sa main gauche.
Tu veux prédire l’avenir de Dieu ?
Gonflé, le garçon!
Celle-là, on ne me l’avait encore jamais faite...

Mime.
Django prend la main gauche de Mado et, de son index tendu, suit la ligne de vie jusqu’au poignet, puis le long de l’avant-bras, le bras, passe derrière ses épaules et redescend le long du bras droit jusqu’au creux de sa main droite. Puis il continue sur une ligne imaginaire jusqu’au sol, puis jusqu’au devant de la scène et la prolonge du doigt et du regard jusque dans le public.

Django
Oh la la la la la ligne de vie...!

Puis Django revient à Mado et, intrigué, reprend sa main gauche.

Django
C’est curieux. Tu n’as pas de ligne de chance...

Mado, prenant à son tour la main gauche de Django.
La voilà, ma ligne de chance. C’est la tienne...

Django
Moi! Ta chance ?!!

Mado
Oui.

Django
Mais ce n’est pas du tout ce qu’ils racontent au catéchisme! Ils disent que c’est Toi la Patronne. Que Tu tiens les comptes. Que Tu décides de tout! Les Tables de Ta Loi: Tu ne tueras point. Tu ne voleras pas. Tu respecteras ton père et ta mère. Tu n’aimeras que Moi...

Mado
Ils t’ont gommé des sacrés bouts!
Tu ne tueras point... sauf si tu n’as pas le choix.
Tu ne voleras pas... les pauvres.
Tu respecteras ton père et ta mère... s’ils ont tout fait pour être respectables.
Sinon, il fait comment, le fils d’Hitler ?

Django
Mais tu as les pleins pouvoirs! Tu fais ce que tu veux! Tu n’avais qu’à vérifier l’édition. Ce qui est écrit est écrit!

Mado
Mektoub ? Mais qu’est-ce que tu me racontes ? Je m’occupe de tout, mais je te laisse libre. Tu fais ce que tu veux, comme tu veux, quand tu veux, où tu veux. Seulement tu n’es jamais content! Si j’interviens, tu cries à l’atteinte aux libertés, et si je ne bouge pas le petit doigt tu dis que je m’en fous, voire que je n’existe pas. Faudrait savoir!
Tu ne crois pas aux forces invisibles, mais tu as le nez dans l’horoscope tous les matins. Jupiter traverse la troisième maison, Venus et Mars se retrouvent chez Mercure et ça donne: ” Les natifs du 23 ont du souci à se faire!”
C’est vrai que des fois...

Django
La faute à qui si l’homme est con ? C’est pas Toi, le Créateur ?!
Et moi, de toutes façons, l’horoscope, je ne le regarde pas.

Mado
Non, toi, tu fais mieux: tu lis les lignes de la main.
Alors ? Mon avenir ?

Django
Le voilà.

La porte s’ouvre.
Le Pire entre.

08/08/2007

PARADE

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L’avez-vous remarqué? Maintenant, chaque village, chaque bourg, chaque ville a son festival. Du théâtre ici, du jazz là-bas, de la musique celte, de la danse, des arts de la rue, de la correspondance, des jardins...

J’ignore totalement si cela s’est déjà fait.
(Je compte bien sur Valdo pour nous le dire à son retour...)

Demain soir, Mesdames Messieurs, première édition du festival d’été de Feuryland, qui sera consacrée au théâtre confidentiel.

Sera donc donné demain, à vingt et une heure trente, sur la petite scène de pierres taillées à l’antique, dans le parc de la bibliothèque, l’acte premier de “L’AFFAIRE LE PIRE”, de Jean-Pierre Rochette et votre serviteur.

Avec deux stars universelles, en exclusivité mondiale à Fleuryland.

Non, non, n’insistez pas, je n’en dirai pas plus!

En raison de cet extravagant honneur, force est de préciser que: c’est l’été, d’accord. C’est Fleuryland, bien entendu. C’est sur un blog: sans aucun doute!

Mais! Ce ne sont pas cependant des raisons pour y débarquer en “négligé”. Sans aller jusqu’à enfiler une tenue de soirée, on n’y viendra pas en tongues, en maillots de corps, en croquenots de randonnée... Le short sera toléré pour les dames, pour peu qu’il soit séyant et surmonté d’un petit haut du meilleur effet.

Quant aux noctambules insomniaques qui suivraient la représentation depuis leur ordinateur, il leur sera vivement recommandé d’aller se donner un coup de brosse à cheveux et de bien vouloir boutonner ce misérable pijama dans lequel, clop au bec et bière à portée de la main, ils s’apprèteraient à suivre le spectacle.

Ayé?

Tout le monde a préparé son petit pliant?

Promis, l’année prochaine, on tâchera d’avoir des gradins.

Mais cette année, on va faire comme on pourra.

C’est déjà beau qu’on soit toujours là.

Et qu’on ait internet et du courant.

Et que le Ciel nous soit favorable.

Imperceptiblement, la lumière tombant des projecteurs accrochés dans les arbres éclairant l’espace du public descendra jusqu’à ce que le noir de la nuit s’installe presque totalement.

La rumeur elle aussi diminura peu à peu. Une toux, un “Pardon, s’cusez, pardon...” murmuré quelque part par un retardataire. Quelques “Chut!” impétueux...

Seules, là-haut, silencieuses elles-aussi, la lune et les étoiles continueront à briller...

Mais... J’entends, me semble-t-il, l’orage de la tournée qui arrive au loin.

Aux marmittes! Aux paillasses! La nuit sera courte!!!

Répétitions dés 10 heures.

Interdites au public.

A demain.

Si vous le voulez bien...

22:50 Publié dans Théâtre | Lien permanent | Commentaires (6)

 
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